Pourquoi François Fillon a raison de se maintenir dans la présidentielle

François Fillon a raison.

Pas sur son programme, bien sûr.
Et pas sur ce qu'il a fait concernant sa famille et ses enveloppes de parlementaire, pendant plus de trente ans.

Mais sur le maintien de sa candidature.

Pourquoi ?

- parce que toute autre solution aurait été politiquement plus désastreuse encore en termes d'image, image qui, contrairement à ce que certains semblent penser, ne se résume pas à votre casier judiciaire. Choisir un autre candidat que Fillon obligerait à prendre l'une des deux options : 1) un-e candidat-e vaincu-e à la primaire reviendrait à dire aux millions de sympathisants de droite qui ont voté à la primaire qu'ils n'auraient pas le projet politique, économique, social, international, sociétal etc... pour lequel ils se sont clairement prononcés. Et donc, on leur envoie le message que : le projet politique ne compte pas, seul le casier judiciaire compte.

Alors pourquoi pas se ranger tous derrière Nicolas Dupont-Aignan ? Je dis cela sans aucune acrimonie ni mépris pour le président de Debout La France. Sauf que ses positions sont contraires sur plusieurs points à celles des Républicains depuis que Debout La République fut créée en 2007. Et, pendant qu'on n'y est, pour pousser la logique à l'absurde, pourquoi ne pas prendre Philippe Poutou ? 2) Prendre un candidat hors de la primaire "au hasard", c'est avoir un candidat qui, symboliquement, ne sera rien d'autre que "la personne qui remplace Fillon". Et le message sera : les personnalités politiques ne comptent pas, tant que l'on garde le même projet. Ce qui est contraire à toute l'histoire de la droite (les partis de droite, à l'image des multiples partis créés par De Gaulle, sont éminemment basés sur des personnalités charismatiques qui ne sont ou n'étaient pas interchangeables). C'est en fait également vrai des partis de gauche: le PS, créé sur les cendres de la SFIO et des divers partis de la "deuxième gauche" d'après-guerre, est indissolublement lié à François Mitterrand, et ses autres chefs postérieurs comme Jospin ou Hollande n'incarnent que l'échec. Et, bien entendu, le PG ou La France Insoumise n'existent que centrés autour de Jean-Luc Mélenchon. Les partis de gauche qui vivent vraiment dans le mythe de l'insignifiance des personnalités, et que seules les idées et les programmes compteraient, aboutissent, comme le PCF, à des chefs totalement anti-charismatiques, comme Hue, Buffet ou Laurent.

- parce que l'enchaînement des "révélations" et la rapidité soudaine des procédures font évidemment penser à un usage de la justice précisément pour priver la droite libérale de son candidat. Ce qui, compte tenu de la non-interchangeabilité des candidats exposée précédemment, est une des façons les plus lamentables de faire de la politique.

- parce que, oui, il faudrait sérieusement envisager un statut judiciaire spécial des candidats à l'élection présidentielle, qui est l'élection centrale de la vie politique française et ne peut être traitée comme les autres. La campagne de 2017, qui s'annonçait comme l'une des plus ouvertes depuis 40 ans, commençant autrement que par l'annonce de l'inévitable duel PS-droite au second tour, et était annoncée par un combat inédit à 4, voire à 5, est maintenant transformée en série judiciaire minable. Non, les candidats à la présidentielle, parce qu'ils portent un projet dont dépendent les intérêts supérieurs de la Nation s'ils sont élus, ne peuvent, durant le temps de la campagne, être des justiciables comme les autres. "Mais n'importe qui peut se déclarer candidat", me dira-t-on. Bien sûr, mais il importerait de définir à l'avenir un système de validation des candidatures fonctionnant plus tôt et plus équitablement que le système des 500 parrainages, par exemple avec 100 000 signatures de citoyens (vérifiées par échantillons), déposées à partir de 6 mois (par exemple) avant le 1er tour. Tout candidat validé serait immune contre les affaires non criminelles (donc à l'exclusion du meurtre, viol, trahison à la nation, etc...) jusqu'à la fin de la présidentielle.

- parce que, pour fautive que l'attitude des Fillon ait été sur le plan symbolique (l'aspect légal étant toujours à établir, mais de préférence hors des campagnes électorales comme dit plus haut), cette faute est surtout symbolique (à l'heure qu'il est). Ce qui n'est pas rien en politique, je l'entends. Mais je voudrais préciser à ceux qui s'indignent du "détournement de l'argent du contribuable" qu'ils racontent n'importe quoi. Si Fillon avait utilisé son enveloppe budgétaire pour employer quelqu'un, de sa famille ou non, qui aurait fourni des preuves incontestables de son travail, en quoi le contribuable aurait-il vu "revenir" son argent ? En rien. Et, plus spécifiquement pour les contribuables de gauche, si Fillon avait utilisé ses deniers d'élu pour faire travailler des gens manifestement plus productifs, il aurait été lui-même plus productif...en tant que parlementaire de droite. Il aurait peut-être fait plus d'amendements ou propositions de loi...de droite. Par définition, un parlementaire reçoit des fonds pour exercer ses fonctions, et si des règles légales existent (qui ont peut-être été violées ici), aucun retour sur la "productivité" de l'usage de ces fonds n'existe. L'idée n'a pas même vraiment de sens, tant le contenu du travail d'un parlementaire et ses auxiliaires peut être variable. Tout parlementaire a un coût, et c'est le coût de la démocratie.

- parce que l'argument du "les militants LR vont s'en prendre plein la gueule sur les marchés et dans la rue" appelle une réponse simple : qu'ils n'aillent plus sur les marchés, au moins pour les semaines à venir. On sait que les tractages, les affichages, les discussions de rue n'ont qu'un effet très marginal sur les scores électoraux. Et que les rapports de force entre les camps politiques se fermentent pendant les années qui précèdent la campagne. Et que la campagne ne peut, au mieux, que départager des candidats qui abordent des thèmes et positions proches. La crédibilité de ces candidats devant, elle, être acquise sur plusieurs années, voire décennies (sauf si vous vous appelez Emmanuel et que vous avez nombre de riches soutiens). C'est pourquoi Mélenchon pourra déployer tout son talent pédagogique, il ne dépassera pas les 15-20%, car sa famille politique ne peut pas faire plus au sein de la population, en raison de son positionnement idéologique. Les militants LR feraient mieux de s'investir sur le Net, ou de faire des réunions où ils seront en position de force, quitte à être perturbés par des militants de gauche (et même, pour être cynique, en espérant que ces derniers se disqualifient par leur agressivité).

- parce que, enfin, il m'insupporte d'entendre l'habituel "dans d'autres pays - d'Europe du Nord ou anglosaxons -, Fillon ou Le Pen ne seraient déjà plus candidats". Ah, les merveilleuses social-démocraties nordiques, où un ministre démissionne pour s'être acheté un café avec l'argent du contribuable... Juste une précision : prenons un exemple (la Suède, au hasard), et demandons-nous pourquoi ces pays se sont fait une spécialité de "l'exemplarité morale" dans la vie politique ou l'idéologie "progressiste". La réponse, selon moi, est simple : parce que ces pays, de par leurs tailles, et leur faible puissance en général, n'ont pas d'autres moyens d'exister dans l'imaginaire international. La Suède est un pays spectateur du monde, au bord de la carte. La France est un pays de plus de 60 millions d'habitants, doté de l'arme atomique et ayant l'une des dernières armées fonctionnelles en Europe, avec de nombreuses connexions avec d'autres pays, en Afrique surtout, que l'on peut discuter à l'infini, mais qui font que, à son échelle qui n'est bien sûr ni celle des USA ni de la Chine, mais pas si négligeable comparée à la Russie, la France est une puissance. Et qui dit "puissance" dit "dirigeants qui doivent se salir les mains de temps en temps", si ce n'est pas "en permanence". Etre une puissance signifie avoir des ennemis, des gens qui vous menacent, devoir parfois les supprimer sans autre forme de procès possible (les opérations "Homo", ou assassinats ciblés effectués par les services secrets français, auxquels le gentil Hollande n'a pas répugné), mais aussi devoir s'allier ou composer avec des régimes étrangers très discutables (la position purement moraliste de la France sur la question syrienne nous ayant rendus totalement insignifiants - voilà justement ce qui arrive quand la France se prend pour la Suède). Les Français, contrairement à des Danois, Finlandais ou Suédois, savent que les dirigeants ne peuvent être purs, et peuvent leur pardonner beaucoup de choses, tant que l'Etat fonctionne - ce qui est à peu près le cas depuis des siècles en France, et ce qui n'est pas une mince affaire vus les conflits traversés (la France, comme le relevait Mitterrand, ayant été en guerre à un moment ou un autre avec toute l'Europe, sauf peut-être le Danemark). Cette "permissivité" morale (avec des limites, bien sûr) des Français est en réalité plus un signe de maturité, le vrai problème étant que les Français devraient être justement plus exigeants sur la capacité de l'Etat à faire respecter son autorité, à prendre des initiatives et réformer le pays.

Voilà, en bref : François Fillon, dont je n'approuve pas le programme, et qui n'aura pas mon bulletin, doit rester candidat jusqu'au bout. Et il a raison de s'accrocher.

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