Au secours, ils reviennent ("les socialistes") ! - par Joe Liqueur

  • Par arsin
  • Le 22/10/2012
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Par Joe Liqueur, sur son blog

http://communisme-liberal.blogspot.fr

Coommentaire de Pablito Waal : contrairement à Joe Liqueur, je ne pense pas que le but ultime de nos gouvernants soit la réduction générale de la sphère publique, mais plutôt son passage d'un rôle "producteur" (laissé au privé, les hautes sphères du privé étant consanguines avec celles de l'Etat...) à un rôle "d'assistance" (redistribution sociale, réglementation...).


Intéressante réflexion de Jacques Nikonoff, dans ce discours prononcé dans le cadre du Forum démocratique du 8 octobre dernier. Le porte-parole du M'PEP se demande (à 11') si le (trop) fameux TSCG est vraiment fait pour être appliqué… [1] Ce qui rejoint du reste les affirmations de François Asselineau, président de l’UPR, selon lesquelles nombre de députés ayant voté le texte sont tout à fait convaincus que celui-ci n’est pas applicable et ne sera pas appliqué (vidéo ci-dessous). A mettre en lien peut-être avec un article publié dans le Canard de la semaine dernière (jeudi 11/10/2012). On y explique en gros que les instances européennes n’ont pas du tout les moyens, et ne se les donnent pas, de contrôler effectivement les comptes des Etats membres.

 



Nikonoff suggère que le TSCG et ses règles absurdes serait surtout là pour servir de prétexte à de nouvelles mesures néolibérales. Et c’est là que je voudrais mettre en lumière la séquence historique en cours, dans laquelle on a vu des « socialistes » mettre en œuvre consciencieusement, en France, les différents volets du programme concocté à Chicago par la secte monétariste friedmanienne. Je ne vous le cache pas, c’est la lecture de Naomi Klein (La stratégie du choc) qui m’inspire cette réflexion.
Que dit Naomi Klein ?
Le programme néolibéral comporte trois grands volets :
1- Dérégulation financière, sociale et commerciale débridée (avec démantèlement des règles prudentielles et du droit du travail, et mise en œuvre du libre-échange radical) ;
2- Privatisations massives et illimitées ;
3- Réduction drastique des dépenses de l’Etat [2] - il s’agit bien sûr de réduire les dépenses sociales, par exemple via une privatisation de la sécurité sociale.
Toujours impopulaire, ce programme n’a jamais pu être imposé qu’en piétinant la démocratie, ou bien de manière violente (dictatures chilienne, argentine, etc), ou bien de manière « soft » en ayant recours à la « politique vaudou » - laquelle consiste à mettre en œuvre des politiques n’ayant strictement aucun rapport avec les principes défendus pendant la campagne électorale, ni même avec les (vagues) mesures annoncées alors. Vous aurez reconnu…
Eh bien moi, pour ce qui concerne la France, j’ai cru reconnaître :
-Un certain citoyen Bérégovoy, qui avait mis en œuvre une dérégulation financière pour le moins audacieuse au sein d’un gouvernement Fabius, à partir de 1984 (et qui l’a sans doute mal vécu – paix à son âme, je ne peux pas douter que cet homme eût un bon fond) ;
-Un certain citoyen Jospin, qui a privatisé pour 200 milliards de francs d’actifs de l’Etat, au temps du gouvernement dit « de gauche » dite « plurielle » ;
(Notez bien : nous avons là les deux premiers volets du programme néolibéral.)
-Un certain citoyen Hollande qui, avec tous ces sbires, semble résolu à réduire les dépenses de l’Etat… sous prétexte de TSCG, quand bien même celui-ci ne serait utilisé que comme une sorte d’épouvantail. On sait comment ils vont probablement procéder : une bonne dose de privatisation (au bénéfice des assurances santé privées), et une bonne dose de fiscalisation, sans doute via une TVA « sociale » dont certains « socialistes » ont parfois dit beaucoup de bien… Dans les deux cas, il s'agit de reporter les coûts sur le budget des travailleurs, en soulageant celui des employeurs. On parlera comme il se doit de « compétitivité » et de « baisse du coût du travail », mais on évitera de parler de « baisse des salaires », ce n'est pas poli. (J'en profite pour rappeler que je suis carrément beveridgien, et donc très favorable à la fiscalisation, mais aussi carrément socialiste, et donc carrément hostile à la privatisation - puisque je défends un monopole d'Etat sur le secteur de la santé entendu au sens large, voir le programme du PCL.)
(Et voilà le troisième volet.)
Et pour compléter le premier volet du programme de l’école de Chicago, nos « socialistes » n’ont nullement renoncé par ailleurs à saper le droit du travail (à votre avis, pourquoi Manuel Valls supprime le CDI des conditions d'accès à la nationalité, au lieu de faciliter l'accès des étrangers au titre de séjour… et l'accès de tous au CDI ?), ni à maintenir les principes du libre-échange [3].
Ils sont là pour privatiser, pas pour nationaliser
Donc il semble que ces « socialistes » soient bien résolus à appliquer le programme de Friedman - et surtout pas celui de Keynes, et encore moins celui d’Allende… Ce n’est pas vraiment une surprise, mais disons que cela devient de plus en plus clair. Souvenons-nous d’une récente interview d’Arnaud Montebourg (celui avait amusé la galerie avec son histoire de « démondialisation » lors des primaires du P« S »), le 30 septembre dernier, dans un journal télévisé sur France 2. Interrogé sur la possibilité de nationaliser Florange, le citoyen Montebourg avait répondu tout d’abord : « Cette question est prématurée » (et elle va rester « prématurée » un certain temps, vous allez voir) ; pressé par le journaliste qui se permet d’insister, le ministre du « redressement productif » (rires) se fait plus catégorique : « Cette question n’est pas à l’ordre du jour » (et n’y sera pas inscrite avant les calendes grecques, on peut en être sûr). Mais Delahousse revient encore à la charge, en notant que si ça marche tellement bien, la sidérurugie française (ainsi que Montebourg vient de l’affirmer), et s’il n’y a pas de repreneur, alors l’Etat pourrait se saisir de la bonne affaire. Et là, c’est le drame, le masque tombe, la fragile posture clownesque du traître s’effondre : « L’Etat n’a pas toujours été un bon actionnaire » (« j’ai fait néolibéral première langue, et ça se voit »). La Commission est rassurée, comme les grands actionnaires des multinationales. M. Montebourg pourra chausser des pantoufles si des fois il commence à avoir froid aux pieds.
Tout ça pour une histoire de déficit public, de dette publique, qui n’est pas le cœur du problème, tant s’en faut. Le vrai problème, c’est la dette extérieure et surtout le déficit commercial. Fondamentalement, la dette publique est une dette que nous avons envers nous-mêmes, et qu’il est donc possible de gérer, entre nous, gentiment, et comme nous l’entendons - à condition bien sûr que l’Etat ne la contracte pas auprès des marchés, mais auprès de sa banque centrale ou de ses citoyens. La dette extérieure, c’est autre chose. Soit on rembourse, soit on ne rembourse pas, mais alors les prêteurs ne prêtent plus. Ce qui n’est pas un problème tant que la balance commerciale est équilibrée (ou excédentaire)… S’il y a un problème de dette, c’est bien celui-ci. Quand les exportations ne dégagent pas assez de devises pour payer les importations, alors il faut bien exporter plus et/ou importer moins, ou emprunter des devises sur les marchés. Or cette dernière option doit être autant que possible écartée, soit qu’on en ait été privé à la suite d’un défaut, soit qu’on ait résolu d’éviter de toute façon d’y avoir recours, ce qui est tout simplement… raisonnable.
Je l’ai souvent affirmé sur ce blog, le rôle de l’Etat consiste – pour une part essentielle – à garantir, à long terme, une certaine autosuffisance pour la production des biens (et services) essentiels à la survie, voire au bien-être de la population du pays – bien qui sont de nature stratégique. Pourquoi on exporte ? Pourquoi exporter des biens et des services, alors qu’on pourrait se les garder, ou produire d’autres biens et services dont nous aurions besoin (ou même envie) ? Eh bien, c’est idiot, mais il est peut-être bon de le rappeler : on exporte pour pouvoir importer. On a besoin d’exporter parce qu’on a besoin d’importer… des biens que nous ne pouvons pas produire, parce que nous n’en sommes pas capables, ou parce que notre sous-sol ou nos terres agricoles ne peuvent nous les offrir, pour des raisons bêtement physiques. On peut aussi exporter pour constituer des réserves de devises que l’on thésaurise et qui nous permettront d’importer plus tard ; ou exporter pour constituer des réserves de devises à des fins géopolitiques.
Les matières premières sont l’enjeu essentiel
Mais une chose est certaine : si on veut importer du pétrole et du café, il faut bien exporter quelque chose… quelque chose dont les autres pays aient besoin (ou envie). Pour importer il faut exporter, mais encore faut-il proposer des biens (et services) qui intéressent quelqu’un. Si on laisse de côté les théories crypto-racistes selon lesquelles notre belle avance technologique « occidentale » pourrait être conservée in sæcula sæculorum, alors on doit vite admettre qu’in fine, sur le long terme, les matières premières et les produits agricoles sont le seul enjeu véritable du commerce international. Le jour où les pays énergents n’auront plus besoin de notre technologie, parce qu’ils auront la leur, que leur vendra-t-on en échange de leur pétrole et de leurs terres rares ? Du pinard et des sacs Vuitton ? Un peu court. Surtout s’il se mettent à cultiver leurs propres vignobles…
L’objectif poursuivi par la planification économique doit donc être le suivant : faire en sorte que la France n’ait pas besoin d’importer (trop) de biens (ou services) ayant une importance vitale ou stratégique. D’où la nécessité d’une grande politique publique scientifique et technologique. Parce que, je me répète, il peut arriver que nous n’ayons plus rien à proposer de valable, ou d’intéressant, à nos fournisseurs, en échange de ce que nous voulons importer. Du côté des matières premières, on peut jouer sur l’aspect quantitatif du problème – par exemple en exploitant nos hydrocarbures bitumineux, l’uranium de l’eau de mer, et à plus long terme des gisements extra-terrestres - et sur l’aspect qualitatif - en remplaçant  la combustion par la fission, puis la fission par la fusion… l’uranium par le thorium, et plus tard, l’hydrogène.
Pourquoi les néolibéraux (dont le citoyen Montebourg) refusent-ils de nationaliser Florange ? Il y a bien sûr l’idéologie anticommuniste. Mais il y aussi le délire crypto-raciste. Ces travaux pénibles et salissants, c’est bon pour les macaques, les jaunes, peut-être les Roumains à la rigueur (encore que, les Roumains, on ne sait pas trop, mais ils sont tout de même un peu arriérés). Mais nos fiers travailleurs français de Florange, eux, sont si flexibles, adaptables, et doués d’un tel génie, qu’après avoir fait de l’acier pendant toute une vie professionnelle, ils vont se muer en quelques mois – et par la grâce de la formation-tout-au-long-de-la-vie – en une armée d’analystes financiers qui vont transformer La Défense en nouvelle City, d’ingénieurs qui vont détrôner l’iPhone, et de biologistes qui vont faire doubler l’espérance de vie. Comme dirait Krugman : si cela vous paraît absurde, c’est parce que ça l’est.
[1] Je suis moins convaincu par sa comparaison, au début, avec le budget d'un ménage. Il me semble que l'un des termes de ladite comparaison n'est pas le bon : le numérateur devrait correspondre aux recettes publiques (de l'Etat et de la Sécurité sociale) et non au PIB. Et puis le dénominateur devrait plutôt correspondre aux intérêts de la dette, mais là on s'écarte de la notion de déficit public…

[2] Voir cette célèbre déclaration de Grover Norquist, cité par l’auteure : « Je ne souhaite pas l’abolition du gouvernement. Je veux seulement en réduire la taille jusqu’au jour où je pourrai l’entraîner dans la salle de bains et le noyer dans la baignoire ».
[3] Principes qui sont certes ceux de l’OMC, mais qui sont appliqués avec un dogmatisme féroce via l’Union européenne, laquelle a gravé des principes encore plus furieux dans le marbre de ses traités vaudous… et à laquelle notre République française a délégué sa représentation auprès de l’OMC. Voilà pourquoi Jacques Nikonoff a bien raison de souligner qu’après être sortis de l’UE, il nous faudra sortir aussi de l’OMC (et du FMI, et de la Banque mondiale, voir la vidéo en haut de cette page). Cette mesure se trouve d’ailleurs dans le programme du PCL.
 

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