Crise généralisée aux USA à partir de Décembre 2012 ? - par Boreas

  • Par arsin
  • Le 05/05/2012
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Par Philippe Grasset, repris sur le blog de Boreas

http://verslarevolution.hautetfort.com

On peut regarder avec un certain scepticisme les annonces de crise ou de fin de système : on se rappelle (ou pas) de l'imminente fin de l'euro annoncée par Jacques Sapir et François Asselineau au cours de 2011. Philippe Grasset nous donne des raisons de croire en la plausibilité de sa prédiction.

 

« Le “rendez-vous de décembre” ou le “rendez-vous du destin” ? Tout se passe en effet comme si les éléments constitutifs d’une crise insurrectionnelle massive convergeaient pour être rassemblés sous la forme d’un détonateur de cette crise, en décembre 2012, aux USA. Il s’agit en effet des USA, qui sont le centre et le moteur du Système, qui semblent se préparer à une crise du gouvernement, une crise budgétaire et une crise d'austérité, sans aucun doute par conséquent une crise sociale, – et d’ores et déjà, assurée, précédant tout le reste, une crise psychologique massive, reflétant la “psychologie terrorisée” commune à tous les dirigeants. Plus encore, dans ce cas, – tout se passe comme si une sorte de planification assumée, répondant autant à des échéances assurées qu’à des pressions supérieures, se mettait en place pour terminer cette années 2012 conformément aux prévisions. (On admettra que les Mayas, du haut de leur séjour parmi leurs divinités, doivent montrer une certaine satisfaction de voir leur calendrier si bien respecté, au moins dans l’esprit de la chose.)

Voyons quelques éléments qui substantivent cet horizon fort assombri. (On notera, sans surprise, qu’il n’y a pas que l’horizon d’assombri. Le 1er mai, aux USA, a été marqué par diverses actions de protestation, d’une façon très inhabituelle pour ce pays qui sait cultiver l’harmonie entre les classes au profit des plus méritantes.) D’abord, le 24 avril 2012, devant le Council of Foreign Relations, à New York, une intervention de Erksine Bowles, co-directeur de la Commission sur le déficit budgétaire du président Obama. Il est venu prendre date, et le rendez-vous est effectivement à la fin de 2012, en décembre. Il s’agit d’un rendez-vous de type catastrophique puisqu’on y observera, dans le meilleur des cas, celui où les autorités politiques prennent leurs responsabilités, des réductions budgétaires forcées ou automatiques de l’ordre de $7.000 milliards, – selon les calculs de Bowles, – qu’il faudra commencer à installer dans les activités du gouvernement. Comme suggéré plus haut avec la date de décembre 2012, il faut noter que tout cela se passe après l’élection présidentielle du début novembre. (...)

Bowles explique qu’en 2011, tous les dollars qui sont entrés dans le trésor fédéral ont été intégralement absorbés par les dépenses fixes (Medicare, Medicaid, sécurité sociale, – et le service de la monstrueuse dette, $250 milliards par an parce que les intérêts sont au plus bas, en fait qui devrait atteindre $600 milliards l’an (...)

En résumé, Bowles annonce implicitement la nécessité d’un programme massif d’“austérité” après l’élection présidentielle, – ce qui permettra aux candidats de ne pas trop en débattre. On notera tout de même que l’optimisme de Bowles concerne un accord qui se ferait au Congrès, plus ou moins avec le président (ré)élu, sur la répartition des réductions budgétaires qui découleraient nécessairement de toutes ces mesures automatiques. Cela impliquerait que le Congrès serait parvenu à une certaine harmonie, mais nullement que les USA échapperaient à un très, très rude programme d’austérité. La perception pessimiste, – qui n’est nullement sollicitée, quand on a à l’esprit les trois dernières années de guerre ouverte entre le Congrès et le président et à l’intérieur du Congrès, – concernerait l’absence d’accord, c’est-à-dire le désordre apocalyptique dans la planification de l’inévitable “austérité”. Quoi qu’il en soit, dans les deux cas il s’agit bien d’austérité, et l’optimisme ne porte que sur la bonne organisation de la chose.

Trois jours plus tôt, le 26 avril 2012, sur le site The Liberty Bell, Ron Holland, économiste, auteur, consultant, etc., annonçait un séminaire important, le Freedom Festival, les 11-14 juillet à Las Vegas, où l’on trouvera, parmi 150 intervenants, le sénateur Rand Paul et le juge Andrew Napolitano, célèbre pour avoir été le seul chroniqueur de Fox.News à soutenir Ron Paul (on l’a remercié pour cela et il ne travaille plus à la station). Le thème du grand rassemblement est "Crisis in America: A Call to Action" [Crise en Amérique : un appel à l'action] (...)

Holland se réfère à l’arsenal que se constituent les autorités fédérales US, – arsenal au propre et dans le sens législatif. Il s’agit de quantités considérables de munitions acquises ou en cours d’acquisition par le DHS (Department of Homeland Security) ces dernières semaines, notamment 450 millions de balles à charge creuse très puissantes de calibre .40 (10mm), qui est le calibre utilisé en général par la police US, et un marché de 175 millions de balles de calibre .223 (5.56mm), qui est la calibre standard des fusils d’assaut de l’OTAN. Il s’agit également de l’arsenal juridique de mesures coercitives qui relèvent de l’état de siège, qui s’est constitué ces dernières années et apparentent les USA à un “État policier”… Holland donne ces quelques précisions, qui renvoient à l’aspect le plus spectaculaire de l’arsenal législatif. (Il renvoie par ailleurs aux pratiques juridiques et policières de plus en plus tatillonnes, discrétionnaires et contraignantes, dont nous donnions nous-mêmes certains exemples dans notre texte du 16 avril 2012.) (...)

Pourquoi toutes ces dispositions ? La réponse est sans ambiguïté. Le gouvernement des États-Unis se prépare à ce qu’il croit être une insurrection massive, suite au programme d’austérité sans précédent qu’il devra appliquer à la suite des formidables contraintes budgétaires dont nous parlait plus haut Erskine Bowles… Le “rendez-vous de décembre” 2012, où des dispositions législatives imposent effectivement ces énormes réductions budgétaires, dont les répercussions sur les dépenses publiques seront massives. Logiquement, les esprits enfiévrés par leurs “psychologies terrorisées” des dirigeants au service du Système prévoient le pire, en fait de réactions populaires. (...)

La chose, – l’affrontement, l’insurrection, – se fera-t-elle ? (...)

Nous l’écrivons et le récrivons : ces directions politiques entièrement inféodées au Système sont totalement sous l’empire de la terreur qui habite leur psychologie, et elles-mêmes fascinés par la terreur d’une insurrection populaire. (Ainsi leur propre terreur en serait-elle à la fois confortée et justifiée, voire légitimée si l’on aime les gros mots…) C’est particulièrement le cas de la direction politique et de l’establishment US, qui a maintenu de tous temps, dès l’origine de ce pays, une main de fer sur sa population, notamment par le biais du système de la communication ; la situation atteignant le degré de désordre et de paranoïa qu’on voit, la communication ne suffit plus, et l’on mobilise les moyens “durs” du système du technologisme, sous la forme de l’établissement d’une contrainte et d’une pression policière et sécuritaire extrême... L’exemple grotesque du sommet de l’OTAN à Chicago nous décrit parfaitement cet état des psychologies, et la paranoïa sécuritaire et policière qui en découle.

Enfermées dans la démence d’une politique unilatérale qui ne veut (qui ne peut) rien sacrifier au dogme imposé par le même Système, ces directions vont devoir affronter, aux USA même, au cœur du Système, ce qu’elles imaginent être comme une sorte d’épreuve suprême d’affrontement, lequel se fera nécessairement avec “le peuple” américain qui a toujours été perçu comme une constante menace insurrectionnelle. (...)

S’il est extrêmement difficile, voire extrêmement déraisonnable, de tenter de prévoir à cet instant ce que pourrait être un mouvement de résistance et de contestation de cette ampleur per se, on peut par contre conjecturer à propos des démarches que vont suivre les directions politiques dans le cas désormais inévitable de mesures d’“austérité” draconiennes aux USA. Poussées par ce qu’elles jugeront être de la prudence et une capacité louable d’anticipation, elles vont mettre en place un tel appareil répressif qu’il se pourrait bien que ces dispositions elles-mêmes appellent, comme fait un appel d’air, la contestation et la rébellion.

Jusqu’ici, les mouvements de contestation (Tea Party, Occupy) n’ont été ni anticipés, ni appréhendés, ni évalués justement et d’une quelconque façon lors de leur développement, par les forces du Système. Les évènements ont fait que ces forces du Système se sont adaptées comme elles ont pu, mais d’une façon qui a impliqué, par le temps d’adaptation, les ajustements, etc., une certaine modération involontaire qui a empêché des effets de contre-réaction violents du côté de la contestation ; la brutalité policière elle-même ne s’est développée que d’une façon progressive, avec comme effet de ne pas susciter de ripostes organisées. On en est donc resté à des situations incertaines, sans qu’il y ait pourtant complète démobilisation (le mouvement Occupy reste en capacité latente d’action, et cherche une voie de réactivation). Le cas envisagé ici est complètement inédit pour cette crise, et même pour l’histoire des USA depuis certains épisodes d’affrontement durant la Grande Dépression : un cas où le pouvoir prend des mesures préventives visibles et connues, sur une échelle nationale, parce qu’il s’est persuadé que des actions violentes, insurrectionnelles, vont avoir lieu, et qu’il importe absolument de les contenir par tous les moyens et même de les réprimer, également par tous les moyens possibles. Avec l’accumulation considérable de tensions, de manipulations, de crises où les puissances d’argent responsables furent outrageusement favorisées, d’affaiblissement dramatique, de paralysie et de corruption éhontée du pouvoir, avec des psychologies exacerbées et, pour certaines plongées dans l’obsession terrorisée, – ce qui fixe un passif qui n’existait pas avant la Grande Dépression, – les risques deviennent élevés d’une confrontation grave. C’est vers cette conclusion que sont poussées et conduites (inconsciemment, à notre sens) les directions politiques, développant sans en saisir toutes les implications une sorte d’effet de provocation et d’exacerbation des tensions.

L’arrière-plan de la situation concourt à rendre les conditions encore plus risquées La campagne électorale vers l’élection présidentielle se déroule dans une atmosphère irréelle, avec un processus considéré comme bouclé avec deux candidats qui attirent plutôt des votes par défaut, d’hostilité à leurs adversaires, que des votes d’adhésion ; avec l’énigme d’une campagne Ron Paul qui est elle-même une guérilla sinon une insurrection, et à propos de laquelle des signes se multiplient pour montrer que, même hors du camp “pauliste”, on commence à s’interroger pour savoir si elle ne réserve pas des surprises de taille. (Voir, par exemple, les articles de sites aussi influents et peu suspects de “‘paulisme” que Politico.com du 29 avril 2012 et American Spectator du 30 avril 2012 ; voir aussi le show de Rachel Maddox, de MSNBC, le 1er mai 2012, ou le Washington Times du 1er mai 2012.) Ce développement si incertain se place dans le cadre désormais fragilisé par l’affaiblissement dramatique du centre, cadre qui n’est rien de moins que la structure même des USA.

Aujourd’hui, la conscience est de plus en plus forte de la perspective d’une bataille majeure, contre un Système qui est résolument devenu de type policier et arbitraire. C’est sur ce sentiment essentiellement politique que doivent venir se greffer le désespoir et la colère suscitées par des mesures d’“austérité” draconiennes, avec une population qui subit depuis quatre ans une crise majeure et dévastatrice. Cette situation nouvelle exacerbée par une campagne présidentielle aux caractères étranges s’inscrit dans un domaine symbolique d’une importance qu’il ne faut certainement pas négliger, malgré les grognements et persiflages des esprits forts. La chose participe puissamment d’un climat général qui pèse sur les psychologies, toutes les psychologies, celles qui sont terrorisées et les autres, dépressives mais éventuellement ouvertes à des réactions agressives. Le symbolisme latent de 2012, l’année pivot par excellence, l’année des grands changements politiques et l’année des diverses supputations et signes de l’épuisement, voire de l’effondrement du cycle actuel, jusqu’au calendrier maya pour les adeptes, se prête assez bien à des perspectives inattendues et inédites.

On verra. Le Système joue gros, et sans filet, ce qu’il n’apprécie pas particulièrement ; adepte de la surpuissance, il a toujours préféré les barrages d’artillerie et le carpet bombing ; mais l’on sait bien qu’à la surpuissance succède toujours l’autodestruction… »

Philippe Grasset

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