De la responsabilité de la Nation française vis-à-vis du Régime de Vichy - par Pablito Waal

  • Par arsin
  • Le 24/07/2012
  • Commentaires (2)

Par Pablito Waal

 

Carte : Un pays responsable de sa situation entre 1940 et 1944 ?

 

Ceci est ma réponse personnelle à ceux qui approuvent les déclarations de François Hollande sur les répressions antisémites de Vichy, et notamment la Rafle du Vel d'Hiv de 1942, "crime commis en France et par la France". Récemment, je suis tombé sur des propos encore plus révoltants, de quasi-inconnus certes, mais qui découlent de la même logique que celle du Président : la France, en tant que nation, est coupable de la politique du régime de Vichy, culpabilité que nous devons assumer au même titre que les allemands ou italiens doivent assumer le régime nazi ou mussolinien. Dans son discours, Hollande a bien parlé, textuellement, de la "responabilité de la France", et non de français.

Aujourd'hui, personne ne s'aventurerait à nier que les dirigeants et fonctionnaires du régime de Vichy ont non seulement appliqué sans grande résistance les ordres des nazis, mais les ont parfois devancé. Mais là où l'Histoire cède le pas à l'idéologie, c'est lorsque l'on extrapole de ces faits vers une culpabilité de la nation entière, comme dans la conversation précitée.

Plusieurs personnalités (Guaino, Chevènement, Dupont-Aignan...) ont contredit le chef de l'Etat. Notre partenaire Yohann Duval l'a fait.

Je voudrais apporter un peu plus de précisions, pour que cesse définitivement cette mode du "J'ai-Honte-d'Etre-Français", du moins pour ce qui est de la collaboration et du régime de Vichy :

-       Le régime de Vichy s’est installé suite à un vote de circonstances, où (une partie) des parlementaires (soit 670 sur 907 actifs en 1939, une fraction d’entre eux était absents, d’autres en fuite) ont confié les pleins pouvoirs à Pétain (10 juillet 1940) dans un contexte d’effondrement national immédiat, et sans savoir ce que le Maréchal ferait de ses pouvoirs (hormis appliquer l’armistice signée le 22 juin) ;

-       Le régime de Vichy n’était pas démocratique, et sa politique n’était donc pas l’émanation de la volonté du peuple français. Que les dirigeants et exécutants de Vichy aient eu leurs responsabilités dans certaines politiques, en faisant ce que les nazis ne demandaient pas, c’est une chose. Mais cette responsabilité n’est pas celle du peuple français. Les fonctionnaires ne représentent pas le peuple ;

 -       Les arguties sur la popularité du Maréchal Pétain et les « quarante millions de pétainistes » ne changent rien au point précédent, car la nature du régime restait antidémocratique. Et une contestation populaire massive du régime se serait soldée par la répression de l’armée vichyste, de la Milice, voire des allemands eux-mêmes. Quels moyens les français (je parle du français de base) avaient-ils de s’opposer à la politique de Vichy concernant les juifs ? Ils ne pouvaient même pas menacer le régime de non-réélection ! Dès la répression de la grève des mineurs du Nord en 1940, la voie de la dissidence productive s'avèra également limitée...

-       De plus, la popularité de Pétain ne reposait pas essentiellement sur l’antisémitisme, mais plutôt sur le supposé « moindre mal » qu’il représentait, atténuant les malheurs de la France, alors que celle-ci aurait, le pensait-on alors, plus souffert sous un gauleiter. Lorsque De Gaulle commença à être connu, une partie des français étaient « gaullisto-pétainistes », croyant que les deux hommes jouaient dans le même camp, l’un soulageant la situation du pays occupé, l’autre menant la résistance depuis l’extérieur. N’oublions pas aussi la grande hésitation des français en 1940-1942 sur le sort de la guerre, quand l’Angleterre était isolée, l’URSS en débâcle, et que la flotte française avait de surcroît été lourdement attaquée à Mers-El-Kébir (3 juillet 1940). Tous ces éléments de contexte, pour cerner le point de vue du français ordinaire passif (je ne défends pas les collaborationnistes actifs) doivent être pris en compte, au lieu de faire des jugements depuis 2012 ;

-       Dire que « la France a été nazie » est une injure doublée d’une ineptie. On ne peut absolument pas comparer l’attitude d’une fraction (pas majoritaire, mais presque) des allemands qui ont voté sciemment en 1932 pour un parti très clairement antisémite, qui gagna avec la majorité relative (et non absolue), ainsi qu’aux allemands qui ne se sont pas révoltés quand c’était encore possible dans les années 30, et l’attitude des français soumis à une occupation étrangère à partir de 1940.

La France de 1940 à 1944  n’était certes pas à Londres pour l’essentiel, mais elle n’a jamais voté pour le régime de Vichy, qui reste, que cela plaise ou non, l’enfant de l’invasion allemande et de l’opportunisme d’une minorité politique (ayant rallié tant une partie de l’extrême-droite que de la gauche pacifiste) ne représentant qu’elle-même.

Finissons-en enfin avec ce reproche facile et hors-contexte selon lequel les Français "n'auraient pas trop réagi" face au nazisme et à l'antisémitisme de Vichy. Je me demande simplement ce qu'ils auraient pu faire. Résister? Bien sûr que cela aurait été bien, mais comment? Il fallait être capable de risquer sa vie, ce que peu de gens peuvent faire dans n'importe quelle population. Il fallait connaître des contacts dans les organisations de Résistance. Et il fallait que celles-ci aient besoin de vous. Car il faut aussi se rappeler que la Résistance intérieure avait peu de moyens (et d'intérêt stratégique) à organiser une résistance armée contre l'occupant, du moins avant les débarquements de 1944 (malgré les maquis du Vercors et des Glières, dont les batailles eurent lieu en 44). L'essentiel était le renseignement, ce qui importait le plus pour les Alliés. Face à la répression antisémite, hormis cacher des gens (ce qui n'était pas réalisable pour la totalité des 300.000 juifs français, sans engendrer de réaction nazie ou vychiste), peu de choses étaient possibles. Manifester, faire grève, c'était s'exposer aux arrestations, comme les français l'ont vu dès l'Automne 1940.

Ces reproches sur la "passivité" des français se basent sur une lubie récente, celle du "devoir de Résistance", qu'on enseigne aujourd'hui dans les écoles, et qui fait complètement abstraction de la difficulté réelle de cet engagement dans le contexte de l'époque (et qui a justement pour effet pervers de banaliser la résistance et d'en diminuer l'héroïsme...).

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Commentaires (2)

1. trashboxx 04/01/2016

J'ai arrêter de lire ici :

Les dirigeants et fonctionnaires du régime de Vichy ont non seulement appliqué sans grande résistance les ordres des nazis, mais les ont parfois devancé.

Preuves ?

2. arsin (site web) 05/01/2016

Très simple :

- loi de dénaturalisation de l'été 1940:
https://fr.wikipedia.org/wiki/Loi_du_22_juillet_1940

- statut des Juifs en octobre 1940, s'appliquant en zone "libre" comme en zone occupée, et dont on sait que Pétain a renforcé ce texte sans que la contrainte allemande puisse l'expliquer.
https://fr.wikipedia.org/wiki/Lois_sur_le_statut_des_Juifs_du_r%C3%A9gime_de_Vichy
https://fr.wikipedia.org/wiki/Lois_sur_le_statut_des_Juifs_du_r%C3%A9gime_de_Vichy#Origine_de_la_loi_du_3_octobre
http://www.lepoint.fr/petain-a-durci-le-texte-sur-les-juifs-selon-un-document-inedit-03-10-2010-1244328_19.php

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