Débat Sapir-Mélenchon sur l'euro chez Arrêt sur Images

  • Par arsin
  • Le 09/07/2013
  • Commentaires (0)

Débat diffusé en direct le 6 Juillet 2013 chez Arrêt sur Images.

Commentaire de Pablito Waal : Commençons par la forme. Mélenchon refuse d'emblée la polémique économique sur l'étude de J.Sapir sur les avantages d'une sortie de l'euro, se réfugiant dans la position du politicien non-expert. Ce qui, comme avec l'épisode assez lamentable des graphiques de François Lenglet en 2012 (1), montre que Mélenchon, même s'il prétend s'entourer d'économistes (comme Jacques Généreux...passé d'économiste à politicien depuis longtemps), n'a pas pu se donner la culture économique suffisante à ce type de polémique, ni être informé par son entourage des études qui pourraient confirmer ou infirmer celle de Sapir. Que Mélenchon ne puisse aborder le débat technique avec Sapir est une chose, qu'il ne puisse demander au professeur de l'EHESS son avis sur des études contradictoires en est une autre.  (voire le reste dans la suite de l'article).

Suite du commentaire : Venons-en au fond : Mélenchon maintient la fiction de l'"Europe à la française", à laquelle De Gaulle n'a pu croire qu'un temps, alors même que l'Europe ne comptait que six membres, dont la France était le pivot militaire face au bloc soviétique. Lorsqu'il parle de l'intérêt d'une dévaluation générale de l'euro, et que Sapir lui rétorque que ça ne règlerait que très peu les problèmes des pays de la zone euro dont les échanges se font à l'intérieur de ladite zone, l'ex-présidentiable du Front de Gauche ne peut répondre. Il a beau multiplier les appels à Jacques Sapir pour qu'il rejoigne son camp, dans un hypothétique rôle de ministre de l'économie qui irait négocier la "subversion" de la monnaie unique, l'ex-sénateur PS apparaît clairement comme le convaincu. Et il reste bloqué dans sa position par le souci de continuité par rapport à la présidentielle, et la peur panique d'apparaître comme un "nationaliste" s'il acceptait de rallier les anti-euro.

La simulation accomplie par J.Sapir et P.Murer annonce que la France, retrouvant sa devise propre, connaître une croissance de 5% du PIB pendant 4 ans, que l'inflation serait supérieure à l'actuelle, mais sans dérapage, que nos déficits sociaux seraient résorbés sur le champ, et surtout : que le chômage diminuerait d'entre un et trois millions de personnes (sur au moins quatre ou cinq chômeurs réels, ce qui nous renverrait aux taux de chômage des années 70). Jacques Sapir précise que les pays qui, sortant de l'euro, voudraient quand même réduire leurs déficits et mener des politiques d'austérité, profiteraient moins de cette expansion économique, tandis que les pays qui mèneraient des plans de relance par l'investissement maximiseraient les gains (sur combien de temps)...

Les lecteurs de ce blog savent peut-être que je ne suis pas un nostalgique de relances. Le problème des prévisions lancées par Sapir, dont je ne suis, moi non plus, pas en mesure de contester les hypothèses (mais je n'ai pas une équipe d'économistes en campagne, MOI), est que, comme toutes prévisions, elles peuvent échouer. Il ne s'agit pas de repartir sur l'éternel (et faux)  "les économistes se trompent toujours dans leurs prévisions"...mais de constater qu'un gouvernement nouvellement élu et qui déciderait de suivre la voie tracée par Sapir et Murer serait face à un dilemme : soit il mise sur la forte croissance annoncée, et donc programmerait sur plusieurs années ses dépenses en fonction d'un PIB réhaussé. S'il ne le fait pas, et préfère tempérer l'évolution de son budget pour la croissance des recettes fiscales diminue enfin le déficit public, il mène donc une politique d'austérité. Celle-là même dont Sapir nous dit qu'elle empêchera de profiter à plein des effets dynamiques de la fin de l'euro. S'il prend le parti d'un accroissement des dépenses appelé de ses voeux par notre économiste...et que l'expansion attendue ne se réalise pas, alors il y aura un gros problème. C'est l'effet "saut à ski" qu'on connu la Grèce, l'Irlande ou encore l'Espagne récemment : sur la lancée d'une forte croissance qui semble durable, on décide d'accroître les dépenses sur le moyen ou long terme (car les dépenses publiques ne se modifient jamais rapidement, sauf en cas de catastrophe), persuadé que l'on est que la croissance remplira les caisses et ajustera le tout. Si cela ne se produit pas, le skieur qui a suivi le tremplin se retrouve au-dessus du vide, et finit par chuter avec plus ou moins de grâce.

Un éventuel gouvernement "sapirien" aurait donc tout intérêt à miser pour la prudence sur les dépenses, en compensant un éventuel échec des prédictions de J.Sapir par une réduction du déficit public, tandis que si l'économie est réellement relancée par la sortie de l'euro, certes le maximum de croissance ne sera pas obtenu, mais il y aura un redressement économique tout en crédibilisant les finances publiques à long terme.

Jean-Luc Mélenchon a donc quelque part raison de ne pas tout céder devant la simulation économique, mais pas pour la bonne raison : là où le chef du Front de Gauche veut à la fois garder l'euro, l'intégration européenne tout en ayant "l'Europe à la française" et la politique budgétaire la plus volontariste qui soit, il faudrait au contraire relativiser les prévisions de l'économiste. Et garder en tête que si une nation retrouve la liberté monétaire, elle n'en a pas moins (au contraire) à assumer la responsabilité de ses comptes.

 

(1) Lors d'une émission de campagne électorale, Jean-Luc Mélenchon fut confronté à François Lenglet, journaliste (mais pas économiste) qui exhiba des graphique censés démontrer que la dépense publique ralentissait la croissance (ou du moins ne l'encourageait pas, contrairement aux projets de relance du candidat frontdegauchiste). Mélenchon coupa immédiatement en s'indignant que les graphiques ne lui avaient pas été transmis avant le débat pour qu'il puisse les analyser. Or, ces documents ne pointaient rien d'ésotérique, mais situaient des ordres de grandeur concernant la croissance ou les finances publiques globales des principales économies du globe. Le candidat, disposant d'un aéropage de spécialistes pouvant le former, aurait dû pouvoir situer approximativement des valeurs comme la croissance moyenne aux USA, en Allemagne et en France depuis 10 ans, le poids de l'Etat dans chacun de ces pays. C'est une condition minimale pour pouvoir disserter sur le rapport entre l'action collective et la croissance, et sur le périmètre que l'on peut donner à l'intervention publique, sujets qui ont été au coeur de la campagne du fondateur du Parti de Gauche.

 

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