A propos d'un article anti-vaccinal - par Pablito Waal

  • Par arsin
  • Le 09/02/2014
  • Commentaires (0)

Cet article est en fait un commentaire, fait en réponse à un contact qui me proposait un article de feue Sylvie Simon, écrivain qui s'était - entre autres - spécialisée dans la dénonciation des vaccins. Ce commentaire met le doigt sur des paralogismes que les antivaccinalistes glissent sous une prose parfois apparemment très riche en faits, et qui peuvent impressionner les non-spécialistes.

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Voici l'article de Sylvie Simon, qui a fait son petit chemin sur le Net antivaccinaliste et "dissident".

Commentaire :

Je ne peux évidemment pas contredire tout ce que Sylvie Simon dit, car une partie de ce qu’elle avance ne peut être contredit ou validé que par des médecins et/ou épidémiologistes.

Par contre, je peux voir qu’une partie de ses arguments statistiques sont totalement manipulatoires. Le premier d’entre eux est « l’incidence de la maladie baissait déjà avant le vaccin, donc le vaccin n’est pour rien dans la chute de l’incidence ». Ça ne prouve rien du tout. Le déclin d’une maladie peut avoir plusieurs causes, des mesures d’hygiène publique à l’isolement des malades (comme on le fit avec les tuberculeux dans les sanatoriums), mais aussi le vaccin. Ensuite, l’évolution d’une maladie n’est pas linéaire, et peut connaître des résurgences. Par exemple, allons voir sur cette page du projet Tycho, qui montre les incidences des maladies aux USA dans le temps et en précisant la date d’apparition du vaccin. Cette page power point présente le cas de 8 maladies. Pour la diphtérie, la polio ou l’hépatite A, on a l’impression, quand on regarde les graphes en noir au-dessus des diagrammes colorés, que l’incidence baissait déjà avant le vaccin. Certes, mais les pics d’incidence avaient déjà connu des remontées brutales auparavant…et plus après le vaccin, du moins pas avec la même ampleur. Ce qui n’empêche pas l’auteure de dire que X années après l’introduction du vaccin, on a vu les incidences remonter…en oubliant de préciser que les chiffres absolus étaient devenus très faibles.

Donc premier constat : il y aura toujours des hausses et des baisses dans les incidences de telle ou telle maladie. Celui qui veut des faits qui arrangent sa thèse trouvera toujours périodes et des pays qui donneront des résultats satisfaisants. Mais pas forcément représentatifs de l’évolution globale.
Je remarque au passage que S.Simon fait parfois des comparaisons floues, sur une seule année, voire lance des affirmations gratuites (le vaccin contre le tétanos n’aurait eu aucun effet dans le monde, malgré le fait que l’UNICEF en achète sur quinze ans – on ne saura pas quelles années précisément, dès fois qu’on voudrait vérifier…).

Le deuxième sophisme dont l’auteure use à foison est « on a eu des cas de gens vaccinés et malades ». C’est un « homme de paille » (ou « strawman »). Personne ne dit qu’un vaccin donne une protection absolue contre la maladie. Certains vaccins peuvent avoir une efficacité très élevée, mais nul ne peut garantir la perfection. Le vaccin agit sur la transmission de la maladie, en diminuant la probabilité que vous rencontriez une personne malade ou le vecteur de sa maladie, du moment que la majorité des gens sont vaccinés.

Et plus encore, quand l’auteure dit que dans tel pays, à telle époque, on a eu des cas de maladies avec plus de cas chez des vaccinés que des non-vaccinés. Comme par hasard, elle cite toujours les nombres absolus. Sauf que ça ne prouve encore rien : mettons qu’on ait une population à 90% vaccinée, et que la maladie en question frappe 1% des vaccinés (0,9% de la population), et 5% des non-vaccinés (0,5% de la population). Au final, sur 1,4% de malades dans la population, la majorité seront des vaccinés. Alors que le vaccin a probablement bien divisé par 5 la probabilité d’être malade. Mais n'oublions pas une chose très importante : un vaccin vous protège d'autant mieux qu'une grande part de la population est vaccinée. On reverra cela plus loin.

Viennent ensuite les comparaisons sans pertinence. Parfois, ce sont les variables choisies qui sont mauvaises : ainsi, son dernier graphique sur la rougeole montre l’évolution des taux de mortalité. Alors que pour juger de l’efficacité d’un vaccin, c’est l’incidence qui doit être observée. Si la mortalité baisse, ça ne veut pas toujours dire que les gens sont moins malades, mais que la médecine les guérit mieux. Le vaccin n’est pas là pour guérir les malades (on appellerait cela un sérum) mais pour diminuer le risque d’être malade à l'échelle collective.

Ou encore, plus tôt dans l’article, lorsqu’elle montre un graphique sur l’évolution de la diphtérie en Allemagne de 1938 à 1952. On voit une très brève période de vaccination pendant la guerre, trop courte pour qu’on puisse conclure sur ses effets (peut-être a-t-elle contribué à la baisse des cas après-guerre, même si les campagnes de vaccination avaient cessé), mais on voit surtout le pic de 1945 à Berlin. Or, que se passait-il dans la capitale allemande en ce temps-là ? Juste une des plus grandes batailles de la Seconde Guerre Mondiale. L’explosion des maladies était alors inévitable, et n’a rien à voir avec le vaccin. Du coup, qu’après-guerre, la RFA en ruines voit le nombre de cas chuter comme le reste de l’Europe n’est pas surprenant, vu que les allemands partaient de très bas.

A un autre moment, elle écrit : « un constat devrait nous surprendre : depuis l’obligation vaccinale pour le personnel de santé, la décroissance des cas aurait dû être deux fois plus rapide chez eux que dans la population générale, or elle est identique ». Cette comparaison n’a aucun sens : il faudrait comparer la population médicale avec des gens d’âge égal et aux pratiques similaires. Le personnel médical avait sans doute des taux d’incidence des maladies différents du reste de la population (a priori inférieur) à la base, donc on ne pouvait pas s’attendre à ce que « la décroissance [soit] deux fois plus rapide chez eux » parce qu’ils étaient plus vaccinés. Le raisonnement de S.Simon est même complètement absurde si on y réfléchit, car, je me répète, les vaccins ont un effet lorsqu’une population dans son ensemble est vaccinée, en limitant les transmissions. Les personnels de santé ne vivent pas à l’écart du monde, un médecin ou aide-soignant vacciné mais côtoyant des non-vaccinés (médicaux ou non) a une chance d’être contaminé supérieure à ce qu’il aurait dans une société entièrement vaccinée. Comparer les incidences au sein de différents groupes d’une population n’a pas grand-sens, puisqu’ils s’influencent mutuellement.

Et le pire, c’est que l’auteure fait plusieurs fois ce raisonnement dans le texte : au sujet de la diphtérie, elle dit que : « En France, de 1945 à 1950, le nombre de décès est tombé de 1839 à 121 chez les enfants de 1 à 14 ans (vaccinés) et de 517 à 34 chez les moins de 1 an (non vaccinés), soit une baisse de 93 % dans les deux cas. » Outre que la France se relevait de ses ruines à cette époque, ce qui bénéficiait à tout le monde, le fait que les 1-14 ans soient vaccinés a pu protéger leurs petits frères et sœurs nouveaux-nés de la contamination…

Enfin bref, il y a encore des tas d’affirmations dans ce texte, certaines sont peut-être vraies, d’autres me semblent douteuses. Dernier exemple : elle dit que l’armée française vaccinée a connu plus de tétanos en 1940 que les grecs, alors que ce site dit qu’au contraire les armées allemandes non vaccinées ont plus souffert de cette maladie que les Alliés vaccinés.

Mais peu importe, seuls des spécialistes pourraient confirmer ou infirmer l’ensemble des faits que S.Simon rapporte. Il n’empêche que beaucoup de ses raisonnements apparemment implacables sont des sophismes statistiques qui n’ont aucune valeur de preuve.

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