Chavez, le spectre qui hantera le monde pour longtemps - 3) les échecs

  • Par arsin
  • Le 15/03/2013
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Par Pablito Waal

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Chavez a-t-il construit le socialisme ?

Cette diminution de la production pétrolière publique a eu un effet paradoxal, celle d’atténuer la part du secteur public dans l’économie, malgré les nationalisations accomplies par le gouvernement. Que le nombre de salariés de la fonction publique ait augmenté, c’est une chose incontestable. Mais en laissant la part belle du gâteau pétrolier au privé étranger, la valeur ajoutée générée par le secteur étatique n’a pas progressé, et s’est même réduite dans le PIB si on croit Marc Saint-Upéry. Le Venezuela est restée une économie capitaliste, avec certes une fragilisation substantielle des droits de propriété et une insécurité monétaire accrue, mais toujours une économie capitaliste.

Que ce soit par des expropriations ou par la cession de terres improductives appartenant à l’Etat, la réforme agraire n’a concerné qu’une minorité de la surface agricole vénézuélienne, pourtant traditionnellement concentrée entre les mains d’une minorité de propriétaires. Elle a abouti à des résultats très incertains en matière de production, les chiffres gouvernementaux faisant état d’une nette croissance de la production céréalière, tandis que les associations privées de producteurs parlent d’un net déclin, principalement ces dernières années.

Dans la pratique, et sur le cours ou moyen terme, le but de Chavez n’a jamais été de construire dans l’ensemble une économie productive et socialiste, planifiée ou mercantile, qu’elle soit faite d’entreprises d’état ou de coopératives. En organisant son action principalement par le biais de missions, d’universités populaires à la rigueur tout aussi discutée, par des magasins sociaux à prix réduits, en recrutant des fonctionnaires, le pouvoir chaviste n’a rien révolutionné, au niveau mondial. Il s’est même plutôt aligné sur l’attitude des états européens, qui ont renoncé à leur activité productrice pour se donner un rôle principalement régulateur, prohibiteur et redistributeur. Sauf qu’avant de suivre ce cours, les états d’Europe de l’Ouest qui avaient réuni un grand secteur productif socialiste, en France, au Royaume-Uni, en Suède… étaient passés par une véritable industrialisation, et la construction d’un état de droit supérieur à une personne ou un clan particulier, état dont l’absence est constatée par Descartes au Venezuela.

Le désastre de l’insécurité

Cette absence d’état de droit ne se constate pas que dans la corruption ou le népotisme attribués au clan Chavez. Si ce n’était que cela… Le vrai point noir, ou plutôt rouge sang, c’est l’incroyable envolée de la criminalité, de la criminalité homicidaire en particulier. Le Venezuela faisait déjà fort avant 1999, et la tendance était globalement haussière. La petite Venise totalisait déjà près de 5000 meurtres annuels, soit plus de cinq fois le chiffre de la France dont le Venezuela n’avait que 40% de la population.

Et pourtant l’information n’était pas cachée. L’opposition a tenté d’en faire un cheval de bataille, sans jamais réussir à l’imposer comme sujet principal des élections. Le bilan était pourtant épouvantable, l’hécatombe dépassant aujourd'hui les 19000 morts annuels. Les paradis du crime qu’étaient le Mexique ou le Brésil, aujourd’hui en voie de réduction des meurtres, sont largement dépassés. Seuls quelques pays comme le Honduras devancent encore le taux du Venezuela. La majorité chaviste a réagi comme le font les gauchistes d’Europe et d’Amérique du Nord : en niant ou minorant le problème, finissant au bout du compte par en admettre la gravité sans pouvoir endiguer la catastrophe. Etrange pour une révolution impliquant l’armée envoyée dans les barrios pour y améliorer le quotidien des plus pauvres. Ce terrible phénomène est surtout un énorme bras d’honneur à la théorie liant directement la criminalité à la pauvreté absolue. Puisque la misère aurait nettement reculé, on aurait dû voire la délinquance se montrer plus timorée. Mais pas plus qu’on ne vit d’accroissement du crime en Europe depuis la crise de 2008, on ne constata d’accalmie dans les rues de Caracas. Au contraire, peut-être est-il probable que l’enrichissement matériel réel d’une partie des vénézuéliens pauvres ait multiplié le nombre d’objets de convoitises, de vols, de clients pour des trafics illicites en tous genres, et par là les guerres de gangs…Bien plus qu’à la pauvreté absolue, c’est à l’ampleur des inégalités qu’est souvent reliée la propension des citoyens à s’entretuer.

Sans vouloir troller, il serait bon que les admirateurs de Chavez qui ont vu en lui le sauveur de la veuve et de l’orphelin, se rendent compte que son gouvernement est, par inaction ou inefficacité, indirectement responsable de la mort de milliers de civils. Que les antichavistes se calment : non, visiblement, ces meurtres ne constituaient pas une répression politique, rien qui ait pu empêcher l’opposition de rester présente à toutes les confrontations électorales, et de gagner à chaque fois au moins 30 voir 40% des suffrages. Quelque soit le président qui émergera des urnes en avril prochain, il aura au moins trois chantiers majeurs sur lesquels œuvrer : mettre fin au carnage, restaurer la stabilité monétaire, relancer l’investissement pétrolier (et dans les infrastructures tout court).


La suite bientôt

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