Bic et les briquets chinois, ou le symbole de l'Europe passoire - par Yohann Duval

  • Par arsin
  • Le 03/12/2012
  • Commentaires (0)
Par Yohann Duval, sur son blog
http://duvalyohann.over-blog.fr/
bic.jpg
L'Union Européenne est régulièrement accusée d'être "naïve" dans la mondialisation. Incapable de protéger ses industries face à la concurrence déloyale des pays à bas coûts, elle prendrait des décisions en dépit du bon sens au nom d'une véritable idéologie consistant à glorifier la libre circulation des biens et des services et à éliminer toute trace de protectionnisme, quel qu'en soit le prix à payer. Cette accusation est-elle fondée ? La triste affaire Bic semble le prouver. 
La fatwa libre-échangiste des ayatollahs de Bruxelles
La commission européenne s'est prononcée contre le renouvellement de la taxe anti-dumping sur les briquets à pierre d'origine chinoise. La décision définitive sera prise en Décembre, mais les États, qui ne disposent que d'un avis consultatif, ne semblent pas en mesure de convaincre Bruxelles de revenir sur sa décision. 
Créée en 1991 pour lutter contre une concurrence déloyale, cette taxe visait à compenser l'écart de coût de production entre les fabricants de briquets de l'Union Européenne, qui sont contraints d'utiliser des normes de qualité et de sécurité très strictes, et ceux de la Chine. Pourquoi donc priver nos entreprises d'un moyen de lutter à armes égales (si tant est que cela puisse être possible) contre leurs concurrents extra-communautaires ?
Pour la commission, le principal défenseur de cette taxe, l'entreprise Bic, n'a "fourni aucune preuve qu'il existait un dommage". En d'autres termes, c'est parce que Bic se porte bien – probablement en partie grâce à l'existence de cette taxe – qu'il faut la supprimer. Vous ne saisissez pas la logique ? Le président Bruno Bich non plus :

 

"Nous ne comprenons pas la recommandation de la Commission Européenne, qui va, sans raison valable, à l’encontre des intérêts de l’industrie Européenne. "

 

Une décision d'autant plus incompréhensible qu'une procédure consistant à étendre cette mesure est à l'étude, les producteurs chinois n'hésitant pas à utiliser de fausses déclarations pour faire passer leurs briquets pour des marchandises issues de Taïwan, de Malaisie, d'Indonésie ou du Vietnam. 
Les salariés de Bic en France, à Redon, peuvent être inquiets. Si Bruno Bich a annoncé ne pas remettre en cause la pérennité des emplois du site, les investissements n'y seront pas aussi importants que prévu. "La Commission européenne incite à la délocalisation" affirme ainsi le président de l'entreprise, considérant qu'en supprimant cette taxe, "on fait un cadeau aux tricheurs". 
Une décision qui en rappelle d'autres. . . 
Cette situation n'est pas sans précédent. En 2011, toujours guidé par la religion du libre-échange et de la "concurrence libre et non faussée", Bruxelles n'avait pas hésité à supprimer les droits de douane sur les décodeurs numériques. Le résultat ne s'était pas fait attendre : la production, réalisée à l'origine par Technicolor (ex Thomson) à Angers, avait alors été délocalisée vers le Vietnam. 
Le 11 Octobre 2012, l'usine d'Angers était placée en liquidation judiciaire. Plusieurs centaines d'employés se retrouvaient alors sur le carreau. Leurs témoignages déchirants laissaient transparaître colère et désespoir. La même colère que chez les ouvriers de PSA à Aulnay. Le même désespoir que chez les travailleurs de Continental avant eux. Ou chez ceux de Magneti-Marelli, de Whirlpool, de Caterpillar, de Nestlé, de Molex, de Moulinex. . . 
Nous le voyons, l'Union Européenne est devenue non seulement inutile, mais aussi chère et nocive. Ce n'est pourtant pas une fatalité. Il n'y a pas de solution miracle, mais la mise en œuvre d'un protectionnisme intelligent permettrait de rééquilibrer quelque peu la balance et de donner un bol d'air à nos entreprises. Pour cela, il faudra bien entendu rompre avec les traités européens en vigueur. Rien ne sera possible sans cette étape préalable. 

PourProtectionnismeDesastreindustriel Bruxelles Européenne commission sanitaire normes Chine protectionnisme Libre-échange UE Redon Bic

Ajouter un commentaire

Vous utilisez un logiciel de type AdBlock, qui bloque le service de captchas publicitaires utilisé sur ce site. Pour pouvoir envoyer votre message, désactivez Adblock.

RETOUR A L'ACCUEIL

Créer un site gratuit avec e-monsite - Signaler un contenu illicite sur ce site

×