Choc des civilisations et usure financière, troisième partie: le génie du monde musulman - par le Cercle des Volontaires

  • Par arsin
  • Le 09/07/2012
  • Commentaires (0)

Par Plethon, sur le site du Cercle des Volontaires  

http://cercledesvolontaires.wordpress.com  

Mosquée de Cordoue en Andalousie   


Tandis que les guerres de religions, la chasse aux hérétiques, et l’ignorance permettait aux dirigeants européens de maintenir le système féodal en place tout en enrichissant le système vénitien, le monde arabe quand à lui, avec ses hauts et ses bas, faisait progresser la civilisation.

 Le potentiel de densité démographique relatif du monde musulman.

 1) Les djinns du monde musulman

Durant le moyen Age européen, le monde musulman était la civilisation. A partir du VII siècle, les disciples de Mohamet vont étendre leur influence sur un vaste territoire : de l’Espagne jusqu’au Nord de l’Inde. C’est notamment à partir du règne des Abbassides lignée du sultan Al-Abbas que la doctrine dite falsafa ou philosophie helléniste de l’Islam, va se développer et créer un bouillonnement intellectuel sans précédent.

Pour Al Kindi, « le philosophe des arabes » : «  Nous ne devons pas avoir honte d’admirer la vérité et de l’accueillir d’où qu’elle vienne, même si elle nous vient de générations antérieures et de peuples étrangers, car il n’y a rien de plus important que la recherche de la vérité, et la vérité n’est jamais vile ; elle ne diminue jamais qui la dit ni qui la reçoit. Personne n’est avili par la vérité ; au contraire on est ennobli par elle ».

  

                               Taj Mahal au nord de l’Inde 

Les savants musulmans consultent donc les ouvrages scientifiques de l’Antiquité, mais aussi de l’ancienne Perse et de l’Inde. C’est aussi grace à l’extension du monde arabo-musulman que plusieurs civilisations différentes furent mises en contact : l’empire arabe, prend le contrôle politique des territoires anciennement hellénisés (Alexandrie d’Égypte par exemple) ou rencontrent les Chinois à Talas.

En outre, cette rencontre avec les chinois fut l’occasion d’acquérir un certain nombre de techniques chinoises dont celle de la fabrication du papier qui remplaça rapidement le parchemin dans le monde musulman.

Les savants sont d’abords des traducteurs, mais ils dépassent la traduction en faisant intervenir leur esprit critique ils vérifient commentent et vont plus loin. Ainsi, pour L. Massignon, « Les arabes ont fait mieux que transmettre la science : ils en ont réveillé le goût et ils ont commencé à confronter les concepts grecs avec l’expérience… Ils ont mené une immense activité d’observations critiques où l’on peut voir à juste titre un prodigieux éveil de la raison scientifique ».

C’est sous cette impulsion intellectuelle, que les dirigeants musulmans, loin de réprimer cette volonté de progrès, encouragent la recherche scientifique et la diffusion du savoir. C’est ainsi que le monde arabe verra quantité de scientifiques et hommes d’états promouvant la science et les arts. En voici quelques-uns :

-Haroun Al-Rachid (calife de 786 à 809) imposa l’usage du papier dans toutes les administrations de l’empire. Sous l’administration de ses Vizirs Abbassides, Bagdad devint la capitale intellectuelle de son époque. Des écoles et des bibliothèques furent construites. Il fut aussi l’un des artisans d’un dialogue avec Charlemagne (Byzance à l’époque fit tout pour l’empêcher).

              
 Rencontre entre Al-Rachid et les ambassadeurs juifs de Charlemagne.
 
-Al-Mamun, calife de 813 à 833, avait réuni à Bagdad des savants de tous horizons, quelles que soient leurs croyances (chrétiens, juifs, hindou, bouddhistes). Féru d’astronomie, il crée en 829, dans le quartier le plus élevé de Bagdad, près de la porte Chammassiya (du Soleil), le premier observatoire permanent au monde, l’Observatoire de Bagdad, permettant à ses astronomes, qui avaient traduit le Traité d’Astronomie du grec Hipparque, ainsi que son catalogue d’étoiles, d’étudier le mouvement des astres. C’est en astronomie, vieille science persane, que la science des arabes a fait le plus de progrès en partant des œuvres persanes, indiennes et grecque.
 
  
Maison de la sagesse 
 
     En 832 fut fondée la Maison de la sagesse (Baït al-hikma). Al-Mamun lance aussi la traduction du grec vers l’Arabe de Hippocrate, Galien, Ptolémée, Euclide, Platon et des Stoïques.A cette même époque, le persan Al-Khwarizmi, écrit le premier livre sur l‘algèbre, Hijab al-jar w’al-muqabala, et fonde du même coup cette discipline. Il introduit et répand l’usage des chiffres que nous utilisons aujourd’hui (on les qualifie depuis d’arabes bien qu’ils soient en fait originaires d’Inde). Sa principale contribution directe à l’astronomie sera le livre Sindhi zij, basé sur l’astronomie hindoue, dans lequel il établit des tables sur la position du Soleil, de la Lune et des planètes, et étudie toute une série de sujets comme les éclipses ou la visibilité de la Lune.

-De son coté, Al-Razi  (865-925) développe la médecine à partir des écrits de Galien et de Hippocrate. Il fût l’objet de nombreuses critiques pour son opposition à l’aristotélisme et sa libre-pensée vis-à-vis de la religion. Il fut aussi le fondateur du premier hôpital, où il fit des découvertes pour le traitement de la Rougeole, des allergies, etc. Polymathe, il écrit plus de 184 livres traitants sur la science, la religion, la médecine, la musique, la métaphysique. Enfin, il était évidemment très au fait des ouvrages de médecine indienne, perse et grecque.

 
Son héritier directe sera Avicenne ou Ibn Sina, qui sera surtout connu pour ses écrits en médecine et sur Aristote et Platon.   Il s’intéressa à de nombreuses sciences, notamment l’astronomie, l’alchimie, la chimie et la psychologie.
-Abu Rai han Al-Bîrunî calcule le diamètre de la Terre, et affirme que la Terre tournerait sur elle-même, reprenant les écrits d’Ératosthène d’Alexandrie.

- En 994, l’astronome Al-Khujandi, originaire de l’actuel Tadjikistan, construit un énorme sextant mural à l’observatoire de Ray près de Téhéran, le premier instrument permettant des mesures plus précises que la minute d’arc. Il l’utilise en particulier pour déterminer une valeur plus fine de l’obliquité de l’écliptique.-Al-Battânî, en Syrie, va ainsi déterminer la durée de l’année solaire, la précession des équinoxes et l’obliquité de l’écliptique. Il en profite également pour établir un catalogue de 489 étoiles. Son ouvrage principal, Kitab al-Zij,  introduit pour la première fois la trigonométrie dans l’étude de la sphère céleste. Ce livre sera traduit en latin au XIIe siècle et influencera beaucoup les grandes figures européennes des XVIe et XVIIe siècles comme Jean Kepler.

  

Plus tard, au XIIIème siècle, L’ingénieur Al-Djazari (1136-1206), le Léonard De Vinci arabe, invente :

les pompes hydrauliques, une machine hydraulique automatique, l’arbre à came, l’un des premiers “ordinateurs” du monde, un calculateur analogique, le robot (la serveuse de thé), La manivelle, L’hydraulique reliée à l’horlogerie, La pompe aspirante à double effet automatique ( qui est une partie du moteur à vapeur à notre ère).

Il écrit, La conciliation entre la science et l’action, utile dans l’industrie mécanique «Al-jami’ bayna al-Ilm wal al ‘Amal al-Naïf’ fi Sina’ati al-Hiyal». Dont la rédaction a été commanditée par le roi Nasser Eddine Mahmud.

-Omar Khayyâm poète, arithméticien et directeur de l’observatoire d’Ispahan, va être surtout connu pour ses poèmes, mais fut aussi connu pour avoir changé le calendrier persan pour qu’il concorde avec les observations astronomique.

La langue arabe, commune à tout l’empire, a également été un facteur déterminant dans la diffusion des connaissances et de l’élan scientifique.

Pour Al Biruni : «c’est dans la langue arabe qu’ont été traduites les sciences de toutes les parties du monde ; par elles, leur beautés ont été embellies, au point de persuader nos cœurs, tandis que la beauté de cette langue circulait dans nos artères et dans nos veines. »

D’autres sciences tels que la botanique, l’optique, la chimie, vont aussi voir un essor considérable.

2) Quelques détails sur Bagdad

A Bagdad, surnommée la cité de la paix (Madīnat as-Salām), il y avait d‘importants échanges culturels du monde entier : Inde, Andalousie, Perse, Chine, mais aussi des juifs et des chrétiens vivant dans le monde musulman …

    

Les contes des mille et une nuits qui y furent écrit montrent ce brassage des cultures, car ils s’inspirent de légendes de la plus parts des pays d’Asie et du monde Arabe : Aladin est une légende Chinoise, et Simbad le Marin est Indien.

En, l’an mille, Bagdad, comme plein d’autres capitales musulmanes,  avait un système de canalisation moderne, des rue éclairée la nuit, une administration, un observatoire astronomique, des Hôpitaux et sa population atteignait le million d’habitants.

Cette prospérité était assurée par l’efficacité d’une agriculture  se basant notamment sur la technologie des qanât, développée principalement en Iran. Les qanâts étaient des systèmes d’irrigation souterrains permettant de récolter les eaux d’infiltration.

Leurs but étaient d’apporter l’eau à la surface où elle peut être utilisée pour l‘irrigation des terrains agricoles. Il consiste à créer des sources artificielles en creusant des galeries en pente très faible qui vont rejoindre la nappe. L’eau suinte le long des parois et forme un ruisseau permanent.

  

Toutes ces richesses réelles développées par le monde musulman, auraient sans aucun doute grandement améliorées  le monde chrétien et résolu certain problèmes dans l’agriculture ou la santé. Mais malheureusement, tout cela n’intéressait pas les occidentaux. Seuls les épices, l’or et la soie transitaient par tonnes dans les cales des galères vénitiennes.

Les croisades firent de Venise la seule liaison entre l’Orient et l’Occident, à l’exception dans une  bien moindre mesure de Gènes et Pise, pendant plus de 400 ans.

Par conséquent, seul l’argent en tant que tel fut la base des échanges, et non la science, l’art, le théâtre, la philosophie, les techniques agricoles, etc...Rien de tout cela ne fut transmis à l’Europe qui en avait grandement besoin à ce moment-là.

De l’autre côté le monde arabe, s’enlisa dans des querelles de succession et l’influence de doctrines telles que le Soufisme et l’Asharisme détruiront le goût pour la recherche de la vérité qui avait fait de Bagdad l’Athènes du Xème siècle.

Islam génie Cordoue Baghdad Averroès Avicenne Birouni philosophie astronomie médecine algèbre Perse soufisme Venise épices

Ajouter un commentaire

Vous utilisez un logiciel de type AdBlock, qui bloque le service de captchas publicitaires utilisé sur ce site. Pour pouvoir envoyer votre message, désactivez Adblock.

RETOUR A L'ACCUEIL

Créer un site gratuit avec e-monsite - Signaler un contenu illicite sur ce site

×