Le VRAI débat du second tour - par Pablito Waal

  • Par arsin
  • Le 04/05/2012
  • Commentaires (2)

Par Pablito Waal, à titre personnel

 

 JE PENSE DONC JE SUIS...


...ma consigne de vote

 

En ce dernier soir (ouf !) de campagne présidentielle, je donne à nouveau mon choix pour le prochain scrutin.

Plusieurs de nos partenaires se sont exprimés : certains pour Hollande (dont un dès le premier tour). Certains hésitent, pourraient voter pour Sarkozy par rejet des communautaristes et immigrationnistes qui accompagnent le camp Hollande.

D’autres se positionnent pour l’abstention ou le vote blanc, par dédain du spectacle offert, ou de façon plus militante comme l'UPR.

J’ai récemment fait un débat avec Descartes sur ma position, débat que je vous incite à lire sur cette page (aux commentaires signés Pablito Waal). Je précise que ma politique n’est pas d’avoir le dernier mot dans une conversation, surtout lorsqu’il s’agit du blog ou site de quelqu’un d’autre.

Ma position est donc : je vote pour l’adversaire de Nicolas Sarkozy (François Hollande pour ceux qui sont fatigués).

Pourquoi ne pas s’abstenir ? Je l’ai déjà dit plus tôt : « l’abstention militante » ne mène à rien, surtout si elle est décidée au pied levé. A la limite, une campagne abstentionniste avec signatures massives d’une pétition expliquant les raisons de l’abstention pourrait être une bonne initiative. A quelques semaines ou jours du premier comme du second tour, l’abstention « militante », « politiquement consciente » sera totalement imperceptible et indiscernable de l’abstention « je-m’en-foutiste » et apolitique. Même si l’abstention atteignait un score très élevé (mettons 30 ou 40%, très improbable pour un second tour), elle ne retiendrait que quelques minutes l’attention des médias et de l’opinion publique. Et elle peut aussi bien être encore plus basse que prévue.

François Asselineau peut dire que l’abstention du premier tour ne fut pas si faible que cela, mais elle est historiquement, avec 20% des inscrits, très moyenne. Je ne sais pas d’où il sort les « 13% » d’abstentionnistes « incompressibles », laissant 7% d’abstentionnistes « exceptionnels ».

L’abstention le 6 mai 2012, même si l’on se moquait de savoir qui serait le vainqueur de l’élection, n’aura aucun effet politique, ni dimanche, ni ensuite.

Le réflexe du « je ne vote pas pour ne pas me salir les mains », « pour ne pas cautionner le Système » n’a aucun sens. Le « Système » (je n’aime pas cette expression, qui floue la pensée au lieu de la faciliter) gère très bien son lot d’abstentionnistes. Le jour où un évènement politique réellement subversif se produira en France, il n’y aura aucune obligation pour qu’il soit accompli exclusivement par des abstentionnistes. S’abstenir ne vous donne pas un brevet de « résistance » ou « dissidence », voter ne fait pas de vous un « mouton ».

Ce que je dis pour l’abstention vaut bien évidemment pour le vote nul ou blanc.

 

Je voterai donc pour le candidat du Parti Socialiste. Et ce n’est pas avec plaisir.

Pourquoi faire un tel choix ? Le PS ne rejoint-il pas l’UMP sur ses objectifs essentiels, et que je conteste, à savoir :

 

-          Une économie de marché (je ne le conteste pas en soi) avec un fort interventionnisme de l’Etat central (ce que j’approuve moins) et la propriété du capital entre les mains d’une minorité de personnes privées (ce que je désapprouve totalement) ;

-          La participation de la France à l’OTAN ;

-          L’intégration progressive, même si cacophonique par ces temps de crise de la monnaie unique, à l’Union Européenne et à ses compétences supranationales ;

-          L’absence de démocratie directe, et même pas de démocratie du tout dans le cas de la ratification du traité de Lisbonne (ce qui est un point de discussion avec Descartes, qui considère que le vote parlementaire du 4 février 2008 n’est pas scandaleux en soi)…

 

Bref, pourquoi ne pas répondre « bonnet blanc, blanc bonnet » ?

 

Parce que, politiquement, la réélection de Nicolas Sarkozy ne serait pas la même chose que l’élection de Hollande, sur le plan de l’avis donné par le peuple français à l’action de la classe politique.

 

 

La réelection de Sarkozy pourrait partiellement s’interpréter comme un vote anti-gauche. Mais ce sera surtout, et de façon très plausible, une approbation de la politique du président sortant. Le message serait donc :

-          Relancer la « construction européenne », quitte à annuler en tout ou partie l’issue d’un référendum, c’est bien ;

-          Faire une réforme des retraites où on fait autant reposer l’effort du réajustement du système sur un ouvrier qui gagne peu et ne vit pas vieux que sur un cadre qui gagne bien sa vie, c’est bien ;

-          Faire des guerres en Afghanistan, en Côte d’Ivoire, en Libye, qu’on peut approuver ou non sur le principe, mais sans débat avant, pendant ni après, c’est bien …

 

On pourrait aligner les « c’est bien ». Ou les remplacer par des « ça marche ». Et donc les politiciens auront intérêt à imiter Sarkozy pour réussir. Les politiciens ne se déterminent pas en termes moraux, mais en fonction de ce qui leur permet d’être élus et réélus. Car ils veulent aussi être réélus. Et si cela n’arrive pas Dimanche prochain, comment pourra-t-on interpréter la victoire de Hollande ?


Descartes me dit que cela ne serait qu’un symétrique de la victoire de Sarkozy : à défaut d’avoir valider la ligne de l’UMP, on aurait validé celle du PS.


Sauf que la ligne du PS, c’est certes celle de l’adhésion aux principales initiatives du sarkozysme (guerres, ratification du traité de Lisbonne, acceptation de fait des réformes sociales), mais c’est aussi dix ans d’opposition subie, deux présidentielles perdues, dont une dès le premier tour. On pourrait dire que le PS a trouvé une situation « confortable » dans l’opposition, en gérant les régions et une grosse moitié des départements, mais ce parti aurait bien voulu plus. Et de surcroît, le poids financier et législatif de ces collectivités territoriales reste bien marginal par rapport à celui de l’État.

 

Donc, non, une victoire de Hollande ne serait pas une validation de la ligne du PS sur ces dix dernières années. Ce serait de toute évidence un vote anti-Sarkozy (1). Aucun politicien ou parti n’aurait intérêt à imiter le PS sur sa période 2002-2012, même si Hollande gagne après-demain. Quant à ceux qui voudraient imiter l’UMP, ils sauraient que cela finirait par une défaite.

 

La stratégie que j’applique est simple et connue, c’est celle de la sortie du sortant. Elle est simple, mais pas simpliste.


Si on l’applique de façon systématique, elle aboutira à une République présidée uniquement par des candidats « à la Hollande », c’est-à-dire sans convictions réelles, sans ligne ni projets autre que de ne pas choquer l’électorat. A défaut d’autre alternative politique, c’est le moindre mal. Dans le rapport de force actuel, il y a toute les chances pour qu’une ligne politique ambitieuse élaborée par un chef de l’Etat soit mauvaise : plus d’européïsme, plus d’OTAN, plus de réformes iniques destinées à avantager sa propre clientèle politique, donc les classes aisées et âgées qui votent beaucoup, pas les classes populaires et la jeunesse. Je ne choisis pas la politique du pire (qui, selon ce qui précède, consisterait plutôt à voter Sarkozy), mais celle de l’enlisement du régime.

 

Et pendant ce temps, à nous de mettre en place une façon plus efficace encore d’agir. A titre personnel, j’écrirai plus précisément et longuement dessus après le 6 mai.

 

 

Enfin, un dernier mot : avant de faire votre choix, même si l’idée dominante chez vous est « je m’en fous », « je ne cautionnerai pas le Système », demandez-vous juste une seconde ce que vous ressentirez si le président actuel était ré-approuvé par la majorité des suffrages exprimés dimanche soir. Que penserez vous au moment où vous l’apprendrez ? Et combien de temps vous passerez à vous convaincre que vous vous en foutez, que vous ne regrettez pas votre abstention, etc… ?

Vous pouvez penser que les bourges PS ne valent pas mieux que les bourges UMP (et ce n’est pas faux), et que si le PS perd, vous mépriserez leurs larmes. Personnellement, je me dis qu’on a déjà vu les petits bourges du PS pleurer en 2002 et 2007. J’aimerais bien voir ce que ça donne avec les UMP, maintenant.

 

 

 

 

(1)    Et ça l’était dès le premier tour. Selon une étude Ipsos suivant le 22 avril, 62% seulement des électeurs de François Hollande ont fait ce choix pour soutenir le projet du candidat, et 38% par rejet du pouvoir en place. Parmi les cinq autres candidats arrivés après Hollande, aucun, même Marine Le Pen ou Mélenchon, n’arrive à une telle proportion de vote « de rejet ». Le vote protestataire du 22 avril, c’était donc Hollande.

France Hollande

Commentaires (2)

1. Boreas (site web) 06/05/2012

Votre info. sur la motivation protestataire de 38 % des électeurs de Hollande au 1er tour est très intéressante et je vous en remercie.

N.B. : on en trouve confirmation ici (page 22) :

http://www.scribd.com/fullscreen/90659847

Il sera utile de se pencher sur le taux correspondant au 2ème tour.

2. Boreas (site web) 07/05/2012

Eh bien voilà. Nous l'avons, la réponse : 55 % au 2ème tour !

http://lexpansion.lexpress.fr/election-presidentielle-2012/qui-a-vote-hollande-et-qui-s-est-detourne-de-sarkozy_293527.html

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