Dictature déguisée - par Boreas

  • Par arsin
  • Le 21/05/2012
  • Commentaires (8)

Par Boreas, sur son blog

http://verslarevolution.hautetfort.com

Commentaire de Pablito Waal en fin d'article.

1984.jpg

1984 ? Meeeuuuhhh non !

[Commentaire de Pablito Waal : Big Brother, c'est donc Edwy Plenel? Pas surprenant: on trouve difficilement un meilleur représentant de la bien-pensance et du terrorisme intellectuel.]

 

La dictature, que certains imaginent sous la forme d'un retour aux heures-les-plus-sombres-de-notre-histoire, existe déjà : elle nous est imposée quotidiennement et de plus en plus.

Agiter le spectre du nazisme est l'un des outils de manipulation favoris de cette dictature, comme on le voit, par exemple, avec le Kerenski de la politique française (© Three piglets), dont même Arrêts sur images, minable petit atténuateur de critique, reconnaît entre les lignes, via pourtant l'obsessionnel communautaire Jean-Yves Camus, pseudo-« spécialiste de l'extrême droite européenne », que « certains médias » mentent à son sujet ; et dans le battage autour de l'Aube Dorée en Grèce.

Quand je parle de dictature, il s'agit bien sûr d'une dictature « soft », pas d'un régime dans lequel une discipline de fer pèse sur la population, encadrée par des signes aisément identifiables.

Quoique...

Quand vous enchaînez les amendes pour infractions mineures au code de la route, au point de finir par y laisser votre permis de conduire et votre travail, alors que l'un des principaux exploitants de radars est dirigé par Thierry Breton déjà impliqué dans le scandale des nouveaux compteurs EDF (sans parler de Nicolas Bazire, idem) et que les rackets se multiplient comme dans l'affaire des éthylotests, que de multiples vrais délinquants multirécidivistes sont éternellement libres de poursuivre leurs exactions et que le budget de la Justice est le 37e en Europe, qu'est-ce d'autre que le signe évident de l'arbitraire et de l'inéquité, marque d'une dictature qui ne dit pas son nom ?

Quand une des techniques de base de l'ingénierie sociale repose sur le chômage permanent (le NAIRU) et l'autre, sur l'immigrationnisme massif sans fondements économique ni démographique positifs, avec une évidente intention de faire pression à la baisse sur les salaires et de terroriser la population avec une délinquance savamment entretenue par un laxisme policier et judiciaire combiné entre droite et gauche, qu'est-ce d'autre que les signes évidents d'un profond mépris de la volonté populaire et d'une domination exercée uniquement au profit d'intérêts autres que les siens, marque d'une dictature qui ne dit pas son nom ?

Quand tous les grands médias sont détenus par de grands groupes économiques et financiers et/ou des investisseurs proches de tels groupes ainsi que des principales composantes de la partitocratie, que les syndicats, même patronaux, dépendent majoritairement de financements publics pour leur fonctionnement et surtout leur survie, sachant par ailleurs que seules les émanations de tous ces groupes d'intérêts sont susceptibles d'accéder aux centres de décision régissant l'octroi de ces financements, qu'est-ce d'autre que les signes évidents d'une concentration capitalistique et oligarchique des leviers du pouvoir, marque d'une dictature qui ne dit pas son nom ?

Quand tous les députés et tous les sénateurs, voire tous les conseillers régionaux et départementaux, sont des millionnaires (en francs) et que 500 signatures d'élus sont exigées pour pouvoir se présenter à l'élection présidentielle, en plus des millions d'euros de budget nécessaire à une campagne électorale significative, qu'est-ce d'autre qu'un dispositif de sélection par l'argent et de cooptation, marque d'une dictature qui ne dit pas son nom ?

Quand les programmes et actions de tous les partis politiques s'avèrent contraires à la volonté populaire clairement exprimée par sondages et référendum (2005), que des lois mémorielles et un abondant matraquage moralisateur sur certains sujets radicalement disqualifiants (par exemple, la colonisation et la traite négrière arabo-musulmane - voir Christiane Taubira) corsètent le débat « démocratique », que le président de la République est élu grâce à 55 % de ses électeurs ayant voté non pour lui mais contre son adversaire, qu'est-ce d'autre que la fabrication du consentement par les méthodes de Bernays et Lippmann, avec pour résultat une dictature qui ne dit pas son nom ?

Je pourrais multiplier les exemples, il y en a tant...

Toujours est-il qu'on ne lutte pas contre une dictature, par les urnes dont elle fait son alibi.

Voilà pourquoi c'est une révolution qu'il nous faut, pas un parti réformé ou amélioré, ou un parti de plus pour concourir dans une compétition truquée.

A moins d'être ou de devenir comme eux, on ne joue pas avec des tricheurs.

On les laisse jouer sans réagir, mais alors on ne se plaint pas ; ou bien, on se bat pour les affaiblir et changer de jeu.


Commentaire de Pablito Waal : l'article de Boreas, pour argumenté qu'il est, reprend tous les problèmes de la thèse selon laquelle la France serait sous une dictature "d'un nouveau type". D'abord l'extension des lois de contrôle des comportements sociaux (alcool, tabac, circulation,...) qui ne prouve en rien que la France soit une dictature. Mais qui montre que le peuple français a adhéré globalement à cet hygiénisme social. Car si ce n'était pas le cas, les français pourraient très bien manifester bruyamment leur désapprobation, comme ce fut le cas au printemps 2006, où la mobilisation d'une partie de la population contre un sujet qui aurait pu passer pour mineur (le CPE), et soutenu par un discours idéologique et médiatique (la flexibilité crée l'emploi, inspirons-nous du Danemark et des pays anglo-saxons) a fait capoter ledit projet.

La possession des médias par des oligopoles privés (ou même la transparence de la gestion des médias publics) est un point plus décisif sur la situation de la démocratie en France. Et sur ce point, The Economist considère que le niveau démocratique de la France a sérieusement régressé depuis 2006. Mais des espaces de résistance existent, et vous êtes justement en train de les consulter en lisant ce site ou celui de Boreas...Encore faut-il que les lois répressives (Hadopi, ACTA, Indect...) ne les démembrent pas.

Le système électoral est très filtrant en France...Mais c'est aussi dû à ce que de nombreux français s'en accomodent fort bien. Les classes moyennes-aisées ne veulent surtout pas que les choses changent profondément, et donc se satisfont réellement du trio UMP-PS-Modem. Quand je sors de la sphère internaute des "dissidents", je m'aperçois que nombre de mes contemporains croient bel et bien au "Système". Les réflexions que j'ai entendues au sujet de la candidature Cheminade rejoignaient les saletés d'Aphatie, comme quoi le système électoral serait encore trop peu restrictif...Après cela, je n'ai pas du tout besoin de penser que la France soit une dictature pour comprendre comment nous pouvons en être là.

On pourrait continuer argument par argument, mais la différence de vue entre Boreas et moi, c'est que pour lui, il y a dictature parce qu'il existe un certain nombre de situations scandaleuses. Alors que, normalement, en partant de l'hypothèse que le peuple est bon, si le peuple était au pouvoir, ces situations ne devraient pas exister. Pour ma part, je considère que : 1) le peuple n'est ni bon ni mauvais ; 2) le peuple est avant tout une agrégation de classes et d'individus différents. Si le chômage de masse existe, ce n'est pas seulement la faute d'économistes, de technocrates, de gouvernants; c'est avant tout parce que 80% des français ne sont pas au chômage et se foutent de savoir que les 20% restants le sont ou sont en passe de l'être. Si demain 1 million de français s'organisaient pour réclamer une nouvelle politique ou un nouveau système économique, et de façon plus construite que les Indignés (dont le nom même exprime qu'ils n'ont pas de projet précis, juste des sentiments moraux), alors il se passera quelque chose. Sauf que ce million de gens ne s'assembleront pas dans le cadre des partis politiques actuels.

Dire que "la France est une dictature" n'est pas une affirmation anodine. Qu'est-ce qu'une dictature? Pour ma part, c'est très simple : c'est un régime où, lorsque vous descendez dans la rue, créez un journal ou une association pour dire que vous voulez changer de gouvernants ou de politiques, empêcher la ratification d'une loi, la police vient vous peigner à coups de matraques, vous emmène en vacances en prison ou en camp pour simple motif d'opinion, plus ou moins déguisé en délit contre l'Etat, voire vous gratifie d'une volée de plomb, ou alors, vous fait clairement comprendre que ces scenarii sont possibles (les vraies dictatures agissent souvent de cette façon). Une dictature, c'est ça, et il ne s'agit pas de la version "old school", mais de la définition concrète tout court. Je prise peu voire pas du tout les concepts de "dictature molle/soft/médiatique". Imaginez le français, qui a la liberté de créer des blogs, des associations, de manifester publiquement son désaccord avec son gouvernement, et qui expliquerait à un réfugié nord-coréen ou un dissident chinois que la France est également une dictature, risquerait au mieux un éclat de rire si l'asiatique est de bonne humeur, sinon une gifle assenée de bonne guerre. "Oui, mais tu prends des cas extrêmes, ces dictatures-là sont de vieux modèles..." ...de vieux modèles que des centaines de millions de gens subissent toujours.

Aussi, si vous expliquez au français lambda que "la France est une dictature", vous aurez les réactions suivantes : soit "OK, je prends ma AK-47 et je vais dans le Vercors" (ce serait ma réaction, personnellement, à supposer que je sois convaincu), ou "C'est vrai, et donc il n'y a rien à faire, car quoi qu'on fasse, le régime trouvera le moyen de nous réprimer" ou encore "Il n'y a rien à faire; comme en URSS, il n'y a qu'à témoigner de notre dissidence en attendant que le régime s'effondre de lui-même, ou par la décision de l'armée ou de puissances étrangères comme en Tunisie ou Egypte".

Or, si nous avons des militants (de fait, qu'ils soient dans un parti ou pas) qui expriment leurs positions sur le Net, qui ne disent ni "prenons les armes", ni "il n'y a qu'à attendre" signifie que nous cherchons une solution pacifique. S'engager (sincèrement du moins, sans arrières-pensées) dans un parti politique ne sert à rien, car ils sont là pour verrouiller les rapports de forces politiques. Mais il est toujours possible d'organiser une association de réflexion, non seulement sur les idées, mais sur les moyens de les appliquer en sabotant les instruments du "Système", à commencer par les partis politiques, qui, pour en avoir connu un de l'intérieur, sont des structures plus faibles et amateures qu'on ne le croit.

On peut dire que "Hollande n'est pas mon président", mais si on est vraiment nombreux à le penser, pourquoi ne pas s'organiser pour imposer ses convictions?

La France est sur une position intermédiaire entre la démocratie et la dictature, en progressant vers la seconde option. Mais croire que les jeux sont faits, c'est comme confondre un blessé et un mort. Mauvaise médecine.


France

Commentaires (8)

1. Nationaliste jacobin 21/05/2012

Peut-être que quand on est minoritaire, on a toujours un peu le sentiment de vivre sous une dictature (et je le dis en tant que minoritaire)... celle de la majorité. Parce qu'au fond on vit toujours assez mal le fait que ses idées ne soient pas partagées par la majorité de ses concitoyens.

Il est évident qu'aujourd'hui en France, certains sujets sont difficiles à aborder (immigration, question du multiculturalisme et du métissage, de l'identité nationale, des tensions ethniques et communautaires). Il y a, non point une pensée unique, mais une pensée dominante qui pratique volontiers l'intimidation, l'anathème et l'excommunication comme au temps de l'inquisition, bref le terrorisme intellectuel. Cette situation est indigne d'un pays où la liberté est un principe sacré. Mais, jusqu'à preuve du contraire, la pensée dominante peut être combattue sans risquer la mort, la prison à vie ou un "suicide" opportun... Edwy Plenel n'a pas le pouvoir de nous brûler en place publique.

Ne pas être satisfait du monde dans lequel on vit et de l'idéologie dominante ne fait pas qu'on vit en "dictature".

2. Boreas (site web) 22/05/2012

Ces critiques amicales appellent quelques précisions. Les voilà et désolé si je vais être long.

D'abord, un petit rappel liminaire. Je suis tout sauf complotiste :

http://verslarevolution.hautetfort.com/archive/2011/08/05/humain-trop-humain-ou-la-designation-de-l-ennemi.html

http://verslarevolution.hautetfort.com/archive/2012/02/11/le-mondialisme-vu-par-le-debilo-complotisme.html

On ne peut donc pas me suspecter de vouloir noircir le tableau "démocratique" en l'affublant d'une conspirationnite aigüe des sphères de pouvoirs, qui valideraient la thèse d'un ensemble de velléités dictatoriales autrement introuvables.

Je pars d'une situation, d'un ensemble de faits, pour en déduire le constat d'une dictature déguisée sous les oripeaux d'un régime ouvert et réformable ; d'un carcan politique, économique et médiatique impossible à changer par les voies légales, qui se fait passer pour une démocratie. C'est tout, et ce constat n'a nul besoin de l'alibi d'un complot.

Point par point donc, quelques précisions. D'abord, en réponse aux objections de Pablito Waal.

---------------

"l'article de Boreas, pour argumenté qu'il est, reprend tous les problèmes de la thèse selon laquelle la France serait sous une dictature "d'un nouveau type". D'abord l'extension des lois de contrôle des comportements sociaux (alcool, tabac, circulation,...) qui ne prouve en rien que la France soit une dictature. Mais qui montre que le peuple français a adhéré globalement à cet hygiénisme social. Car si ce n'était pas le cas, les français pourraient très bien manifester bruyamment leur désapprobation, comme ce fut le cas au printemps 2006, où la mobilisation d'une partie de la population contre un sujet qui aurait pu passer pour mineur (le CPE), et soutenu par un discours idéologique et médiatique (la flexibilité crée l'emploi, inspirons-nous du Danemark et des pays anglo-saxons) a fait capoter ledit projet."

La mobilisation contre le CPE, comme celle contre la réforme des retraites par exemple, a été l'oeuvre de lobbies qui avaient autre chose à défendre et à promouvoir que le sujet du jour (la sécurité de l'emploi, en ce qui concerne le CPE). A commencer par leur influence, à un an de l'échéance électorale de 2007 pour ce qui est du CPE. Quant aux baby-boomers vent debout pour la préservation de leurs privilèges générationnels dans bien des domaines à commencer par la retraité, n'en parlons même pas.

Dans le cas du CPE, tout est parti de l'extrême-gauche trotskiste, majoritaire en facs de lettres :

http://www.gauchemip.org/spip.php?article141

... avant d'être relayé par les syndicats et les partis politiques :

http://forumlo.cjb.net/index.php?showtopic=15966

Il me paraît évident, pour avoir un peu pratiqué l'activisme politique et savoir comment fonctionne un collectif, que sans l'intervention de ces organisations, le mouvement aurait fait flop.

Par ailleurs, la création du CPE, comme la réforme des retraites, n'était que peu soutenue par les médias, ce qui est logique puisque les journalistes se déclarent "de gauche" à une écrasante majorité. Les exemples abondent de critiques grands-médiatiques contre ce projet :

http://tempsreel.nouvelobs.com/social/20060323.OBS1505/les-articles-sur-le-cpedans-le-nouvel-observateur.html

http://www.lemonde.fr/international/article/2006/03/31/reactionnaire-ou-visionnaire_756496_3210.html

http://rdpppa.over-blog.com/25-index.html

Cet article de réflexion qui se voulait rassurant, dans la grande tradition de la bourgeoisie pseudo-raisonnable, donnait quand même quelques pistes de réflexion peu favorables à la thèse de l'ultralibéralisme menacé par la révolution... et, chose étonnante dans les colonnes du Figaro dont on attendrait plutôt une condamnation de la "chienlit", dénonçait carrément le truquage soixante-huitard anachronique, forme d'auto-préservation des baby-boomers :

http://www.lefigaro.fr/debats/20060325.FIG000000633_pourquoi_la_mobilisation_contre_le_cpe_n_est_pas_un_nouveau_mai_.html

Je soutiens que si ces mobilisations soi-disant populaires (au maximum 3 millions de manifestants sur 65 millions d'habitants) ont été possibles, c'est uniquement parce qu'elles étaient encadrées par les médias et par des lobbies (syndicats essentiellement) qui font partie intégrante du "Système".

La moutonnisation produite par le consumérisme, par la société anomique et Bisounours du confort matériel, des droidlom et de la non-violence, a créé de parfaits troupeaux pour quelques bergers cyniques.

Il est intéressant de se rappeler aussi, de l'autre côté de l'ingénierie sociale, du terrorisme délinquant-policier :

http://coranix.org/archicoray/2006/03mar/8846.htm (un site débilo-droitard, mais enfin quelques vérités y figurent aussi)

http://www.jeuxvideo.com/forums/1-51-1593321-1-0-1-0-0.htm#message_1593321 (reproduit un article du Monde désormais réservé aux abonnés)

http://rebellyon.info/Temoignage-des-magouilles-des.html (un site débilo-gauchiste, mais les témoignages sont à lire)

On a là un parfait exemple d'une contestation dirigée, canalisée, contrôlée ; sans le moindre danger pour le "Système".

Pour ce qui est de l' "hygiénisme social" auquel "le peuple français [aurait] adhéré globalement" - puisque, selon Pablito, le signe que l'on n'adhère pas, c'est que l'on ne se révolte pas -, restons-en au simple exemple, emblématique, du racket de la sécurité routière.

Je n'entrerai pas dans les détails de la psychologie d'un tel racket, qui effectivement est assimilable à celui pratiqué en matière de santé et avec des arguments tout aussi fallacieux et sophistiques, mais, en résumé, on peut dire qu'il n'y a pas plus isolé, plus culpabilisé, plus contingenté (car une petite contravention, ce n'est pas grand-chose, c'est leur accumulation qui devient un fardeau et quand cela arrive, on est seul, même avec des millions d'autres anonymes frappés de la même façon, car tout cela reste tabou et donc secret), plus impuissant que les victimes de ce vol politiquement et médiatiquement légitimé.

Or, qui est représenté dans les médias, encore une fois ? Les associations de Talibans telle la Ligue contre la violence routière de la fanatique Chantal Perrichon :

http://antiperrichon.blogspot.fr/2011/06/pour-qui-roule-vraiment-chantal.html

Croyez-vous que la bien-pensance au pouvoir, contre la volonté du peuple, accepterait de recevoir dans ses boudoirs subventionnés, dans ses studios d'enregistrement et de diffusion, des pestiférés comme la Ligue de Défense des Conducteurs ? Celle-ci a beau pétitionner, qui en parle ? Personne.

Non, le peuple français n'adhère pas majoritairement à l' "hygiénisme social". Ce n'est pas parce qu'il ne fait pas de manifs à 500.000 personnes contre cet "hygiénisme" qu'il est pour. On le lui impose et c'est tout. Il n'a aucun moyen réel, aucun organe d'influence véritable, pour lutter contre.

---------------

"La possession des médias par des oligopoles privés (ou même la transparence de la gestion des médias publics) est un point plus décisif sur la situation de la démocratie en France. Et sur ce point, The Economist considère que le niveau démocratique de la France a sérieusement régressé depuis 2006. Mais des espaces de résistance existent, et vous êtes justement en train de les consulter en lisant ce site ou celui de Boreas...Encore faut-il que les lois répressives (Hadopi, ACTA, Indect...) ne les démembrent pas.

Le système électoral est très filtrant en France...Mais c'est aussi dû à ce que de nombreux français s'en accomodent fort bien. Les classes moyennes-aisées ne veulent surtout pas que les choses changent profondément, et donc se satisfont réellement du trio UMP-PS-Modem. Quand je sors de la sphère internaute des "dissidents", je m'aperçois que nombre de mes contemporains croient bel et bien au "Système". Les réflexions que j'ai entendues au sujet de la candidature Cheminade rejoignaient les saletés d'Aphatie, comme quoi le système électoral serait encore trop peu restrictif...Après cela, je n'ai pas du tout besoin de penser que la France soit une dictature pour comprendre comment nous pouvons en être là."

D'accord avec ces remarques.

Je rappelle juste que je parle de dictature DÉGUISÉE. C'est important.

---------------

"On pourrait continuer argument par argument, mais la différence de vue entre Boreas et moi, c'est que pour lui, il y a dictature parce qu'il existe un certain nombre de situations scandaleuses."

Non, pas à cause d'un "certain nombre".

A cause de l'impact HALLUCINANT sur la vie et le destin des Français, de ces situations où le peuple français n'a pas voix au chapitre, où lui sont dictés (racine du mot "dictature") les opinions et les comportements conformes, comme lui sont dictés les opinions et les comportements non-conformes, généralement assortis d'une menace plus ou moins voilée de sanction morale et sociale.

Vous ne pouvez pas nier, principalement :

- qu'on impose aux Français une Europe politique supranationale, technocratique, libre-échangiste et mondialiste dont ils ne veulent pas, à tel point que s'ils votent contre (2005), on fait revoter... le Parlement ;

- qu'on impose aux Français une immigration extra-européenne massive, une véritable immigration-invasion, dont ils ne veulent pas (voir tous les sondages sur le "trop d'étrangers, trop d'immigrés"...) ;

- qu'on impose aux Français, largement par ces deux moyens totalement dictatoriaux, la ruine de leur économie sous forme de délocalisations, de désindustrialisation, de pression à la baisse sur les salaires, d'explosion du chômage, ainsi que, à terme, la perte de leur identité, déjà sapée, il est vrai, par un siècle de sous-culture américanomorphe et d'encouragements à l'hédonisme matérialiste.

Après, "que de nombreux Français s'en accommodent fort bien", certes. Les cons, ça existe et je ne suis pas suspect d'en être inconscient :

http://verslarevolution.hautetfort.com/archive/2010/09/19/electroencephalogramme-plat.html

Et il y a, parmi les cons, beaucoup de cons intéressés (pas forcément les plus cons). Justement parce que la fabrication du consentement s'appuie, en matière politique, sur les 20 % (à peu près) d'épargnants qui existent en France, le complément étant trouvé parmi les rentiers sociaux. Les intérêts clientélistes avant tout.

Mais pour la majorité probablement (conne ou moins conne, personne n'est si intelligent que ça non plus), la partitocratie passe par la manipulation des électeurs naïfs (ce qui explique le 55 % de votes contre Sarkozy, côté Hollande).

Naïfs ? Eh oui, malgré tous les "tous pareils, tous pourris" ; car continuer de voter, même pour le "moins pire", alors qu'on a soi-disant compris que ça ne changerait rien, c'est une belle preuve de naïveté.

---------------

"Alors que, normalement, en partant de l'hypothèse que le peuple est bon, si le peuple était au pouvoir, ces situations ne devraient pas exister. Pour ma part, je considère que : 1) le peuple n'est ni bon ni mauvais ; 2) le peuple est avant tout une agrégation de classes et d'individus différents. Si le chômage de masse existe, ce n'est pas seulement la faute d'économistes, de technocrates, de gouvernants; c'est avant tout parce que 80% des français ne sont pas au chômage et se foutent de savoir que les 20% restants le sont ou sont en passe de l'être. Si demain 1 million de français s'organisaient pour réclamer une nouvelle politique ou un nouveau système économique, et de façon plus construite que les Indignés (dont le nom même exprime qu'ils n'ont pas de projet précis, juste des sentiments moraux), alors il se passera quelque chose. Sauf que ce million de gens ne s'assembleront pas dans le cadre des partis politiques actuels."

Si je suis populiste, ce n'est pas "en partant de l'hypothèse que le peuple est bon", mais en partant du principe que le peuple est la base et le but de l'organisation politique.

S'il n'y a pas de gens, avec bien sûr un sentiment de racines et d'appartenance commune - pour tout dire, un sentiment d'identité commune -, pour bénéficier d'une organisation politique, à quoi bon s'en soucier ? Autant les traiter comme du bétail, autant les parquer de manière indifférenciée comme des unités de production et des marchandises, comme des consommateurs... bref, comme le "Système" soi-disant pas dictatorial le fait déjà, et de plus en plus.

Le peuple étant donc la base et le but de l'organisation politique, peu importe qu'il soit plus ou moins "bon" car sa "bonté" n'a aucun intérêt pratique pour parvenir à l'organisation politique qui lui sera la plus adaptée et la plus profitable.

De même, croire que le peuple ou une partie significative du peuple va, demain, "s'organis[er] pour réclamer une nouvelle politique ou un nouveau système économique (...), alors il se passera quelque chose", c'est une chimère. Déjà, il ne se trouve que très peu de personnes pour contester intellectuellement le "Système" et encore moins pour descendre dans la rue contre lui, sauf de manière bien encadrée et bien pacifique ; alors, pour le faire et y aller de façon efficace...

C'est pourquoi, notamment, je suis élitiste. A mon avis, dans la situation actuelle, la solution n'est pas "démocratique". Ou plutôt, la seule possibilité pour que cette solution intègre un maximum de démocratie, est qu'une élite révolutionnaire (une avant-garde, si vous voulez) assume les volontés populaires dont l'expression et l'incarnation sont refusées au peuple et les fasse prévaloir, d'abord en renversant les structures illégitimes du régime partitocratique, puis en offrant un véritable choix référendaire. Ce basculement ne pouvant toutefois se faire qu'à condition que la crise économique ait préalablement privé le régime de ses moyens d'achat de la paix sociale.

---------------

"Dire que "la France est une dictature" n'est pas une affirmation anodine. Qu'est-ce qu'une dictature? Pour ma part, c'est très simple : c'est un régime où, lorsque vous descendez dans la rue, créez un journal ou une association pour dire que vous voulez changer de gouvernants ou de politiques, empêcher la ratification d'une loi, la police vient vous peigner à coups de matraques, vous emmène en vacances en prison ou en camp pour simple motif d'opinion, plus ou moins déguisé en délit contre l'Etat, voire vous gratifie d'une volée de plomb, ou alors, vous fait clairement comprendre que ces scenarii sont possibles (les vraies dictatures agissent souvent de cette façon). Une dictature, c'est ça, et il ne s'agit pas de la version "old school", mais de la définition concrète tout court. Je prise peu voire pas du tout les concepts de "dictature molle/soft/médiatique". Imaginez le français, qui a la liberté de créer des blogs, des associations, de manifester publiquement son désaccord avec son gouvernement, et qui expliquerait à un réfugié nord-coréen ou un dissident chinois que la France est également une dictature, risquerait au mieux un éclat de rire si l'asiatique est de bonne humeur, sinon une gifle assenée de bonne guerre. "Oui, mais tu prends des cas extrêmes, ces dictatures-là sont de vieux modèles..." ...de vieux modèles que des centaines de millions de gens subissent toujours."

Eh bien, pour ma part, je préférerais une dictature classique, à la soviétique, avec coups de matraque et camps de travail suivant votre représentation.

Non parce que cela me ferait plaisir (je ne suis pas maso), ni parce que je voudrais à tout prix avoir raison (je ne suis pas malhonnête), mais simplement parce qu'un tel système susciterait davantage de révolte et qu'il n'y a donc rien de pire qu'une dictature déguisée.

Huxley et Orwell se sont pourtant échinés, l'un à travers son "Meilleur des mondes" et l'autre dans son "1984", à vous le faire comprendre.

Qu'en retenez-vous ? N'avez-vous pas saisi que, dans les deux romans, le pouvoir obtient l'adhésion de la majorité ? La dictature de la majorité, voilà le fondement de la démocratie de marché.

Alors, parce que la majorité estimerait que nous ne sommes pas en dictature, il faudrait être d'accord, y sacrifier la minorité et, à terme, le peuple tout entier, qui a le droit d'être naïf, bête, con, tout ce que vous voudrez, mais qui court surtout le risque collectif de cesser d'être le peuple, si nous continuons de laisser faire...

---------------

"Aussi, si vous expliquez au français lambda que "la France est une dictature", vous aurez les réactions suivantes : soit "OK, je prends ma AK-47 et je vais dans le Vercors" (ce serait ma réaction, personnellement, à supposer que je sois convaincu), ou "C'est vrai, et donc il n'y a rien à faire, car quoi qu'on fasse, le régime trouvera le moyen de nous réprimer" ou encore "Il n'y a rien à faire; comme en URSS, il n'y a qu'à témoigner de notre dissidence en attendant que le régime s'effondre de lui-même, ou par la décision de l'armée ou de puissances étrangères comme en Tunisie ou Egypte".

Or, si nous avons des militants (de fait, qu'ils soient dans un parti ou pas) qui expriment leurs positions sur le Net, qui ne disent ni "prenons les armes", ni "il n'y a qu'à attendre" signifie que nous cherchons une solution pacifique. S'engager (sincèrement du moins, sans arrières-pensées) dans un parti politique ne sert à rien, car ils sont là pour verrouiller les rapports de forces politiques. Mais il est toujours possible d'organiser une association de réflexion, non seulement sur les idées, mais sur les moyens de les appliquer en sabotant les instruments du "Système", à commencer par les partis politiques, qui, pour en avoir connu un de l'intérieur, sont des structures plus faibles et amateures qu'on ne le croit."

Entièrement d'accord, il ne s'agit pas de décourager qui que ce soit ni de négliger aucun moyen d'expression ni d'action pouvant avoir un intérêt pratique.

Si je suis ici, c'est d'ailleurs pour ça. Je ne dénonce pas la dictature déguisée pour m'y soumettre ou inciter à s'y soumettre, je pensais que c'était évident.

Quant à prendre les armes, je pense que tôt ou tard il le faudra bien, si le "Système" ne s'écroule pas entièrement de lui-même. La volonté d'aboutir à une révolution pacifique ne coexiste, chez moi, avec aucun pacifisme particulier. Au contraire, pour paraphraser et contredire un mot bien connu : "Plutôt mort qu'esclave".

---------------

"On peut dire que "Hollande n'est pas mon président", mais si on est vraiment nombreux à le penser, pourquoi ne pas s'organiser pour imposer ses convictions?

La France est sur une position intermédiaire entre la démocratie et la dictature, en progressant vers la seconde option. Mais croire que les jeux sont faits, c'est comme confondre un blessé et un mort. Mauvaise médecine."

Je pense que vous aurez compris qu'en aucune façon je ne "crois que les jeux sont faits".

Simplement, à mes yeux, s'obstiner à appeler "démocratie" un régime qui n'affiche plus ses attributs électoraux que pour mieux manipuler et trahir la volonté populaire, ce qui est la marque d'une dictature déguisée, c'est se tromper sur la nature de l'ennemi et les moyens de le combattre, et tromper les autres avec soi.

---------------

Nationaliste jacobin, je pense vous avoir répondu aussi.

3. alain21 23/05/2012

2 citations me reviennent en mémoire à la lecture de vos intéressants échanges

"La dictature c'est 'Ferme ta gueule',
la "démocratie" c'est 'Cause toujours'"

(repris par Coluche )

et les derniers mots de "1984"

"Deux larmes empestées de gin lui coulèrent de chaque côté du nez. Mais il allait bien, tout allait bien.

LA LUTTE ETAIT TERMINEE.

IL AVAIT REMPORTE LA VICTOIRE SUR LUI-MEME.

IL AIMAIT BIG BROTHER."

Plus sérieusement (quoique...) et pour tenter de concilier vos points de vue ...

Si on reprend la définition de Pablito Waal
"La France est sur une position intermédiaire entre la démocratie et la dictature, en progressant vers la seconde option."
je trouve que cela ressemble pas mal à la "dictature soft" de Boreas.
Pablito Waal tique sur le mot dictature car ce mot est très connoté " répression , limitation des possibilités d'expression" . Nous n'y sommes pas encore ;la preuve ,c'est que je tape ces lignes sans crainte de voir débarquer dans les 5 minutes la police politique (enfin , j'espère )
Par contre , Pablito Waal reconnaît aussi que nous ne sommes plus en démocratie .

Il convient donc de trouver un nouveau nom au régime politique actuellement présent en France.
Boreas propose donc "dictature soft" ; pour ma part , je l'appelle "démocratie limitée" .

Le concours d'idées est lancé et reste ouvert .

4. alain21 23/05/2012

2 émissions toutes récentes de France Culture sur le sujet de la surveillance de la "démocratie": émissions "la grande table" et "du grain à moudre"

"La grande table

Extension du domaine de la surveillance
23.05.2012 - 12:02

Avec :
Antonio CASILLI
André GUNTHER
Hervé LE TELLIER

Deux informations, l'une américaine, l'autre française, sont à l'origine de la conversation en présence d'Antonio Casilli, André Gunther et Hervé Le Tellier. La NSA est en train de construire à Bluffdale dans l'Utah ce que le magazine Wired appelle "le plus gros centre d'espionnage" au monde. Le 8 mai dernier, a eu lieu la publication des décrets d'application de la loi Loppsi 2 par Claude Guéant juste avant son départ, qui mettent en place les outils pour recouper et analyser fichiers de police, caméras de surveillance et réseaux sociaux. Les avancées technologiques se font-elles nécessairement au détriment de la vie privée ?

http://www.franceculture.fr/emission-la-grande-table-1ere-partie-extension-du-domaine-de-la-surveillance-2012-05-23 "

"Le grain à moudre 22.05.2012 - 18:20
Réseaux sociaux : sommes-nous tous des Big Brothers ?"
"Le 8 mai dernier, baroud d’honneur, l’ex ministre de l’Intérieur Claude Guéant faisait paraître au Journal officiel le décret d’application portant sur la mise en œuvre des « fichiers d’analyse sérielle » : autorisation donnée à la police d’enquêter sur les réseaux sociaux. Un contrôle, vertical, venu d’en haut. Mais le plus efficace (donc le plus inquiétant) ne se joue-t-il pas à l’horizontal, au niveau des internautes, capables d’endosser les panoplies de maitres censeurs et d’asservis volontaires ?

Sommes nous tous des Big brothers ?"

5. alain21 23/05/2012

J'ai oublié le lien pour "le grain à moudre"

http://www.franceculture.fr/emission-du-grain-a-moudre-reseaux-sociaux-sommes-nous-tous-des-big-brothers-2012-05-22

6. arsin (site web) 23/05/2012

Bonsoir Boreas,

Merci d’avoir pris le temps de me commenter. Je vais te répondre sans réciter tout ce que tu as dit.
D’abord, je n’ai dit à aucun moment que tu étais conspirationniste. Je constate que dans ton texte, tu te bases sur une certaine impression de passivité du peuple, mais ça n’est pas encore le conspirationnisme. Ce que j’appelle conspirationnisme, ce n’est pas le fait de penser qu’il existe des complots (il y en a bien évidemment). Le conspirationnisme, c’est en fait une tournure idéologique (une idéologie à part entière, sans doute) qui considère que l’évolution historique est généralement faite par des complots, c’est-à-dire des actions concertées précisément par des minorités organisées et malveillantes. L’arrière-fond de cette idéologie, c’est que, si ces minorités n’agissaient pas ou n’existaient pas, le monde n’évoluerait pas vraiment, car le monde « traditionnel » est bon, la majorité du peuple y vivait heureux, et si évolution il y a, c’est forcément du fait des dites minorités. C’est pour cela que le conspirationnisme se mêle généralement au traditionnalisme (social, religieux, politique…). Soral en est un exemple. Mais ton texte ne fait pas mention de complots, ni ne prétend expliquer l’Histoire par ce biais.

Maintenant, sur les « lobbies » dont tu parles. Comme toi, j’ai été membre de partis. J’ai été étudiant, et j’ai vu comment les mouvements de grève commencent. Ils sont tout simplement déclenchés par des gens comme toi et moi, mais plus culotés que les autres, qui sont capables de vous imposer un discours par leur verve et de vous culpabiliser si vous n’êtes pas « solidaire ». Quant au fait que le CPE ait été abandonné, c’était, non pas parce qu’il n’y avait aucun soutien médiatique (je me rappelle de la « flexicurité » vantée sur le modèle danois), mais parce qu’une partie de la droite institutionnelle ne tenait pas vraiment au projet, qui ne concernait qu’une partie de la population, et sur un sujet (l’emploi des jeunes) qui apporte peu de voix à la droite (puisque les jeunes votent peu pour elle de toute façon, surtout ceux qui sont en mal d’emploi). C’est donc bien à un rapport de force politique qu’est dû l’issue du CPE, dans lequel le peuple français est directement impliqué.

Pour ce qui est de l’acceptation de l’hygiénisme social, notamment sur la question de la politique de sécurité routière, tu me sembles négliger la cause première : des dizaines, sans doute centaines de milliers de personnes en France, depuis un demi-siècle, sont mortes sur les routes, et plus encore blessées. Et l’impact psychologique sur la population est différent des décès liés au tabac, à l’alcool, ou autres pratiques cancérigènes : on sait qu’une addiction peut vous rendre malade sur le long terme, on peut accepter consciemment ce risque. Mais sur la route, nombre d’accidents sont soit complètement subis, soit, pour ceux qui les provoquent, dus à un comportement passager et nullement réfléchi. De plus, sur la route, on n’engage pas que sa propre vie, mais celles des autres. Je ne dis pas que j’accepte le sécuritarisme routier (quoiqu’il ait sans doute un rôle dans la baisse très nette de la mortalité routière depuis les années 70, même si ce n’est pas la seule cause). Mais je comprends pourquoi la population l’accepte : parce qu’il est beaucoup plus plausible de penser qu’au volant, les individus ne sont pas complètement rationnels, peuvent mettre en danger les autres, et l’idée d’un contrôle social devient plausible (comme on l’a accepté pour les armes à feu, pourtant sans doute moins meurtrières que l’automobile).

Mais, s’il elle le voulait, une partie du peuple français pourrait très bien manifester contre. Comme elle l’a fait pour l’école privée. Pour les retraites. Contre le PACS. Pour 300 euros mensuels de plus dans les Antilles. Etc… Et quitte à subir l’acrimonie d’une autre partie du peuple.
Sur les trois points que tu juges imposés au français :

- Sur la construction européenne : je suis d’accord avec vous, c’est le sujet sur lequel la démocratie est le plus menacée, parce que notre politique devient soumise à des intérêts étrangers, qui ne sont même pas contrôlés par les autres peuples européens, mais par une minorité oligarchique ;
- Sur l’immigration, le libre-échange et les délocalisations : c’est un peu plus complexe. Il y a effectivement une partie de la population qui accepte très bien le système actuel. Ce ne sont pas « les cons », mais les employés de classes moyennes ou aisées, qui travaillent dans des secteurs non délocalisables, où la concurrence de la main d’œuvre étrangère est faible : enseignement, ingénierie, finance, commerce. Ceux qui se réjouissent d’acheter moins cher des produits importés, et pour qui, comme le dit Descartes, « le chômage de l’ouvrier lorrain est un cas théorique ». Le développement de la société de services et des professions intellectuelles, phénomène ancien déjà, et qui a créé la base sociale qui croit à ce système…d’autant que ce sont les catégories d’électeurs qui votent le plus (exception faite des retraités, qui ne craignent plus pour leurs emplois et ont fui depuis longtemps les quartiers à forte population immigrée).

Où as-tu trouvé le chiffre de 20% d’épargnants en France ?

Je n’ai pas dit que je croyais que, demain, un million de personnes se lèveront pour changer les choses. Elles n’en auront pas envie parce que trop de gens croient que les règles du jeu (voter ou militer dans les partis, manifester) permettent déjà d’agir. On peut agir sur la croyance en ces règles. Mais en même temps, attendre l’effondrement du système (qui ne sera pas nécessairement une révolution, mais peut-être juste un chaos, ce qui n’est pas la même chose) ne me semble pas être une stratégie digne de ce nom.

D’ailleurs, pour ce qui est du régime soviétique, celui-ci n’a pas fini par une « révolution » généralisée. Il y a eu un soulèvement généralisé pour des causes nationales, dans les pays opprimés par l’URSS depuis 1940 ou 1945 (pays baltes, Pologne, Roumanie, RDA, Hongrie…) pour qui il s’agissait de s’émanciper d’une tutelle étrangère. Mais en URSS même, la position des populations était beaucoup plus ambiguë. En mars 1991, un référendum eut lieu sur l’ensemble des républiques, avec la question suivante : « Approuvez-vous le maintien de l’URSS en tant que fédération renouvelée de républiques égales et souveraines où les droits des individus de toute nationalité seront pleinement garantis ? ». L’exemple type de question qu’on ne peut interpréter : ceux qui voulaient maintenir l’URSS comme ceux qui voulaient l’indépendance de leur république pouvaient voter oui. Et ce fut oui à 77%. En 1996, il est probable que le PC russe ait en fait gagné la présidentielle et qu’Eltsine ait truqué le résultat. Si je parle de cela, c’est pour dire que l’URSS ne s’est pas achevée par une révolution de sa population contre le système. Système sur lequel les avis de la population russe sont toujours partagés. L’URSS, dirigée presque ouvertement par une oligarchie, a fini également par la volonté de celle-ci. Donc, non, un système plus dur ne déclencherait pas une réaction plus directe du peuple.

Je dirais même qu’il existe un exemple pire encore : en Chine « Populaire », la famine de 1960 a provoqué la mort de plus de trente millions de personnes à cause de Mao, générant des taux de mortalité incroyables dans certaines provinces. Ce qui aurait dû « normalement » provoquer une révolte généralisée des chinois : entre risquer de mourir sous les balles et mourir de faim, autant prendre la fin qui peut changer le pays…Et bien non, la révolte n’eut pas lieu. Ce qui indique qu'il n'existe pas de niveau de souffrance qui rende la révolte populaire inévitable.

Pour finir, je ne peux employer le terme « dictature », qui signifie que les citoyens ne peuvent s’opposer à la politique du régime sans encourir de graves risques personnels (et pas simplement le fait de ne plus pouvoir passer à la télévision ou d’avoir des spectacles déprogrammés). Actuellement, ce pouvoir de réaction, nous, citoyens, l’avons encore. Beaucoup d’entre nous considèrent comme juste un système qui nous dispense de réagir. Et dans lequel, s’il continue de déléguer sa souveraineté politique, nous ne pourrons plus réagir du tout.

7. Anach 17/12/2012

J'aurais volontiers partagé cet article, s'il n'avait pas été gâché par un couplet anti-immigrés ou Africains, qui laisse supposer que l'auteur est raciste et appartient au Front National. Dommage !

8. arsin (site web) 18/12/2012

Bonsoir, les maux évoqués dans le passage que vous citez ne sont pas entièrement imputés à l'immigration. De plus, nous avons pour principe de ne pas censurer, même partiellement, les articles de nos partenaires. Boreas n'est de surcroit plus partenaire de notre site.

Cordialement,
Pablito Waal, pour l'ARSIN

Ajouter un commentaire

Vous utilisez un logiciel de type AdBlock, qui bloque le service de captchas publicitaires utilisé sur ce site. Pour pouvoir envoyer votre message, désactivez Adblock.

RETOUR A L'ACCUEIL

Créer un site gratuit avec e-monsite - Signaler un contenu illicite sur ce site

×