De l'égalité de l'éducation - par Darthe-Payan

  • Par arsin
  • Le 13/04/2012
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Par Darthé-Payan le jacobin, sur son blog

http://darthe-payan-lejacobin.over-blog.com

 


Alors que l'éducation, l'école publique sont les grands absentes de la campagne électorale présidentielle, je vous propose un court extrait d'un discours de Jules Ferry tenu, le 10 avril 1870, lors d'une conférence à la salle Molière à Paris et  intitulée "De l'égalité de l'Education" .  A lecture de cet extrait, nous pouvons que constater que son contenu semble toujours aussi d'actualité !

 

L'école républicaine, publique et laïque et l'instruction publique sont quasiment laissées à l'abandon, détériorées et ne devenant que de simples variantes d'ajustement ou de supplément d'âme ou d'alarme ! Aucun grand projet éducatif n'est signalé dans les programmes des dix candidats à l'élection présidentielle !

 

La France n'a plus de monnaie  ni de souveraineté nationales, n'a plus beaucoup d'industries et bientôt n'aura plus guère de politique républicaine d'instruction publique et éducative.

 

Un pays qui abandonne son école et toute politique volontariste et émancipatrice en matière d'éducation est un pays qui est amené à décliner, à rétablir les castes de l'Ancien Régime et à perdre tout rayonnement universel !

 

Un sursaut républicain de Salut public n'en est que plus indispensable !

 

Salut et Fraternité.

 

D-P.

 

Document  obtenu avec l'aide du CNDP.

___________________________

 

 

  

 

 

Discours de Jules Ferry, le 10 avril 1870, salle Molière à Paris.

 

 

"Mesdames et Messieurs

 

J'ai moi-même choisi le sujet [de cette conférence] ; je l'ai défini : De l'égalité de l'éducation, et je suis sûr que, parmi les personnes qui me font l'honneur de m'entendre, il en est un grand nombre qui, à l'aspect de ce titre un peu général, un peu mystérieux, se sont dit : quelle est cette utopie ? Or, ma prétention est de vous montrer que l'égalité d'éducation n'est pas une utopie ; que c'est un principe; qu'en droit, elle est incontestable et qu'en pratique, dans les limites que je dirai, et en vertu d'une expérience décisive que j'ai principalement pour but de vous faire connaître,cette utopie apparente est dans l'ordre des choses possibles. […]

 

L'inégalité d'éducation est, en effet, un des résultats les plus criants et les plus fâcheux, au point de vue social, du hasard de la naissance. Avec l'inégalité d'éducation, je vous défie d'avoir jamais l'égalité des droits, non l'égalité théorique, mais l'égalité réelle, et l'égalité des droits est pourtant le fond même et l'essence de la démocratie.

 

Faisons une hypothèse et prenons la situation dans un de ses termes extrêmes : supposons que celui qui naît pauvre naisse nécessairement et fatalement ignorant; je sais bien que c'est là une hypothèse, et que l'instinct humanitaire et les institutions sociales, même celles du passé, ont toujours empêché cette extrémité de se produire ; il y a toujours eu dans tous les temps, - il faut le dire à l'honneur de l'humanité, - il y a toujours eu quelques moyens d'enseignement plus ou moins organisés, pour celui qui était né pauvre, sans ressources, sans capital. Mais, puisque nous sommes dans la philosophie de la question, nous pouvons supposer un état de choses où la fatalité de l'ignorance s'ajouterait nécessairement à la fatalité de la pauvreté, et telle serait, en effet, la conséquence logique, inévitable d'une situation dans laquelle la science serait le privilège exclusif de la fortune. Or, savez-vous, messieurs, comment s'appelle, dans l'histoire de l'humanité, cette situation extrême ? c'est le régime des castes. Le régime des castes faisait de la science l'apanage exclusif  de certaines classes. Et si la société moderne n'avisait pas à séparer l'éducation, la science, de la fortune, c'est-à-dire du hasard de la naissance, elle retournerait tout simplement au régime des castes.

 

A un autre point de vue, l'inégalité d'éducation est le plus grand obstacle que puisse rencontrer la création de mœurs vraiment démocratiques. Cette création s'opère sous nos yeux; c'est déjà l’œuvre d'aujourd'hui, ce sera surtout l’œuvre de demain; elle consiste essentiellement à remplacer les relations d'inférieur à supérieur sur lesquelles le monde a vécu pendant tant de siècles, par des rapports d'égalité. Ici, je m'explique et je sollicite toute l'attention de mon bienveillant auditoire. Je ne viens pas prêcher je ne sais quel nivellement absolu des conditions sociales qui supprimerait dans la société les rapports de commandement et d'obéissance. Non, je ne les supprime pas : je les modifie. Les sociétés anciennes admettaient que l'humanité fût divisée en deux classes : ceux qui commandent et ceux qui obéissent; tandis que la notion du commandement et de l'obéissance qui convient à une société démocratique comme la nôtre, est celle-ci : il y a toujours, sans doute, des hommes qui commandent, d'autres hommes qui obéissent, mais le commandement et l'obéissance sont alternatifs, et c'est à chacun à son tour de commander et d'obéir. (Applaudissements.)

 

Enfin, dans une société qui s'est donné pour tâche de fonder la liberté, il y a une grande nécessité de supprimer les distinctions de classes. Je vous le demande, de bonne foi, à vous tous qui êtes ici et qui avez reçu des degrés d'éducation divers, je vous demande si, en réalité, dans la société actuelle, il n'y a plus de distinction de classes? Je dis qu'il en existe encore ; il y en a une qui est fondamentale, et d'autant plus difficile à déraciner que c'est la distinction entre ceux qui ont reçu l'éducation et ceux qui ne l'ont point reçue. Or, messieurs, je vous défie de faire jamais de ces deux classes une nation égalitaire, une nation animée de cet esprit d'ensemble et de cette confraternité d'idées qui font la force des vraies démocraties, si, entre ces deux classes, il n'y a pas eu le premier rapprochement, la première fusion qui résulte du mélange des riches et des pauvres sur les bancs de quelque école. (Applaudissements ) […]"             

          

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