2012, année de la lose - les 7 familles de la "dissidence" anti-oligarchique

  • Par arsin
  • Le 01/01/2013
  • Commentaires (0)

http://blogs.longwood.edu/interpersonalcomm/files/2012/07/imageslose-lose-small.jpg

Le début de 2013 aura au moins vu la réalisation d’une promesse : celle de notre petit tour de vue des succès et surtout insuccès de l’année qui s’est achevée. Ce texte assez long sera diffusé en plusieurs parties.

Comme énoncé dans l’article sur la sortie manquée de l’euro, 2012 aurait pu être une année prometteuse pour toute une série de mouvements et de causes « antisystème », « dissidentes ». Nous allons voir que, très globalement, cette année fut beaucoup moins riche en ruptures de rapports de force qu’on aurait pu l’attendre. Je me focaliserai bien entendu sur le cas français, avec quelques évènements internationaux allant dans le même sens.

Si le sujet vous parait flou, bon point : en effet, il l’est. Toutes les causes que nous allons lister n’ont qu’un dénominateur commun, pas assez épais pour que l’on puisse les agréger au point d’en faire des livres noirs, blancs, dorés, etc…

Ce point commun est la dénonciation d’une oligarchie, c’est-à-dire l’accaparement du pouvoir réel (économique, politique…) par une petite minorité de la population.

La définition commune s’arrête là, puisqu’on peut recenser sur cette base bien des groupes a priori sans lien. Et que l’on peut présenter ainsi, sans trop de parti-pris…enfin si, un peu quand même, puisque l'ARSIN s'inscrit elle-même dans une ou plusieurs de ces familles de "l'anti-oligarchie", qui sont :

-          Les libéraux, au sens européen du terme (le sens américain désignant plutôt des étatistes), pour qui le pouvoir réel et le débat démocratique sont sous l’emprise de la (haute) fonction publique, du corporatisme syndical, d’une partie des élites économiques privées qui s’allient avec l’Etat dans le cadre d’un capitalisme non-libéral (par exemple Dassault…). Le but de cette oligarchie étant de maintenir une économie à forte intervention étatique, réduisant les libertés individuelles et la richesse globale de la société ;

-         Dialectiquement, les anti-libéraux, qu’il n’est pas besoin de présenter, puisqu’ils ont déjà leurs partis historiques (regroupés dans le Front de Gauche en France), et en débordant largement dans les mouvements hors-partis comme les Indignés. Bien que leur rhétorique se recoupe souvent, ils ne doivent pas être confondus avec les anti-finance, parce qu’ils ne critiquent pas que la sphère financière, mais tout le fonctionnement de l’économie capitaliste libérale. L’oligarchie qu’ils dénoncent ne se réduit donc pas aux financiers, mais aux grandes entreprises privées (le Medef en France), la classe politique étant, dans l’analyse anti-libérale, soumise à des intérêts privés, en opposition presque complète avec l’analyse libérale pour qui les pouvoirs étatiques et corporatistes l’emportent justement sur les intérêts privés ;

-          Les « antisionistes » et anti-«sociétés secrètes ». Les antisionistes peuvent commencer avec la simple contestation de la politique israélienne, voire de l’existence même de l’Etat d’Israël en tant qu’état juif, comme le fait le font les Volontaires. Ca n'en fait pas en soi un courant anti-oligarchique, du moins du point de vue français. Mais cela prend un tout autre sens quand on considère que le sionisme serait un système de « domination mondiale », le conflit israélo-palestinien n’étant qu’un prétexte pour le dénoncer. Plus on monte dans « l’antisionisme », plus on trouve une corrélation, assez bien illustrée par les Soral, Abed, Laïbi, Vauclin avec un courant tradi-antisémite (quand ce n’est pas tradi-hitlérien). La principale revendication de ce courant  étant de clamer la supériorité d’un monde « traditionnel » (de l’Ancien Régime, de la France Catholique, anti-moderne, etc…), sa remise en cause par la Modernité ne pouvant venir que de l’action de minorités malfaisantes, au premier rang desquelles celles qui ne partagent pas la Foi, voire la combattent ou la concurrencent. Manquant singulièrement d’imagination (1), ce courant n’a pas trouvé mieux que de remettre à jours des ennemis très connus contre lesquels il ressort des rengaines séculaires : la domination et la corruption de la société  par les francs-maçons, les Juifs, les Illuminatis, etc…

-          Les « anti-finance », amas hétéroclite ralliant en partie des gauchistes qui croient relancer le combat socialiste en ne s’attaquant qu’à une partie de l’appareil du capitalisme, les banques, et qui ne se rendent pas compte qu’en fait, leur combat les amène surtout à marcher aux cotés de gens qui n’ont rien contre le capitalisme, mais qui pensent qu’en mettant « La Banque » sous contrôle de l’Etat, on trouvera l’essentiel des réponses à nos problèmes. Parmi ses buzz, la loi de Janvier 1973, « coup d’Etat bancaire » privatisant la création monétaire (cf. la contre-argumentation de Magali Pernin). Les figures les plus connues sont parfois communes avec les tradi-antisémites (comme Soral, qui crée là une façade de « subversion sociale », de « critique du pouvoir de l’Argent » à son antisémitisme), mais pas forcément (on y trouve aussi Jovanovic, nettement moins axé sur l’antisémitisme, ou Etienne Chouard). On rencontre aussi ce positionnement parmi les souverainistes (à DLR ou plus encore à l’UPR). Il ne faut cependant, et c’est une erreur très courante, les confondre avec les libéraux qui critiquent non pas la Finance dans son principe et son extension, mais beaucoup plus le rôle et l’action des banques centrales. Il arrive cependant qu’on trouve chez des antilibéraux notoires (à l’UPR par exemple) des apologies du libertarien Ron Paul, par exemple pour sa critique de la Fed, sans se douter que l’américain ne veut en rien instaurer le droit pour l’Etat à créer de la monnaie pour se financer – ce que la Fed fait déjà amplement, justement.

-          Les souverainistes dénoncent aussi une perte de la démocratie au profit d’une minorité, celle qui dirige le projet fédéraliste européen, voire d’autres projets de constitution d’Etats-continents (en attendant un « nouvel ordre mondial » selon Pierre Hillard). Le camp souverainiste français a déjà été décrit sur ce site. Dans le cas français, la critique de la prise du pouvoir par une minorité non responsable devant les électeurs se fait tant sur les questions politiques qu’économiques. Dupont-Aignan a ainsi écrit contre le scandale supposé de l’Agence France-Trésor, chargée de placer les bons du Trésor, accusée par le président de Debout La République de servir surtout les intérêts de banques privées (cf. la contre-argumentation du libéral Georges Kaplan ... et la réponse de Pinsolle). François Asselineau a repris l’argumentaire anti-« Loi de 1973 », et l’appel au retour au droit à la création monétaire au profit de l’Etat (que l’euro prohibe – indiscutablement, cette fois), usant dans ses conférences d’un argumentaire simpliste en faveur du retour de l’inflation, supposée bénéfique aux pauvres. Par cette tendance étatiste, le souverainisme français se distingue clairement des souverainismes d’Europe du Nord, britannique en particulier, l’UKIP étant justement un parti libéral dont le représentant le plus médiatique, Nigel Farage, est un financier…

-          Les anti-technologies : derrière cette appellation volontairement englobante et condamnatoire, se trouvent les anti-OGM, anti-nucléaire, anti-vaccins, anti-médecine moderne…des gens fort différents, et qui ne s’approuvent pas nécessairement entre eux (quoiqu’une corrélation des positions « anti » entre elles, de même que pour les « pro », apparait manifeste). Les positions "anti-"  peuvent bien être scientifiquement argumentées, bien qu’il existe autant de réfutations de la part des professionnels des secteurs. Elles recourent cependant à une vision oligarchique du pouvoir technologique : si le débat scientifique n’arrive pas à éclore (et à tourner à la défaveur des « pros ») sur les OGM, les vaccins et dans une moindre mesure le nucléaire, c’est à cause d’une oligarchie réunissant scientifiques, grands industriels privés et politiciens. Dans cette optique, on aurait donc, outre une confiscation du débat scientifique, celui du débat démocratique et des ressources des citoyens (voire de leur santé…).

On pourrait rajouter d’autres groupes, comme celui des partisans de la démocratie directe (qui finissent toujours par se répartir entre libéraux et anti-libéraux), de la décroissance (forme extrême de l’anti-technologie, mais qui n’ont pas forcément une analyse anti-oligarchique, puisqu’ils dénoncent une « idéologie de la croissance » vivant par l’adhésion d’une majorité de la population). C'est pour cela qu'en dépit du titre de cet article, on n'aura cité que six familles anti-oligarchiques, la septième étant le fourre-tout de toutes les oubliées.

Cela faisait beaucoup d’athlètes sur la ligne de départ. Et après une année 2011 qui avait été celle de toutes les crises (Fukushima, printemps arabes, crises des dettes publiques de l’eurozone, enfoncement de la crise grecque…) et irruptions (Indignés, Front de Gauche, candidatures anti-euro pour la présidentielle Française : FN, DLR, UPR), on aurait pu s’attendre à de sérieux changements de rapports de force en 2012.

Qu’en a-t-il été ?

(...à suivre)

(1)     Sa principale originalité, « modernité » si l’on peut dire, des avatars actuels de ce courant « tradi-antisémite » est sa bienveillance envers l’Islam, pas encore pollué par un Vatican II, et une partie des musulmans…de préférence ceux qui sont prêts à communier avec eux autour du Protocole des Sages de Sion. On pourra me rétorquer que depuis le mufti de Jérusalem, il n’y a rien de nouveau dans l’alliance de certains musulmans et de l’antisémitisme européen. Mais les nazis ou pro-nazis s’en vantaient peu en leur temps, l’alliance entre antisémites musulmans et non-musulmans prend une autre ampleur aujourd’hui, alors que l’Europe compte de fortes minorités musulmanes.


lose 2012 Oligarchie dissidence souverainisme antilibéralisme antisionisme libéralisme

Ajouter un commentaire

Vous utilisez un logiciel de type AdBlock, qui bloque le service de captchas publicitaires utilisé sur ce site. Pour pouvoir envoyer votre message, désactivez Adblock.

RETOUR A L'ACCUEIL

Créer un site gratuit avec e-monsite - Signaler un contenu illicite sur ce site