Chavez, le spectre qui hantera le monde pour longtemps - 1) vu de France

  • Par arsin
  • Le 11/03/2013
  • Commentaires (0)

Par Pablito Waal

Voici enfin la tribune annoncée. Ou plutôt la première partie d'une série d'au moins trois sections de cet article.

http://www.lepartidegauche.fr/system/images/original/Deces_CHAVEZ_Marseille_R_Bianchi6.jpg

Ca ne fait pas de mal de prendre un peu de recul avant de publier son propre avis sur la disparition (et donc le bilan) de Hugo Chavez. Cela m’a permis de connaître le point de vue de Sonia Bastille, membre (pour combien de temps, je me le demande) du PG, de Descartes et de François Asselineau. S’y ajoute une liste de « 50 vérités sur Chavez », par Salim Lamrani, vérités dont plusieurs nous apprennent plus de choses sur les chavistes que sur la réalité du Venezuela.

Les oraisons que j’ai citées, bien que prises sans planification, résument assez bien la variété des points de vue français concernant le personnage. Exception faite de l’antichavisme frontal et sans nuance des libéraux, de droite ou « de gauche » tels que Cohn-Bendit.

Il y a ceux qui viennent de la droite, de la droite attachée à la nation, et qui ont vu en Chavez la figure gaullienne de l’Homme qui a rencontré le Peuple. Le contre-portrait qu’Asselineau fait en dépeignant sa rencontre avec l’ancien président vénézuélien Carlos Perés, ayant fini sa vie en légume moral congelé à Miami, et qui se retrouve en négatif dans feu le Comandante Chavez (hormis pour ce qui est des accusations de corruption dans l’entourage de Chavez) en est un brillant exemple. Pour Asselineau, la figure de Chavez est avant tout celle d’une personne exceptionnelle. Il ne prend pas partie pour ou contre la prétention de Chavez à créer le socialisme du XXIème siècle.

Le point de vue de Sonia Bastille est diamétralement opposé, puisqu’en prenant pour référence la Norvège plutôt que le Venezuela, Sonia Bastille nous rappelle que derrière l’homme, il y a un bilan, un modèle social, qu’on n’est pas obligé d’approuver. Comme le lui répond Simon Archipenko de Voltaire République sur le réseau social au logo bleu carré, il ne sert pas à grand-chose de rêver d’importer un modèle extérieur, fut-il venu des fjords ou des llanos. D’autant qu'imiter le modèle norvégien nous imposerait d’avoir une rente pétrolière, et d’avoir procédé, comme lesdits vikings, à des plans importants de réductions des dépenses publiques (en revanche, il est tout à fait vrai que la Norvège se distingue des autres pays européens par l’importance des effectifs du secteur public ou non capitaliste).

Pour revenir au « modèle vénézuélien », Salim Lamrani peut nous en faire un panégyrique en 50 points. Oui, certes, Chavez a augmenté le nombre de médecins dans son pays, pour suivre l’exemple cubain : mais qu’est-ce qui démontre que pour avoir le meilleur système de santé au monde, il faille avoir le plus d’assermentés hippocratiques par centaine de milliers de têtes ? Quant à la dette publique vénézuélienne, si elle a atteint un plancher vers 2008 sous les 30% du PIB, elle est repartie à la hausse depuis, au-delà des 40%. L’argument phare, que dis-je, solaire de la réduction de la pauvreté devrait s’accompagner d’une nuance : cette réduction est-elle continue ? Ou s’est-elle stoppée vers 2008, comme le dit Marc Saint-Upéry, antichaviste au sein du Front de gauche français, cité il y a quelques mois sur ce site ? Le bilan du Venezuela en termes de croissance économique est délicat à traiter, comme nous le verrons plus loin; aussi, ne peut-on se contenter de citer le dernier chiffre de la croissance du PIB en 2012 pour faire le tour de la question…En rédigeant son article, Salim Lamrani a donc réactivé l’attitude systématique d’une partie de la gauche consistant à mesurer son succès par le nombre de médailles accrochées au veston du militant.

Descartes préfère raisonner en termes de dynamiques de long terme. Et, comme un graphique nous le confirmera plus loin, on peut difficilement contester que le colonel trois fois élu n’a pas changé la lancée fondamentale du Venezuela, qui est d’être une économie rentière, soumise aux grands vents du marché pétrolier mondial. Là où l’on peut se dissocier de Descartes, c’est justement dans le fait qu’il ne voit pas la particularité politique mondiale de la présidence d’Hugo Chavez. Certaines comparaisons que Descartes fait avec le président argentin Juan Perón (qui n’incarnait pas dans les années 44-52 une alternative idéologique influente à travers les océans), ou même les comparaisons économiques ne sont pas toujours justes (une économie agricole comme l’Argentine peut voir sa position internationale concurrencée rapidement, un pays qui dispose de réserves de pétrole d’une rare ampleur comme le Venezuela peut plus difficilement l’être). De plus, on ne peut pas dire comme Descartes le fait que Chavez « achetait » les voix. Qu’il se soit régulièrement pris pour un hybride de Deus Ex Machina et de Père Noël dans Alo Presidente, c’est une chose. Mais la popularité qu’il avait acquise dans les barrios par le biais des missions sociales et sanitaires ne peut être assimilée à des achats de faveurs ciblés. Chavez n’envoyait pas de chèques à ses électeurs (contrairement à Reagan qui envoyait le montant de ses baisses d’impôts aux contribuables sous cette forme…). Et on ne peut parler de clientélisme à chaque fois qu’un gouvernement fait une politique plaisant immédiatement à une fraction de la population ; sinon, seuls les gouvernements n’ayant à offrir, contexte oblige, que du sang et des larmes à leurs administrés échapperaient à l’accusation de populisme et de clientélisme !

Bon, cessons le passage en revue, et lançons-nous… Avant de passer aux faits, je précise que je suis fort loin d’être une groupie du défunt chef d’Etat. L’incroyable manichéïsme des chavistes, l’opposition entre partisans et ennemis du Peuple, la surutilisation du terme « fasciste » dans un pays qui n’a pas connu réellement le fascisme au sens historique (et donc européen) du terme, sans parler des fréquentes références à « l’amour » que le Christ-président aurait porté à son peuple, me rendent très antipathiques certains partisans hier exaltés et aujourd’hui éplorés du trépassé. Non pas que je ne pense pas que Chavez ait réellement aimé son peuple. Mais j’aimerais que l’on laisse un peu de place à la rationalité en politique, tant pour soi-même que pour les autres (que l’on doit donc éviter de diaboliser en tant qu’ennemis du peuple, terme de sinistre mémoire s'il en est…).

La suite ici.

souveraineté De Gaulle rente économie clientélisme démocratie Venezuela Chavez

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