Chavez, le spectre qui hantera le monde pour longtemps - 2) le "dictateur qui a ruiné son pays"

  • Par arsin
  • Le 13/03/2013
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Par Pablito Waal

Voir la partie précédente.

http://lemanoirdessecrets.l.e.pic.centerblog.net/o/107ca46f.jpg

Le croquemitaine chaviste, une histoire pour remettre les petits occidentaux pas sages dans le droit chemin.

 

Il est difficile d’esquisser à mon tour une interprétation juste du passage de Chavez dans l’Histoire sans écarter en premier lieu quelques jugements aberrants qu’on risque d’entendre encore longtemps. (ou comment gagner du temps avant de se prononcer).

Non, Chavez n’était pas un dictateur

Déjà, si vous acceptez de lire un site fondé par d’ignobles socialo-communistes, il est statistiquement probable que vous ne considériez pas un président se prétendant socialiste comme étant nécessairement un dictateur. Et que vous soyez au courant que Hugo Chavez a bien gagné trois élections présidentielles (1998, 2006, 2012), plus toutes les législatives et referenda depuis 1998…excepté le référendum de décembre 2007. Victoire qui n’a pas été remise en cause, mais en partie annulée par un autre référendum, sur une autre partie du projet (la possibilité de se représenter sans limite à la présidence) en 2009. Bien sûr, les chavistes ont eu droit à des reproches de leurs opposants quant à l’indépendance du Conseil Electoral National, sur l’ambiance tendue des élections, ou l’utilisation de la justice et des accusations de corruption contre des candidats d’opposition potentiels (dont Manuel Rosales, ancien candidat à la présidence en 2006). Le fait est que l’opposition a toujours pu se présenter, sans limitation du nombre de candidats (plus d’une dizaine en 2006, tous obtenant des scores très faibles en dehors de Chavez et Rosales), que l’opposition a reconnu ses défaites, celles-ci étant attestées par les observateurs internationaux. On a cependant eu droit à un gros hoax sur les législatives de 2010.

Dans ces élections, « l’opposition » obtint 52% des voix, et la coalition chaviste (MVD, mouvement pour la 5ème république, ayant pour navire amiral le parti socialiste unifié du Venezuela ou PSUV) 48%. Les chavistes ayant obtenu la majorité des sièges, il allait de soit, et la légende s’est répandue en France, que le pouvoir manipulait les sièges, et que le pays n’était plus démocratique ! Or la réalité est un peu différente : il y eut deux listes d’opposition, la principale obtenant 47% des voix, l’autre moins de 4%. Dans toutes les démocraties représentatives du monde, la liste arrivée en tête avec 48% (les chavistes en l’occurrence) obtiendrait la majorité des sièges. Les sièges étaient eux-mêmes divisés entre un collège de sièges attribués par coalition de partis (la coalition arrivant en tête gagne un ou deux sièges régionaux de ce collège, la coalition suivante moins, etc…), et un collège de sièges attribués aux partis (même principe dans chaque région, mais en fonction de l’ordre d’arrivée des partis et non des coalitions). Or, la principale coalition de l’opposition (le MUD, 47% des voix) était composée de partis forts divers qui, au lieu de se répartir les régions pour avancer en rangs unis et coordonnés, se sont lancés dans la plus grande dispersion, se concurrençant entre eux alors qu’ils faisaient partie de la même alliance. En conséquence, une grande partie des sièges attribués aux partis allèrent au PSUV, qui, lui, se présentait le plus souvent en candidature unique parmi les partis du MVD, et arriva en tête des partis dans beaucoup de régions, même quand la coalition majoritaire était le MUD. On touchait là au problème fondamental de l’opposition vénézuélienne : pouvoir réunir presque toute les sensibilités politiques autres que chavistes, socialistes et communistes, en allant des gauchistes à la droite dure. Et surtout être incapable de s’unifier profondément pour présenter une alternative à Chavez. Avec en prime l’obligation pour l’opposition, pour espérer même théoriquement battre Chavez aux présidentielles, de gauchir son discours. Et de présenter un programme social-démocrate comme Manuel Rosales en 2006, promettant de continuer la redistribution de la manne pétrolière, ou de nier les intentions de privatisations qui lui étaient prêtées, comme Capriles en 2012. Lorsque même l’opposition ne peut prendre le contre-pied idéologique complet du pouvoir, c’est qu’il y a visiblement une appréciation populaire réelle de tout ou partie de la politique dudit pouvoir. On n’est clairement pas dans un pays où le gouvernement ne se maintiendrait que par la violence, l’achat de voix et l’intimidation. Les opposants vénézuéliens ne sont, heureusement pour eux, pas des dissidents chinois ou birmans.

Non, Chavez n’a pas ruiné le Venezuela

Les Echos ont parlé d’économie « dévastée », Cohn-Bendit d’une économie « cassée », Baverez en 2007 d’un Venezuela « néomarxiste » s’enfonçant dans la crise. Le lieu commun du « dictateur socialiste qui ruine son pays » s’est installé parmi les beaux esprits, et servira pour encore quelques décennies au moins contre ceux qui rabacheront, de façon tout aussi lourdingue, les miracles accompli par Chavez dans la lutte contre la pauvreté.

Ne renvoyons pas dos à dos ces prétentions : s’il y a du vrai (et même pas mal) dans la baisse de la pauvreté, la « ruine » du pays est un mensonge. Vous le trouverez décliné sous de nombreux arguments à deux balles,  qu'il s'agisse du niveau de l'inflation (35% annuels actuellement...et alors? si ça n'empêche pas la hausse du PIB par habitant?), ou de la dépendance alimentaire (n'y a-t-il aucun pays riche qui ne soit dans cette situation?), ou la baisse du nombre d'entreprises (l'argument le plus ridicule de tous : dans un pays pauvre, il y a forcément beaucoup d'entrepreneurs, le développement s'accompagnant toujours d'une augmentation du salariat). Puisqu’il s’agit de parler de croissance, voyons l’indicateur fétiche : le PIB. Par habitant, en dollars US constants et en parité de pouvoir d’achat, s’il vous plait.

 


En rouge, vous pouvez voir la courbe illustrant un pays « ruiné par Chavez ». Alors commentons : de 1980 à 1998, quand le Venezuela avait des présidents « normaux » et « sérieux », le pays connaissait une tendance assez nettement baissière de son niveau de revenu, qui se constaterait également si j’avais publié des courbes du PIB par habitant en dollars constants sans tenir compte de la parité de pouvoir d’achat. Par contre, si le graphique avait inclut les années 70 (comme ici), on aurait vu une courbe nettement plus décroissante pour le Venezuela, qui a connu un réel déclin dans les années 78-82. La réalité de la « Petite Venise » (origine du nom du pays) était donc celle-là : au cours des vingt années qui ont précédé l’arrivée à la présidence du colonel, la fortune que représentait la manne pétrolière devenait une infortune, avec un appauvrissement bien réel.

La présidence de Chavez a connu quatre périodes : 1) une petite croissance en 1999 (première année d’exercice réel) et 2000 ; 2) une sévère récession de 2001 à 2003, sur fond de conflit social massif dans l’entreprise pétrolière PDVSA, pas encore nationalisée, et une tentative de coup d’état en avril 2002 ; 3) un très nette poussée de croissance, liée à un redressement des cours mondiaux du pétrole (mais pas que), de 2004 à 2008 ; 4) un recul également consécutif au retournement du prix du baril et à la crise internationale, faisant du Venezuela le seul pays latinoaméricain à connaître deux ans de récession en 2009-2010. Mais la courbe s’est récemment ré-inversée, et à une croissance de 4.2% (croissance du PIB national en volume) en 2011 a succédé un bond de 5.7% en 2012.

Mais si l’on fait le comparatif avec les autres pays d’Amérique latine de grande taille, voisins ou proches du Venezuela, le bilan est nettement moins flatteur en termes relatifs. Le Brésil social-démocrate, la droitière Colombie, le Pérou de Fujimori dans les années 1990, ou l’Equateur dirigé par un autre "socialiste", Rafael Correa, à partir de 2007, ont tous connu des phases ascendantes plus durables et amples que le pays de Chavez. Cette comparaison serait cependant fort hâtive si on ne tenait pas compte du fait que l’économie vénézuélienne est particulière par l’importance qu’y tient la rente pétrolière. Le Venezuela n’est pas le seul producteur pétrolier d’Amérique latine, mais le second après le Mexique, quatre fois plus peuplé, et le treizième mondial. En tenant compte de sa population (29 millions d’habitants), le Venezuela est donc particulièrement dépendant de l’or noir (dont les exportations représentent 40% du PIB). Cette situation a fait du Venezuela un pays relativement « riche » (en faisant abstraction du niveau des inégalités) depuis bien plus longtemps que ses voisins, sans base industrielle réelle, et dans sans développement viable, comme la courbe rouge plus haut le montre. De ce point de vue, la période de chaviste ne modifie que marginalement cet état de fait, et ce changement est en fait positif, le Venezuela récupérant une partie du terrain perdu au début des années 80, sur une base plus égalitaire.

(Pour plus de détails sur la composition de cette croissance, avec des statistiques montrant que, non, il n'y a pas que le pétrole qui tourne au Venezuela, et que le secteur public n'a pas phagocyté l'économie, voir ici).

Les sources d’inquiétudes se manifestent surtout sur le devenir de cette production pétrolière, en baisse en volume (mais croissante en valeur grâce aux prix internationaux). C’est surtout la production publique, celle de PDVSA, qui a régressé faute d’investissements, l’entreprise ayant été muée en une grande caisse de sécurité sociale. Ceci dit, l’immensité des pétroles de schistes découverts dans le bassin de l’Orénoque devrait inverser prochainement cette évolution, l’opportunité de développement étant bien trop belle, au point que des multinationales pétrolières privées, oubliant la peur du « socialisme » bolivarien supposé en marche, ont réservé leur place dans la fête à venir.


La suite ici.

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