Débat Alexandre Melnik-François Asselineau

  • Par arsin
  • Le 24/01/2014
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Commentaire de Pablito Waal : il y a un peu de déception dans ce débat. Je m'attendais à une rencontre de haut niveau, où chacun allait avancer des faits qui pourraient retourner l'analyse de l'autre. François Asselineau remplit son contrat, sans apporter grand-chose de plus que dans ses conférences (la paternité des USA sur la construction européenne, le bellicisme de l'OTAN, le rôle de médiateur qu'il attribue à la France...).

Alexandre Melnik est un double stéréotype. D'abord, il est de ces enseignants universitaires dont on ne doute pas a priori qu'ils auraient énormément de choses à nous apprendre, mais qui, le moment venu, que ce soit dans un cours ou un débat, fournissent une prestation qui tient plus de "l'entertainement" (l'anglicisme est voulu, même si on aurait pu le remplacer par les néologismes "edutainment" ou "infotainment"), un discours où le coté "sympa", avec force émotion et sentiments, l'emporte sur la froide analyse (trop franco-cartésienne, sans doute).

Il reste dans un rôle d'enseignant chargé d'apporter la lumière aux demeurés que nous serions. Parce que le public (comme celui des conférences d'Asselineau) est relativement jeune (autour de 30 ans d'âge moyen), le professeur atlantiste croit pertinent de présenter les manifestants "pacifiques" ukrainiens comme des "jeunes" (escomptant donc que le public français s'identifie à eux) luttant pour la liberté et la démocratie.

Ensuite, A.Melnik est une sorte de machine à remonter le temps. J'étais persuadé que son discours enchanteur sur la "globalisation" (discours qui devient condamnatoire quand il s'agit de "l'archaïsme" français) appartenait au lointain temps de mon adolescence, autrement dit à la fin des années 1990 et au tournant du millénaire. Depuis, cette globalisation (que Melnik ne nomme pas "américanisation" alors que tout dans sa prose y mène) s'est heurtée à quelques guerres malheureuses au Moyen-Orient et à une crise financière globale. Des expériences qui auraient dû conduire (et ont conduit chez certains) à remarquer qu'aucun modèle "standard" (la démocratie libérale anglosaxonne) ne s'étendrait à la planète, d'autant que la crise économique et financière a remis en cause son identité. Et ce quelque soit l'analyse que l'on ait de la crise : pour les libéraux eux-mêmes, la crise de 2007-2008 vient de ce que le modèle "libéral" ne l'était pas tant que ça, les gouvernements et banques centrales étant toujours trop interventionnistes, aux USA notamment. Pour les anti-libéraux, c'est tout le contraire : trop de dérégulation a mené à l'internationalisation de la crise. Dans tous les cas, le discours sur l'inéluctabilité de la conversion du monde au libéralisme est mis à mal : soit parce qu'en fait, le système n'était pas vraiment libéral, même dans son coeur anglosaxon, soit parce qu'il l'était et que cela aurait mené au désastre.

Je ne saurai terminer mon commentaire sur Alexandre Melnik sans citer cet intéressant papier de Romaric Thomas, spécialiste en civilisations slaves et membre de l'UPR, pour qui notre débatteur s'inscrit sans nul doute dans la lignée des penseurs occidentalistes russes du XIXème, qui avaient en commun le rejet de leur pays et la certitude que son déclin au profit de l'Occident ne serait que bénéfique (pour qui ?).

Ceci dit, il est bon que je fasse quelques mises aux points sur ce que je pense du discours d'Asselineau. Contrairement à lui, je n'ai pas la religion du "droit international". Je ne rêve pas d'un monde où les relations internationales seraient régies par des instances où la Chine et son milliard et demi d'habitants n'auraient pas plus de voix que Nauru et sa dizaine de milliers d'âmes. Alors les voix devraient-elle se partager aux prorata des citoyens (ou sujets) des différents pays, assurant la domination des plus peuplés? Non. Car il ne doit pas y avoir de souveraineté internationale, même sur le règlement des conflits.

N'en déplaise à Asselineau, le droit international ne permet pas d'éviter que les rapports internationaux soient laissés sous le règne de "la loi du plus fort". Tout simplement parce que cette "loi" est et restera la seule réalité fondamentale de ces relations. Le problème, pour les états, n'est pas de supprimer l'inégalité entre faibles et forts, mais de cesser d'être faibles s'ils le sont trop, par alliances et par auto-développement. Le droit international peut seulement rendre les interactions plus lisibles, prévisibles, et, au même titre que la diplomatie, évite que l'on passe du différent à la confrontation brutale trop rapidement.

Pour finir, contrairement au président de l'UPR, je ne pense pas que le rôle de la France dans le monde soit d'être un médiateur de paix, un vecteur de culture, d'échanges entre les peuples, et autres gentillesses. Non pas parce que ce ne serait pas souhaitable, mais parce que nous n'avons pas plus de raisons d'occuper cette place que d'autres pays. La France, bien que représentant 1% de l'humanité, est une puissance, et peut l'être plus encore en s'alliant avec d'autres pays au potentiels humains, économiques et militaires non négligeables mais incapables de conserver seuls leur indépendance face aux USA. Pour donner quelques indices, je précise que la France est la seule nation parmi toutes celles de langues latines, européennes ou américaines, à disposer de la force atomique. Et qu'elle pourrait être la seule alliée de la Russie en Europe occidentale. A bon entendeur...

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