10 thèses de l'entre-deux-tours - ou pourquoi le FN a intérêt à perdre l'élection

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Les jeux semblent faits. Mais la défaite de Marine Le Pen, si elle reste dans ces ordres de grandeurs, ne sera pas forcément une mauvaise chose pour elle et son parti.

 

Malgré le mépris que m'inspirent le personnage politique d’Emmanuel Macron, son programme ou ce qui en tient lieu, je voudrais, juste avant le débat du 3 mai 2017, égréner quelques thèses, dont les premières disent que, rationnellement, dans l’intérêt de la France, il vaut mieux que le Front National ne gagne pas l’élection du 7 mai prochain. L’hypothèse n’est pas risquée de toute façon, les sondages de la candidate stagnant autour de 40% d’intentions de vote depuis quelques jours.

Foin d’ « antifascisme » et de « bête immonde » ici. La campagne de « re-diabolisation » du Front National qu’Emmanuel Macron essaie de nous infliger depuis le 24 avril me sort par les yeux, surtout lorsqu’il s’est abaissé à manipuler des morts français, ceux d’Oradour-sur-Glane, pour en faire un argument électoral contre d’autres Français.

Mais il y a des raisons, objectives ou très probables pour les motifs que je vais donner, qui font que la victoire du Front National n’est pas dans l’intérêt du pays…ni du parti lui-même, de sa présidente, et même des souverainistes en général. Du moins pas en 2017, dans l'état actuel du FN et de la France. En fait, je pense même que les seules personnes qui auraient vraiment intérêt à souhaiter une telle (et très improbable) victoire devraient être les anti-lepénistes radicaux, qui auraient tout à parier que cette première victoire du FN serait sa dernière.


Voici pourquoi.

Thèse 1 : le FN ne pourrait pas gouverner, sauf à se marier avec les Républicains, des noces qui pourraient lui être fatales.

                Le FN n’aura jamais, même si ses voix montaient à 25-30%, la possibilité de l’emporter au second tour dans de nombreuses circonscriptions. Sa seule option pour créer une majorité gouvernementale serait une alliance avec la droite des Républicains, en prenant pour axes principaux ce qui est au cœur de l’identité politique du FN, soit une politique sécuritaire affirmée et la réduction de l’immigration.

                Si ce scénario se réalisait, on aurait de facto…une présidence Fillon, avec Marine Le Pen à l’Elysée, une politique régalienne plus dure que ce qu’annonçait le candidat sarthois, mais un programme économique et social qui ressemblerait beaucoup plus à celui de François Fillon qu’à celui du FN. Une partie, sans doute conséquente, des cadres et élus des Républicains rejetteraient l'alliance, au nom des "valeurs républicaines". Mais l'électorat de ce parti ne les suivrait pas forcément. Et ceux des cadres qui resteraient se justifieraient au contraire en gageant qu'ils auront réussi à empêcher une présidence FN de faire sortir la France de l'Union Européenne et de l'Euro (dont l'abandon par Le Pen du projet de sortie serait un préalable à toute alliance).

                Cette alliance, si elle permettait un quinquennat Le Pen, qui serait forcément houleux (réunissant contre lui les partisans de l’ouverture à l’immigration et la gauche anti-austéritaire), aboutirait probablement à ce que le Front National subisse, dans l’exercice du pouvoir, même en ayant la présidence, le même sort que le PCF allié à Mitterrand dans les années 1980 : le discrédit auprès de son propre électorat, et la fuite d’une partie de celui-ci vers le camp qui l’emporterait, soit la droite classique (« Les Républicains »). En effet, l’électorat « gauchisant » du FN, celui qui veut un programme social, risque de fortement quitter le navire (mais certainement pas pour rejoindre les Républicains). L’électorat frontiste de droite, celui plus proche de la ligne dite « Maréchal-Le Pen », risque au contraire de se trouver satisfait d’une telle alliance de gouvernement…et de se tourner vers un parti de droite, que seraient devenus les Républicains, une droite plus autoritaire et anti-immigrationniste, mais austéritaire.

                Le FN peut se retrouver alors à se vider de son public, d’exploser entre ses deux lignes principales, et de ne pas survivre à sa première prise du pouvoir.

 

Thèse 2 : une éventuelle présidente Le Pen, si elle essaie de gouverner seule, risque d’être contrainte à la démission au bout d’un an.

                Maintenant, si Marine Le Pen, fraichement arrivée à l’Elysée, décide d’appliquer son programme « brut de décoffrage », et donc de garder une ligne économique rejetée par les Républicains (et les autres partis), et une ligne anti-européenne et anti-immigration rejetée par la gauche et le centre, aura toutes les chances de perdre les législatives.

                Très récemment, on a appris le projet du Front National, en cas d’échec aux législatives de juin, de lancer un système de proportionnelle « intégrale » (en fait sur 70% des sièges de l’Assemblée Nationale, réduits à 300 pour le coup au lieu de 577), assortie d’une prime de 30% des sièges pour la liste arrivée en tête. Chez les ennemis du FN, des cris effrayés annoncent une dictature rampante… oubliant que :

  • Une telle réforme électorale se ferait par référendum ; il faudrait donc trouver une majorité de Français pour la voter, en sachant qu’elle peut profiter en priorité au FN. Or, il n’y a pas une majorité de frontistes en France (et même si Le Pen était élue présidente, il se peut que sa majorité soit courte et composée en partie de gens qui auront voté contre l’adversaire, sans soutien pour la ligne de la Présidente) ;
  • Il suffirait que les adversaires du FN fassent une coalition capable de vaincre la liste FN pour que la réforme se retourne contre le Front National.

Qu’elle échoue au référendum ou aux législatives « proportionnelles », on aurait alors une présidente mise clairement en minorité parlementaire, incapable de gouverner. Rapidement, elle se condamnera à une présidence sans intérêt, qui désespèrera son parti et pourrait provoquer son effondrement électoral. Ou alors, elle démissionnerait au bout de quelques mois.

On peut aussi imaginer que le FN se dote d’une majorité, même relative, de l’ordre de 40-45% des électeurs…Ce qui a peu de chances d’arriver. Déjà, pour le 7 mai prochain, Marine Le Pen peut au mieux accrocher les 40%, dont une fraction substantielle viendra du rejet d’Emmanuel Macron.

                Quant à l’hypothèse d’une embardée putschiste, dictatoriale, « totalitaire », en mode « Erdogan Express » de la Présidente…Il faudrait qu’elle ait pour cela l’appui de l’armée, de la police et de la gendarmerie. Ce qui est tout sauf évident : même si près de la moitié des forces armées – enfin ceux d’entre eux qui votent – choisissent le Front, ils ne sont pas nécessairement putschiste. L’Armée Française l’est assez peu, le dernier coup d’Etat réussi datant de 1851, et l’échec du putsch de 1961, pourtant facilité par un contexte grave, portant à la guerre civile (la guerre d’Algérie) et l’éloignement géographique par rapport à la métropole, montre que l’armée, même de métier, n’est pas tentée par les aventures. Si Marine Le Pen présidente tentait cela, cette embardée finirait très tôt. La France aurait énormément à y perdre : ses territoires d’Outre-Mer en cas d’interventions étrangères, son siège à l’ONU, ses échanges extérieurs, une partie de son revenu…Et ce désastre signerait la fin du nationalisme politique français pour de nombreuses années.

 

Thèse 3 : le FN a fait une erreur stratégique radicale (à la base de son programme) en s’avançant sur la sortie de l’euro.

                Je suis radicalement anti-euro. Ce n’est donc pas de gaieté de cœur que je parle ainsi : le rapport de force politique n’est pas, actuellement en France, en faveur de la sortie de l’Euro. Si un référendum sur la question avait lieu demain, le maintien dans l’euro l’emporterait sans doute par 70% contre 30%.

                On peut argumenter sans fin pour la sortie de l’euro. Mais si l’argumentation rationnelle suffisait à faire changer, et plus encore sur quelques mois de campagne, les intentions de vote dans les grandes largeurs (plus de 10 points d’électorat…), cela se saurait. Une conviction de fond (la volonté de réduire l’immigration, qui concerne au moins la moitié des Français) met des décennies, ou au moins des années à s’installer. Et passe plus souvent par des impressions personnelles des électeurs, raisonnables ou non, que par des convictions par des argumentaires ciselés et structurés.

                Quand Marine Le Pen base son programme sur le retour au Franc, qui devrait relancer la croissance par les exportations (le programme économique du FN table sur une croissance à 2% en fin de quinquennat, ce qui est très ambitieux par rapport aux autres pays développés, même hors Euro), et sur la possibilité de monétisation de la dette (idée intéressante en soi, mais qui prendra des décennies pour éviter un dérapage inflationniste), elle prend un risque énorme.

Qui lui retourne aujourd’hui en travers du chemin : réalisant qu’elle n’a pas le rapport de force en sa faveur sur ce sujet, n’étant elle-même pas capable de convaincre par son manque d’aisance assez évident en économie, Marine Le Pen passe à des « plan bis » sur l’Euro, avec un retour à l’Ecu, une « monnaie commune »…Des idées potentiellement intellectuellement intéressantes, mais totalement inaudibles et incompréhensibles pour l’électorat. Et le nouveau plan issu de l’accord avec Nicolas Dupont-Aignan, indépendamment de son contenu, ne fait que décrédibiliser la démarche programmatique de la candidature de Marine Le Pen.

Il est à peu près certain qu’elle en pâtira dans le débat du 3 mai.

Une autre stratégie aurait été simple, claire et efficace, en trois points :

« Je suis contre l’Euro, je suis prêt(e) à expliquer pourquoi si on me le demande, mais je sais que le rapport de force est actuellement défavorable à sa sortie, donc je ne proposerai pas de référendum pour revenir au franc, et je ne base pas l’essentiel de ma ligne économique dessus…

CEPENDANT, si, lorsque j’appliquerai mon objectif n°1, qui est la réduction de l’immigration, l’Union Européenne (avant tout l’Allemagne) tente de m’en empêcher (condamnations de la Cour de Justice Européenne, du Parlement Européen, blocages au Conseil Européen),…

…Alors je lancerai, en représailles, un référendum pour sortir de l’UE et de l’Euro. L’enjeu du scrutin ne sera pas l’Euro en soi, mais de choisir entre l’Union Européenne et la réduction de l’immigration. Ainsi, les électeurs  pro-européens mais anti-immigration, de droite généralement, devront abandonner l’une de leurs deux positions. »

 

Thèse 4 : le FN devrait prendre au sérieux la construction de son programme, s’il veut ne pas rester confiné à son stock d’électeurs irréductiblement anti-immigration, et chercher ses réserves à droite plus qu’à gauche

                Outre de se baser hasardeusement sur la sortie à court terme de l’Euro, le programme frontiste repose sur de prétendues économies sur les dépenses publiques qui justifieraient, en contrepartie, une série de baisses d’impôts et de hausses de prestations, sans compter l’augmentation massive du budget de la Défense (à 3% du PIB contre moins de 2% actuellement) et de l’Intérieur. En tête de ces économies, celles qui seraient réalisées sur l’immigration, qui se monteraient potentiellement à plusieurs dizaines de milliards d’Euros. Même les auteurs sur lesquels le FN prétend s’appuyer, comme Jean-Paul Gourévitch, ne soutiennent pas de tels chiffres. Et l’on ne sait pas si, pour faire ces économies, il faudrait expulser des millions d’immigrés (ce qui n’a, heureusement, aucune chance de se faire), ou juste interrompre les flux annuels (200 000 entrées brutes, dont une partie d’Européens, de conjoints de Français…).

                Le programme économique du Front National n’est absolument pas sérieux. Et n’a manifestement pas été pensé pour être appliqué. De toute évidence, Marine Le Pen et son entourage n’ont jamais pensé gagner la présidentielle de 2017. Mais peut-être me trompe-je, et qu’ils croient sincèrement en leur programme (ce qui semble peu probable vus les revirements sur l’Euro), auquel cas c’est à un problème de compétences que l’on a à faire.

 

Thèse 5 : le FN reste un parti très faible en « ressources humaines », et son aventure peut s’arrêter brutalement et retourner à la marginalité très vite s’il ne remédie pas à cela.

                Le Front National n’a, officiellement, que 85 000 adhérents. Et sans doute nettement moins en comptant seulement ceux qui sont à jour de cotisations où se rendent à des réunions politiques.

                Même à l’heure de sa croissance dans les années 2010 et de sa « dédiabolisation », les « sections » ou « délégations » locales du FN, à part peut-être dans le Nord et en Provence, restent peu peuplées, et d’une qualité militante très faible.

                Il y a quelques années, un ancien militant chevènementiste (pas Florian Philippot), ayant été intéressé par la dédiabolisation et le discours souverainiste-républicain inspiré par le premier conseiller de Marine Le Pen, s’était inscrit au parti en Seine-et-Marne. Le voyage lui restera en mémoire : des militants qui se réunissent avant tout pour échanger des insultes raciales, un mouvement tellement en mal de trouver des candidats à inscrire sur ses listes qu’il recrutera le premier autiste ou alcoolique venu, de l’antisémitisme largement prévalent… Le nouveau militant rendit sa carte, et la presse se reput de son témoignage.

                Cette faiblesse en « ressources humaines » du Front National pourrait lui coûter très cher. Dès lors que le capital de sympathie de Marine Le Pen et de sa nièce commencera, pour une raison ou une autre, à tomber, le mouvement risque de retomber également à des scores beaucoup plus marginaux, voire d’éclater, de s’effondrer et de retourner à la nébuleuse qu’était la droite nationaliste des années 1970.

 

Thèse 6 : le FN doit purger ses « affreux », tout en assumant qu’ils existeront toujours autour du parti, et que celui-ci n’aurait pu naître et se développer sans eux.

                D’innombrables témoignages montrent la forte présence de militants d’obédience fascistes, catholiques intégristes, voire néo-nazis dans l’entourage du FN. Des militants aux parcours sinueux comme Frédéric Chatillon sont actifs sur les opérations de financement du parti et de ses campagnes.

Ces gens ne sont d’aucune manière déterminant sur la ligne politique et programmatique du parti, sur laquelle ils ont largement dû reculer face à Florian Philippot. Mais ils dissuaderont pour longtemps des électeurs et des adhérents de franchir le pas. Et il sera pour toujours impossible de nier les origines du FN : un parti créé dans les années 1970, comme une façade d’un autre mouvement de la fin des années 1960, Ordre Nouveau, dont le FN s’émancipera en devenant réellement la propriété de son chef nominal, Jean-Marie Le Pen. Et, parmi ces créateurs du FN, on trouvait des anciens vichystes, des anciens de l’OAS, dont certains étaient passés par la Résistance (comme Roger Holeindre).

Le Front National a intérêt à purger les antisémites parmi ses cadres et permanents, par exemple en les contraignant à signer des déclarations reconnaissant des crimes de masse du XXème siècle, à signaler au parti toutes leurs déclarations publiques (dans la presse ou sur le Web, s’ils ont des chaines de vidéos ou des pages sur les réseaux sociaux). Mais cette évidence rencontre des limites.

D’abord, le FN doit admettre qu’il y aura toujours, autour d’un mouvement radical tel qu’il est, des aventuriers, des escrocs, des gourous en devenir et des dingues qui le parasiteront. Car ces gens sont attirés par l’action. Ils peuvent être éloignés de l’encadrement, mais pas du voisinage du mouvement.

Le FN doit aussi reconnaître non seulement son passé sous la présidence du père Le Pen, mais aussi qu’il était difficile qu’il soit créé autrement, à une époque (les années 1970) où l’espace politique était largement occupé par les gaullistes, le centre et la gauche. Sur son sujet porteur qu’est l’immigration, il lui aura fallu des décennies pour briser le consensus globalement favorable à la situation actuelle (l’entrée de 200 000 personnes par an, moins dans les années 1990, plus dans les années 1960-1970). Seuls des gens qui n’avaient rien à perdre, y compris et même à commencer par ceux venus des causes perdues les plus inavouables, pouvaient tenter cette aventure. Même si le FN a beaucoup évolué depuis dix ans, il ne peut nier cette origine, et peut au contraire la rationaliser historiquement, en montrant qu'il n'aurait pu naître autrement, tout en rejetant aujourd'hui les conceptions de ses fondateurs sur de nombreux sujets.

 

Thèse 7 : la défaite du Front National en 2017 aura pour lui un effet positif, celui de décourager les racialistes les plus paranoïaques en son sein ou parmi ses sympathisants.

                Pour terminer avec les « affreux », la défaite très probable du 7 mai aura un effet positif à court terme sur la mouvance frontiste en général. A savoir qu’une partie des militants racialistes proches du FN, pas nécessairement membres, mais actifs sur Internet, vont se désespérer.

                Il y a toute une famille, qui va des Identitaires aux racialistes (dont la figure la plus pittoresque en cette année 2017 fut Henri De Lesquen, qui préféra pourtant, fautes de signatures de maire pour sa campagne présidentielle, se rallier à François Fillon qu’à Marine Le Pen), et qui soutient Marine Le Pen au nom de la lutte contre le « Grand Remplacement ». Ce « Remplacement » est une thèse qui dit que le groupe ethnique majoritaire en France (population de type européen, de tradition catholique, de langue française ou autre langue autochtone de la Métropole) est démographiquement concurrencé par l’immigration, surtout extra-européenne, et surtout par la fécondité supérieure des immigrés africains par rapport à celle des natifs. A terme, selon cette thèse, le groupe ethnique historique, « de souche », pourrait se retrouver minoritaire sur sa terre ancestrale.

                En fait, l’adhésion plus ou moins consciente à l’idée qu’un « Grand Remplacement » serait en cours dépasse largement le périmètre des Identitaires et des racialistes, et c’est certainement l’une des motivations principale, l’une des plus irréductible, des électeurs du Front National.

Mais les racialistes poussent la chose bien plus loin : non seulement ils ne se repèrent pas principalement à la notion d’ethnie (qui est culturelle et non biologique), mais ils digressent souvent sur de supposées différences raciales, impliquant principalement le niveau d’intelligence mesuré par le QI, qui différerait beaucoup entre Européens, Est-Asiatiques et Africains (ou Caucasoïdes, Mongoloïdes et Congoïdes dans le langage si géographique de De Lesquen).

                Surtout, cette nébuleuse politique, active surtout sur Internet, est persuadée qu’il reste très peu de temps aux Blancs avant de devenir minoritaire en France, si l’on s’en tient aux naissances en premier lieu. S’appuyant sur des chiffres à l’interprétation très incertaine, tirés des campagnes de dépistage de la drépanocytose (une maladie qui ne concernera que les enfants nés d’au moins un parent venu d’Afrique, de certains pays méditerranéens ou des Antilles), ils sont convaincus qu’actuellement, 30 à 40% des naissances seraient de type africain subsaharien ou maghrébin en France, et qu’elles deviendront majoritaires dans les berceaux dans les années 2020. Vaincus dans les pouponnières, les Blancs auront définitivement perdu la partie. Autrement dit, si un Front National résolument anti-immigrationniste, voire réémigrationniste (partisan du renvoi en Afrique de plusieurs millions de personnes vivant en France, dont certaines naturalisées ou nées françaises), ne prend pas le pouvoir en 2017 ou 2022…Game Over.

                A leur crédit, ce scénario de la défaite démographique des Blancs dans les naissances est déjà réalisé. Mais aux USA, où les Blancs Non-Hispaniques (catégorie ethno-raciale reconnue dans les statistiques officielles), qui représentaient 80% de la population dans les années 1960, ne sont plus que 63% aujourd’hui, et font, depuis 2010, moins de 50% des nouveaux-nés.

                A leur débit, les racialistes ne prennent pas de pincettes sur leurs « preuves » concernant la France. Si l’INSEE reconnaît que 29% des naissances ont au moins un parent immigré en 2015 (près de dix points de plus que quinze ans plus tôt), tous ces enfants ne sont pas nécessairement d’origine africaine (une majorité, mais pas ultra-dominante, l’est certainement). Quant à la drépanocytose, cette maladie fait probablement l’objet d’un sur-dépistage. En effet, il n’est pas toujours possible d’être sûr de l’identité du père d’un enfant, voire de l’origine (du lieu de naissnce) de la mère ou des grands-parents. Il y a certainement des maternités qui font du dépistage généralisé dans les communes où une immigration extra-européenne est visiblement présente. La croissance du taux de dépistage à l’échelle nationale indique que la population d’origine africaine – de par ses parents ou grands-parents – est manifestement en croissance en France. Mais cela ne valide pas le chiffre de 30% à 40% de naissances « de type africain » dans notre pays.

                Le désespoir des racialistes, net après le score peu impressionnant de Marine Le Pen le 23 avril 2017, va peut-être éloigner ces militants, qui préfèreront tenter des expériences survivalistes en attendant la supposée inévitable « guerre ethno-raciale ». Ces activistes, qui ont sans doute convaincu principalement des internautes déjà enclins à se laisser convaincre, n’apportent pas grand-chose au mouvement nationaliste et encore moins au souverainisme (vu que la nation française leur importe moins que la race blanche), et deviennent, par leurs frasques langagières, rapidement des boulets.

 

  Maintenant, parlons des autres familles politiques, si l'on veut se faire une idée du contexte politique de la décennie qui vient.

 

Thèse 8 : nous allons vers un grand parti « démocrate » à la française, qui risque d’occuper le pouvoir pour longtemps…

Le PS résiduel, qui a encore un réseau d’élus assez large pour lui servir d’arguments de négociations, va sans doute se fondre à son avantage dans le mouvement de Macron, qui va se formaliser sans doute cette année. Au plus, le PS continuera d’exister formellement, mais se videra progressivement dans une telle structure pour le bien de ses élus locaux.

Ce mouvement centriste, sorte de "parti démocrate" à la française, sans "parti républicain" unifié pour lui tenir tête en face (pour l’instant, car cette hypothèse n’est pas exclue à l’avenir comme on le verra à la thèse suivante), va donc avoir un boulevard pour dominer la politique pendant quelques années, voire plus.

Sauf s'il échoue misérablement sur tous les fronts...ce qui se produira. Et donc, pour le faire tenir au pouvoir, on va se faire gaver de discours sur "la menace populiste". Pas lors des élections, mais tout le temps.

Cependant, il faut bien noter un point : on a certainement surestimé le rejet dont faisaient l'objet François Hollande et son gouvernement. François Hollande a eu des cotes de popularité très basses, principalement parce qu'il n'était manifestement taillé pour être président, n'incarnait ni la détermination, la décision ni l'autorité. Il n'est pas étonnant qu'en fin d'année dernière, après qu'il ait annoncé sa non-candidature, sa popularité ait soudain remonté : les Français n'ont jamais détesté le politicien corrézien qu'il est fait pour être, et son départ de la posture présidentielle qu'il essayait vainement d'incarner depuis plus de quatre ans était plutôt un soulagement. Mais la popularité réelle du gouvernement se mesurait plutôt à celle du premier ministre, Manuel Valls, qui tournait depuis deux ans entre 25 et 40%, bien au-delà des cotes abyssales du Président. Ce qui rend les scores cumulés d'Emmanuel Macron et Benoît Hamon au premier tour nettement plus compréhensibles. 

 

Thèse 9 : Les Républicains ne sont pas morts, et ils peuvent revenir au pouvoir dans les dix ans à venir.

Le score de 20% de François Fillon est certes faible, mais pas apocalyptique. Et une partie de l’électorat lepéniste compatible avec la droite libérale, conscient du désavantage structurel du FN lors des élections législatives à scrutin uninominal à deux tours, risquent de voter pour les listes dirigées par François Baroin en juin prochain.

Les Républicains, qui seront le pendant du parti « démocrate » annoncé plus haute, ont une dizaine, voire quinzaine d’années devant eux pour se ressaisir et devenir la principale opposition à la formation macronienne naissante.

Pourquoi dix ou quinze ans ? Car leur électorat est très âgé (se rencontrant surtout chez les plus de 60 voire plus de 65 ans). Si les Républicains continuent de partir à la dérive, cet électorat diminuera pour raisons naturelles et cette famille politique suivra le PS dans sa chute. La recette de cette faillite : que les Républicains ne cessent de se déchirer entre leur aile libérale et celle moralement conservatrice, ou autour d’une tension entre pro-européens, attachés à la liberté de circulation (pilier de l’U.E.) et ceux qui sont plus eurosceptiques, empathiques vis-à-vis de la Russie de Poutine, et concernés par la réduction de l’immigration, quitte à renier une partie des engagements européens ainsi que les avis de la Cour de Justice Européenne.

Il se peut aussi que les Républicains se rassemblent autour d’une direction qui serait, vu le regain de pouvoir des juppéistes du fait du naufrage de l’équipe Fillon, plutôt pro-européenne et libérale. Et il ne faut jamais négliger la possibilité d’un effondrement du Front National, par choc entre ses différentes lignes, ou par une disparition (politique ou autre) de la dynastie Le Pen, et en l’absence de successeur « légitime ». Dans ce cas, un retour à un bipartisme des années 1980-2000, celui d’un parti de centre-gauche et d’une droite depuis longtemps dé-gaullisée, n’est pas du tout à exclure.

En politique, il ne faut jamais enterrer quelqu’un tant qu’il n’est pas réellement mort. Et si même le PS ne l’est pas tout à fait encore, c’est encore moins le cas des Républicains.

 

Thèse 10 : La France Insoumise  va au-devant de jours difficiles.

La performance de Jean-Luc Mélenchon pourrait faire penser qu’une nouvelle organisation majeure, comparable au grand PCF des années 1940-1960, serait en route. Les 450 000 personnes qui ont soutenu la candidature de Mélenchon, dont 250 000 environ se sont prononcés le 2 mai 2017 pour rejeter (aux deux tiers) l’appel au vote Macron, peuvent sembler être la nouvelle base de ce parti futur. Sauf qu’il n’est pas certain que leur engagement durera au-delà de la campagne épique de l’Insoumis en chef.

Le prochain test sera les législatives, nécessitant des élus et de nouvelles campagnes organisées, ancrées dans le terrain local, ce qui risque de perdre pas mal de gens au sein de ce demi-million d’Insoumis. Le Parti Communiste (plus de 50 000 adhérents à jour de cotisations) et plus faiblement le Parti de Gauche, qui, lui, était toujours à 10 000 adhérents au début de cette année, sont les seuls à pouvoir entamer ces campagnes immédiatement. En 2012, les listes Front de Gauche avaient enregistré 7% des suffrages aux législatives de juin, soit 4 points de moins que la candidature de Mélenchon le 22 avril. On pouvait invoquer la démobilisation post-présidentielle, ou le vote utile pour les listes PS. Le même argument pouvait expliquer que Mélenchon n’ait pas fait plus de 11% au premier tour.

Mais si on regarde le score des Européennes de 2014, on ne trouvait que 6.6% de voix pour le Front de Gauche. Dans cette élection proportionnelle (par euro-circonscription) à un tour, la pression du vote utile était beaucoup moins évidente. Et, près de deux ans après sa victoire, François Hollande avait déjà largement perdu sa popularité. Ces élections, comme les départementales et régionales suivantes (où le vote utile par crainte du Front National ou de l’UMP pouvait jouer) confirmèrent que la campagne de  2012 ne s’était pas transformée en mouvement durable.

L’élection présidentielle repose largement sur la persuasion, sur l’entraînement autour d’une candidature, de la vision et de la confiance qu’elle inspire, plutôt que sur la conviction rationnelle sur le programme, ou même sur le positionnement idéologique (faut-il être libéral, anti-libéral, socialiste, communiste, etc…). La personnalité de Jean-Luc Mélenchon, apaisée par rapport à 2012, et son ton pédagogique ont réussi cette persuasion, au terme d’une belle progression, faite en deux mois (mars-avril), principalement au détriment de Hamon. Mais cette percée révèle aussi qu’au cours des quatre années précédant la présidentielle, le mouvement mélenchonien (qui ne s’appelle plus « Front de Gauche ») n’avait pas réussi à construire un rapport de force idéologique dans la population le situant généralement à 20% des intentions de vote (davantage vers 10-14%). Alors que le FN, lui, s’est installé durablement au-delà de 20%.  Ce qui renforce l’idée que le succès objectif du 23 avril (19.6%) reposait beaucoup sur la personnalité du candidat.

Jean-Luc Mélenchon, né en 1951, aura 70 ans, presque 71, au printemps 2022. Il n’aura plus aucun effet de nouveauté, et n’aura sans doute plus la même énergie. Aucun de ses lieutenants (Corbière, Garrido, Billard...) n'a le dixième de son charisme, sans parler du charisme négatif des dirigeants du PCF. Le candidat arrivé quatrième risque de passer la fin de sa soixantaine à éviter que ce qu'il a construit en 2017 ne s'évanouisse aussi vite que cela n'est apparu.

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