Dictature déguisée - par Boreas

  • Par arsin
  • Le 21/05/2012

Par Boreas, sur son blog

http://verslarevolution.hautetfort.com

Commentaire de Pablito Waal en fin d'article.

1984.jpg

1984 ? Meeeuuuhhh non !

[Commentaire de Pablito Waal : Big Brother, c'est donc Edwy Plenel? Pas surprenant: on trouve difficilement un meilleur représentant de la bien-pensance et du terrorisme intellectuel.]

 

La dictature, que certains imaginent sous la forme d'un retour aux heures-les-plus-sombres-de-notre-histoire, existe déjà : elle nous est imposée quotidiennement et de plus en plus.

Agiter le spectre du nazisme est l'un des outils de manipulation favoris de cette dictature, comme on le voit, par exemple, avec le Kerenski de la politique française (© Three piglets), dont même Arrêts sur images, minable petit atténuateur de critique, reconnaît entre les lignes, via pourtant l'obsessionnel communautaire Jean-Yves Camus, pseudo-« spécialiste de l'extrême droite européenne », que « certains médias » mentent à son sujet ; et dans le battage autour de l'Aube Dorée en Grèce.

Quand je parle de dictature, il s'agit bien sûr d'une dictature « soft », pas d'un régime dans lequel une discipline de fer pèse sur la population, encadrée par des signes aisément identifiables.

Quoique...

Quand vous enchaînez les amendes pour infractions mineures au code de la route, au point de finir par y laisser votre permis de conduire et votre travail, alors que l'un des principaux exploitants de radars est dirigé par Thierry Breton déjà impliqué dans le scandale des nouveaux compteurs EDF (sans parler de Nicolas Bazire, idem) et que les rackets se multiplient comme dans l'affaire des éthylotests, que de multiples vrais délinquants multirécidivistes sont éternellement libres de poursuivre leurs exactions et que le budget de la Justice est le 37e en Europe, qu'est-ce d'autre que le signe évident de l'arbitraire et de l'inéquité, marque d'une dictature qui ne dit pas son nom ?

Quand une des techniques de base de l'ingénierie sociale repose sur le chômage permanent (le NAIRU) et l'autre, sur l'immigrationnisme massif sans fondements économique ni démographique positifs, avec une évidente intention de faire pression à la baisse sur les salaires et de terroriser la population avec une délinquance savamment entretenue par un laxisme policier et judiciaire combiné entre droite et gauche, qu'est-ce d'autre que les signes évidents d'un profond mépris de la volonté populaire et d'une domination exercée uniquement au profit d'intérêts autres que les siens, marque d'une dictature qui ne dit pas son nom ?

Quand tous les grands médias sont détenus par de grands groupes économiques et financiers et/ou des investisseurs proches de tels groupes ainsi que des principales composantes de la partitocratie, que les syndicats, même patronaux, dépendent majoritairement de financements publics pour leur fonctionnement et surtout leur survie, sachant par ailleurs que seules les émanations de tous ces groupes d'intérêts sont susceptibles d'accéder aux centres de décision régissant l'octroi de ces financements, qu'est-ce d'autre que les signes évidents d'une concentration capitalistique et oligarchique des leviers du pouvoir, marque d'une dictature qui ne dit pas son nom ?

Quand tous les députés et tous les sénateurs, voire tous les conseillers régionaux et départementaux, sont des millionnaires (en francs) et que 500 signatures d'élus sont exigées pour pouvoir se présenter à l'élection présidentielle, en plus des millions d'euros de budget nécessaire à une campagne électorale significative, qu'est-ce d'autre qu'un dispositif de sélection par l'argent et de cooptation, marque d'une dictature qui ne dit pas son nom ?

Quand les programmes et actions de tous les partis politiques s'avèrent contraires à la volonté populaire clairement exprimée par sondages et référendum (2005), que des lois mémorielles et un abondant matraquage moralisateur sur certains sujets radicalement disqualifiants (par exemple, la colonisation et la traite négrière arabo-musulmane - voir Christiane Taubira) corsètent le débat « démocratique », que le président de la République est élu grâce à 55 % de ses électeurs ayant voté non pour lui mais contre son adversaire, qu'est-ce d'autre que la fabrication du consentement par les méthodes de Bernays et Lippmann, avec pour résultat une dictature qui ne dit pas son nom ?

Je pourrais multiplier les exemples, il y en a tant...

Toujours est-il qu'on ne lutte pas contre une dictature, par les urnes dont elle fait son alibi.

Voilà pourquoi c'est une révolution qu'il nous faut, pas un parti réformé ou amélioré, ou un parti de plus pour concourir dans une compétition truquée.

A moins d'être ou de devenir comme eux, on ne joue pas avec des tricheurs.

On les laisse jouer sans réagir, mais alors on ne se plaint pas ; ou bien, on se bat pour les affaiblir et changer de jeu.


Commentaire de Pablito Waal : l'article de Boreas, pour argumenté qu'il est, reprend tous les problèmes de la thèse selon laquelle la France serait sous une dictature "d'un nouveau type". D'abord l'extension des lois de contrôle des comportements sociaux (alcool, tabac, circulation,...) qui ne prouve en rien que la France soit une dictature. Mais qui montre que le peuple français a adhéré globalement à cet hygiénisme social. Car si ce n'était pas le cas, les français pourraient très bien manifester bruyamment leur désapprobation, comme ce fut le cas au printemps 2006, où la mobilisation d'une partie de la population contre un sujet qui aurait pu passer pour mineur (le CPE), et soutenu par un discours idéologique et médiatique (la flexibilité crée l'emploi, inspirons-nous du Danemark et des pays anglo-saxons) a fait capoter ledit projet.

La possession des médias par des oligopoles privés (ou même la transparence de la gestion des médias publics) est un point plus décisif sur la situation de la démocratie en France. Et sur ce point, The Economist considère que le niveau démocratique de la France a sérieusement régressé depuis 2006. Mais des espaces de résistance existent, et vous êtes justement en train de les consulter en lisant ce site ou celui de Boreas...Encore faut-il que les lois répressives (Hadopi, ACTA, Indect...) ne les démembrent pas.

Le système électoral est très filtrant en France...Mais c'est aussi dû à ce que de nombreux français s'en accomodent fort bien. Les classes moyennes-aisées ne veulent surtout pas que les choses changent profondément, et donc se satisfont réellement du trio UMP-PS-Modem. Quand je sors de la sphère internaute des "dissidents", je m'aperçois que nombre de mes contemporains croient bel et bien au "Système". Les réflexions que j'ai entendues au sujet de la candidature Cheminade rejoignaient les saletés d'Aphatie, comme quoi le système électoral serait encore trop peu restrictif...Après cela, je n'ai pas du tout besoin de penser que la France soit une dictature pour comprendre comment nous pouvons en être là.

On pourrait continuer argument par argument, mais la différence de vue entre Boreas et moi, c'est que pour lui, il y a dictature parce qu'il existe un certain nombre de situations scandaleuses. Alors que, normalement, en partant de l'hypothèse que le peuple est bon, si le peuple était au pouvoir, ces situations ne devraient pas exister. Pour ma part, je considère que : 1) le peuple n'est ni bon ni mauvais ; 2) le peuple est avant tout une agrégation de classes et d'individus différents. Si le chômage de masse existe, ce n'est pas seulement la faute d'économistes, de technocrates, de gouvernants; c'est avant tout parce que 80% des français ne sont pas au chômage et se foutent de savoir que les 20% restants le sont ou sont en passe de l'être. Si demain 1 million de français s'organisaient pour réclamer une nouvelle politique ou un nouveau système économique, et de façon plus construite que les Indignés (dont le nom même exprime qu'ils n'ont pas de projet précis, juste des sentiments moraux), alors il se passera quelque chose. Sauf que ce million de gens ne s'assembleront pas dans le cadre des partis politiques actuels.

Dire que "la France est une dictature" n'est pas une affirmation anodine. Qu'est-ce qu'une dictature? Pour ma part, c'est très simple : c'est un régime où, lorsque vous descendez dans la rue, créez un journal ou une association pour dire que vous voulez changer de gouvernants ou de politiques, empêcher la ratification d'une loi, la police vient vous peigner à coups de matraques, vous emmène en vacances en prison ou en camp pour simple motif d'opinion, plus ou moins déguisé en délit contre l'Etat, voire vous gratifie d'une volée de plomb, ou alors, vous fait clairement comprendre que ces scenarii sont possibles (les vraies dictatures agissent souvent de cette façon). Une dictature, c'est ça, et il ne s'agit pas de la version "old school", mais de la définition concrète tout court. Je prise peu voire pas du tout les concepts de "dictature molle/soft/médiatique". Imaginez le français, qui a la liberté de créer des blogs, des associations, de manifester publiquement son désaccord avec son gouvernement, et qui expliquerait à un réfugié nord-coréen ou un dissident chinois que la France est également une dictature, risquerait au mieux un éclat de rire si l'asiatique est de bonne humeur, sinon une gifle assenée de bonne guerre. "Oui, mais tu prends des cas extrêmes, ces dictatures-là sont de vieux modèles..." ...de vieux modèles que des centaines de millions de gens subissent toujours.

Aussi, si vous expliquez au français lambda que "la France est une dictature", vous aurez les réactions suivantes : soit "OK, je prends ma AK-47 et je vais dans le Vercors" (ce serait ma réaction, personnellement, à supposer que je sois convaincu), ou "C'est vrai, et donc il n'y a rien à faire, car quoi qu'on fasse, le régime trouvera le moyen de nous réprimer" ou encore "Il n'y a rien à faire; comme en URSS, il n'y a qu'à témoigner de notre dissidence en attendant que le régime s'effondre de lui-même, ou par la décision de l'armée ou de puissances étrangères comme en Tunisie ou Egypte".

Or, si nous avons des militants (de fait, qu'ils soient dans un parti ou pas) qui expriment leurs positions sur le Net, qui ne disent ni "prenons les armes", ni "il n'y a qu'à attendre" signifie que nous cherchons une solution pacifique. S'engager (sincèrement du moins, sans arrières-pensées) dans un parti politique ne sert à rien, car ils sont là pour verrouiller les rapports de forces politiques. Mais il est toujours possible d'organiser une association de réflexion, non seulement sur les idées, mais sur les moyens de les appliquer en sabotant les instruments du "Système", à commencer par les partis politiques, qui, pour en avoir connu un de l'intérieur, sont des structures plus faibles et amateures qu'on ne le croit.

On peut dire que "Hollande n'est pas mon président", mais si on est vraiment nombreux à le penser, pourquoi ne pas s'organiser pour imposer ses convictions?

La France est sur une position intermédiaire entre la démocratie et la dictature, en progressant vers la seconde option. Mais croire que les jeux sont faits, c'est comme confondre un blessé et un mort. Mauvaise médecine.


France

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