Ex-PCF, je ne voterai pas Mélenchon (II)- par Pablito Waal

  • Par arsin
  • Le 11/04/2012
  • Commentaires (2)

(voir le début)

Le vrai chiffrage du programme du Front de Gauche

Désolé, cette fois-ci on est obligés de parler de nombres.

http://www.placeaupeuple2012.fr/wp-content/uploads/2012/04/chiffrage-copie.jpg

Pour les recettes, Mélenchon a su rapidement quoi répondre aux questions, en ressortant plusieurs fois le décompte magique qui aboutit à plus de 190 Mds d’euros de gains. Au programme, l’augmentation de l’impôt sur le revenu, dont la fameuse tranche de 100% au delà de 30.000 euros par mois marquant le « revenu maximum ». Et la taxation des exilés fiscaux, idée qui lui aurait été reprise par Sarkozy. Mais ces trouvailles ne font, selon le tableau ci-dessous, que 20 et 5 milliards d’euros sur les 190 Mds promis. Et on passe sur le fait que les contribuables dépassant le revenu maximum – et d’autres ne goûtant pas les nouvelles tranches – tendront à s’exiler et changer de nationalité (rendant la taxation à l’étranger un peu plus délicate…).

 

L’essentiel de l’addition viendra donc d’une razzia fiscale qui passerait sous le nom de « suppression des exonérations » et des « niches ». Il ne s’agira pas ici de se lancer dans un débat sur le bien-fondé de ces exonérations. Mais de remarquer qu’en France, on aime la sémantique : annoncer des annulations de baisses d’impôts passe sans problèmes, alors que dans les faits, cela revient toujours à une hausse du prélèvement fiscal réel.


Ensuite, l’une des prétentions du Front de Gauche parmi ses nouvelles recettes est une escroquerie : il s’agit de la monétisation des intérêts de la dette. Non pas que cela soit impossible (enfin, dans l’hypothèse où les autres pays de la zone euro le tolèreraient…). Mais, dans le fond, la monétisation n’est pas une recette. C’est l’aveu d’un déficit qu’on comble par l’inflation de la masse monétaire. Sans cela, le montant des recettes nouvelles du FDG n’est plus que de 150 Mds d’euros. Ce qui, me direz-vous, fait toujours 30 Mds d’euros de plus que les dépenses.

 

Si on en reste là, le programme de Jean-Luc réduirait donc quand même les déficits, et Mélenchon serait donc malgré tout un candidat « austère » (et pas forcément marrant).

 

Et bien n’en restons pas là. Allons sur le côté obscur de la vieille lune de la démagogie sociale.

 

Les dépenses induites par ce programme sont largement sous-estimées. Les économistes – comptables mélenchoniens sur au moins trois fronts se montrent assez gauches.

 

Le coût du rétablissement de la retraite à 60 ans à taux plein en premier lieu. Mélenchon s’était satisfait de l’estimation du coût de cette mesure à 33 Mds d’euros, par l'Institut Montaigne, et l’Institut de l’Entreprise lui a fait ensuite une ristourne à 27 Mds. Manque de bol, dans les deux cas, on a oublié juste un détail de l’Hist… un truc, quoi. Ces deux chiffrages s’arrêtent à 2017. Il ne s’agit pas d’un chiffrage à long terme.

Resituons un peu l’affaire : alors certes, à la Libération, on créa le système de répartition (ou plutôt on l’étendit, la création revenant à Pétain) alors que le pays était ruiné. Certes, mais il y avait aussi beaucoup moins de français de plus de 65 ans, et dont les pensions étaient plus basses. Et en plus les femmes ne travaillaient pas en tant que salariées, et donc n’avaient pas ou peu de pensions. Aujourd’hui, la proportion des plus de 60 ans ne cesse de progresser, comme l’ont fait les salaires sur le dernier demi-siècle, ainsi que le travail féminin. Et il se trouve que les français ont l’idée saugrenue de vouloir continuer à vivre plus vieux. Au début des années 2000, le financement des retraites représentait environ un huitième du revenu national. Le Conseil d’Orientation des Retraites, en 2001, avait estimé que le retour aux 37.5 annuités et aux 60 ans à taux plein mènerait le poids des retraites, qui progresseraient plus vite que le revenu national, à près d’un cinquième de celui-ci à l’horizon 2040. Et ce, avec l’hypothèse du quasi-plein-emploi, condition que nous ne sommes points assurés de respecter, surtout avec le programme de l’ancien sénateur PS…

Pour aller à l’essentiel, d’ici à l’an 2040, le coût du rétablissement de la retraite à 60 ans serait autour de 5% du PIB. Aujourd’hui, ce pourcentage représenterait environ 100 Mds d’euros. En 2040, avec un PIB plus élevé, ce sera beaucoup plus. (5) Il ne s’agit pas de condamner une éventuelle annulation des réformes Fillon-Bertrand de 2003 et 2010. Mais ce qu’on ne peut pas faire, c’est de ne pas en donner le coût. Et ne pas dire quelles dépenses publiques devraient être supprimées pour compenser ce coût sans faire déraper le poids de l’Etat sur l’économie.

 

Le remboursement intégral des dépenses de santé : alors que la France est, avec l’Allemagne et la Suisse, l’un des pays d’Europe qui consacre le plus de moyens à sa santé, plus d’un dixième de son revenu national (6), la part prise en charge par l’Etat est d’environ trois quarts. Le quart restant, que le Front de Gauche voudrait faire assumer par la puissance publique, représenterait immédiatement 2 ou 3 % du PIB, soit 40 à 60 Mds d’euros. D’où le fait que, par incertitude, l’Institut de l’Entreprise a donné un éventail allant de 23 à 76 Mds d’euros pour le coût de cette mesure, « selon l’effort demandé aux complémentaires » (mais à quoi serviraient-elles encore ?). Le Front de Gauche a retenu une valeur moins que médiane (40 Mds d’euros). Le problème est le même que pour les retraites : population vieillissante = largesses croissantes. Ces 40 Mds d’euros deviendront vite plus, et progresseront plus vite que le PIB (ceci précisé pour répondre à l’habituel argument de la croissance-de-la-productivité-qui-suffira-à-faire-face…). Si l’on prend le même horizon que les retraites (2040), les frais globaux de la santé, que le FDG veut faire entièrement assumer par l’Etat, auront sans doute encore crû de plusieurs points de PIB.

 

Le coût du chômage résultant des politiques du Front de Gauche : l’auteur de ces lignes va encore plus passer pour un salaud de droite, mais la simple lecture de la programmatique mélenchonienne suffit à donner la couleur : fin des exonérations de cotisations sociales (vite jugées « inefficaces » pour l’emploi alors que de nombreuses études ont donné des avis divergents sur le sujet) + hausse du SMIC de 1300 à 1700 euros pour un temps plein mensuel + limitation drastique des CDD. De mon point de vue, c’est tout bonnement une déclaration de guerre à l’emploi des plus vulnérables. Si les emplois temporaires n'existaient pas ou peu, l'auteur de ces lignes aurait certainement du stationner plus longtempes chez Paul Amploy (et Dieu sait que ce n'est pas un séjour enrichissant). On peut s’insurger que « les entreprises ont de l’argent » (pas toutes, désolé, surtout celles qui emploient des smicards), que les « contrats précaires ne permettent pas de vivre décemment » (bien d’accord, mais avec ce programme, ce sera tout simplement le chômage pour des centaines de milliers de gens), que « on aidera les petites entreprises » (comment? En rétablissant subventions et d’exonérations ? Pour quel coût pour le contribuable ? Et quelle responsabilisation pour l’entrepreneur si c’est l’Etat qui prend en charge les rallonges de salaires ?).

Et ce d’autant qu’il existe d’autres moyens de répartir les revenus, d’assurer à chacun un niveau de vie décent et aux plus modestes de bénéficier des fruits de la croissance. Un revenu minimum d’existence, idée partagée à droite et à gauche, et remplaçant d’autres prestations sociales, serait une voie nettement plus respectueuse de la liberté des individus sur le marché du travail.


A ce stade-là, il est impossible de donner un chiffrage précis, sur cinq, dix, vingt ans des dépenses provoquées par une application durable du programme du Front de Gauche. On peut seulement l’évaluer en termes de points du PIB. En prenant d’abord le soin de faire ces rappels : nous partons d’une dépense publique à 56% du PIB en 2011 et de recettes à 50%.

 

Les « 150 Mds » de recettes fiscales supplémentaires revendiquées par le FDG représenteraient 7,5 points de PIB dans l’immédiat. Quand au 120 Mds d’euros de dépenses admises par le même Front (6 points de PIB), on a toutes les raisons de croire qu’elles deviendraient, à l’horizon de dix ou vingt ans, plus de dix points.

 

On aurait donc les projections suivantes, forcément à la louche :

 

En % du PIB

Aujourd’hui

D’ici 2017

D’ici 2040

Dépenses

50 %

57,5%

57,5%

Recettes

56 %

62%

>66%

Déficit

6%

4,5%

>8,5%

 

 Le scénario « 2017 » prend au mot les affirmations du FDG, selon lesquelles le programme « rapporterait plus qu’il ne coûte ». Le scénario « 2040 » montre qu’à long terme, ce programme obtiendrait l’effet inverse, le creusement des déficits. Mais surtout, il ferait de la France le pays de loin le plus imposé de l’OCDE et surtout le plus dépensier.

 

La France de Mélenchon, ce serait une France où l’État consommerait l’équivalent des deux tiers de ce que nous produisons. Et ces deux tiers, il faudrait les payer, soit par l’impôt, soit par des emprunts à rembourser, soit par l’inflation.

 

Bizarrement, Jean-Luc ne présente jamais les choses ainsi.

 

 

Plus de 60% de dépenses publiques dans le PIB, et alors ?

 

« Et même si on atteint ces fameux deux tiers, où est le problème ? Ne serais-tu pas en train de nous refourguer le prêt-à-penser libéral ? ». Point du tout. C’est factuel.

 

Connaissez-vous beaucoup de pays riches où l’Etat prend nettement plus que la moitié du revenu national, hors la France ? Aucun ne fait plus que nous. Les pays nordiques ? La Norvège, la Finlande, le Danemark ? La Suède, phare des espérances sociales-démocrates des années 80 ?

 

Arrêtons-nous sur le pays d’Ikea. Pays qui, d’une certaine manière, a déjà testé la politique de Jean-Luc Mélenchon, après avoir monté en kit, dans les années 70 et 80, un modèle social où les dépenses publiques dépassaient allègrement les 60% du PIB et tutoyaient même les 70%. Résultat sur le long terme ? Comme le décrit cet article, la Suède, l’un des pays les plus riches de l’OCDE dans les années 60, a vu sa croissance ralentir, s’est fait devancer par d’autres pays, moins d’entreprises nouvelles se créaient. Et le tout aboutit à la crise du début des années 90, avec récession, montée du chômage, déficits béants… Alors la Suède mit en place une grande série de réformes, dont il ne s’agira pas ici de les défendre toutes. Mais de constater que la baisse sévère des dépenses publiques (passées en vingt ans de plus de 60% du PIB à 52% en 2010)  n’a pas provoqué la récession en spirale évoquée par tous les adversaires de l’austérité (austérité -> récession -> baisse des rentrées fiscales -> déficit -> austérité…). La Suède a même retrouvé l’un des taux de croissance du PIB par habitant les plus honorables du continent européen au cours des 15 dernières années.


http://xavier.hermes.free.fr/v5/pages/sweden/Fond_suede.png

 La Suède, le pays qui a dit : ABBA la surdépense et les déficits !


Ainsi, le pays de Bergman a pourfendu concrètement trois bases de la pensée frondegôchiste :

-          Bien qu’il n’y ait pas, contrairement à ce que clament les libéraux, de relation automatique (négative) entre dépense publique et croissance du PIB par tête, l’Etat ne peut pas non plus franchir un certain poids sur l’économie d’un pays sans casser l’activité ;

-          L’austérité peut réussir à rééquilibrer les comptes d’un pays et permettre le retour de la croissance ;

-          Et, enfin, un pays européen peut très bien se passer de l’euro. Notons que la Suède est, parmi les pays d’Europe, l’un de ceux qui s’est le mieux rétabli de la crise : après une récession de 5% du PIB en 2009, le pays connait une croissance de 5% en 2010, puis de 4% en 2011. Et ce, quasiment sans aucun déficit public (un léger en 2009)...

 

Le conquérant de l’Europe

 

Puisque l’on parle de nos voisins européens, on pourrait aussi s’attarder sur les prétentions du Front de Gauche, exprimées dans son best-seller L’Humain d’Abord (Indignez-vous  en trois fois plus long mais pas plus cher ni plus profond), à réformer le Pacte pour l’Euro, et le fonctionnement général de la zone Euro, afin que les banques centrales, succursales de la BCE, financent directement les Etats à taux d’intérêts très bas. La mesure serait louable en soi à l’échelle d’un seul pays. Au niveau d’une zone monétaire de 17 pays, elle met en danger la valeur de la monnaie si des Etats laxistes réussissaient à obtenir une création monétaire massive contre l'avis de pays plus rigoristes. Et, politiquement, le fait de donner raison aux Etats cigales sonnerait comme un désaveu cuisant pour les pays qui ont fait des efforts significatifs – plus que la France en tout cas – pour réduire leurs déficits. Parmi eux, outre l’Allemagne, il y aura l’Italie, l’Autriche, les Pays-Bas, la Finlande…autant de pays qui avaient tiqué sur les plans d’aide à la Grèce.

 

Alors Mélenchon peut répéter que la France est un « graaaand pays », et que l’Europe « ne peut se faire sans nous » (elle peut aussi ne pas se faire du tout, pourquoi pas ?), il n’en reste que les alliés dont notre pays disposerait pour changer la politique de l’Eurozone restent introuvables. Aurions-nous des alliés parmi ces allemands qui souffrent de la compression salariale ? Die Linke  ne fait que 11% aux élections fédérales allemandes, et moins sans l’ex-RDA. Même les communistes grecs sont peu sensibles aux sirènes françaises…alors vous imaginez les conservateurs allemands ?

 

Pour triompher, dans ce tableau, il nous faudrait un véritable Napoléon…

 

Mélenchon, au passage, se targue de convaincre le gouvernement de 82 millions d’allemands du bien-fondé de sa politique alors qu’au sein de sa coalition, il ne peut faire entendre sa position sur le nucléaire à 70.000 membres réels du PCF… Napoléon ? Non, Tartarin.

 

Alors que faire, si l’on échoue ? La solution est toute trouvée : nous ferons financer les déficits de l’Etat par la Banque de France, avec ou sans accord de la BCE. Francfort lèvera-t-elle une armée pour réprimer la France ? Non, bien sûr. Personne n’empêchera la France de faire exploser sa dette si elle le souhaite. Mais, comme le fait remarquer le blogueur Descartes, donner ce pouvoir de création monétaire à la Banque de France, c’est de fait sortir de l’euro. Les « euros-Mélenchon » ne pourront pas être acceptés hors de France (quel système monétaire à banque centrale accepterait qu’un de ses établissements fasse ainsi sécession ?).

 

Pour Mélenchon, renoncer à changer la zone Euro – ce qui revient tout bonnement à renoncer à imposer sa conception de la monnaie aux autres pays -, c’est faire preuve d’esprit munichois. Or son positionnement, pour paraphraser Churchill au sujet de Munich, revient à choisir la soumission à l’européisme pour ne pas avoir l’éclatement de l’euro ; au final, ils auront la soumission, et ils auront l’éclatement de l’euro.

 

Autogestion ou pas ?

 

En plus de faire passer pour du courage ce qui est en réalité un choix de maintien dans l’asservissement européen, le Front de Gauche fait passer pour révolutionnaire une vision de l’économie qui n’est en fait que le prolongement de la pensée des partis de gauche depuis la Libération. A savoir la confusion de la sphère collective avec l’Etat. Et qui mène soit à l’amplification du rôle de l’Etat en tant que gérant d’une protection sociale croissante (ce qui nous concerne aujourd’hui), soit à la planification généralisée de l’économie, ce qu’était le projet du PCF quand l’URSS existait encore.

Il fut un temps, notamment dans les années 70, où une partie la gauche française envisageait de ne pas se faire imposer la dichotomie Etat / entreprise privée, et que l’entreprise autogérée et coopérative pouvait faire figure de modèle alternatif. Les travers de l’expérience yougoslave (et notamment sa réticence à l’investissement) devraient amener aujourd’hui à repenser ce modèle (d’autant qu’en tant que dictature, la Yougoslavie titiste imposait d’elle-même des limites à ce modèle dit autogestionnaire qu’elle n’a réellement testé que pendant 20 à 30 ans, avant de céder sous les déficits commerciaux et l’hyperinflation, et de s’achever dans les guerres interethniques). Mais au moins se rappelait-on que l’Etat devait être, dans la tradition socialiste originelle, un instrument du basculement du rapport de force en faveur des travailleurs contre les propriétaires, celui qui met sa force régalienne pour que la propriété change de main. Mais pas pour que l’Etat gère tout par lui-même, que ce soit en tant que redistributeur ou planificateur.

Et dans L’Humain d’Abord, qu’y a-t-il ? On y trouve bien un chapitre sur les « autres formes de propriété » , mettant en avant les aides pour les salariés qui voudraient reprendre leur entreprise sous forme de coopérative, ou l’attribution prioritaire de commandes publiques à ces dernières. Non négligeable, intéressant…mais si peu.

 

Car ce n’est pas l’axe principal du projet du Front de Gauche. L’axe central, c’est l’Etat. A la fois l’Etat nounou qui paie tout même sans en avoir les moyens (enfin si : les vôtres) et l’Etat qui planifie, même ce qu’il ne peut pas planifier.

 

L’incroyable retour de la planification et du malthusianisme

Commençons d’abord par rappeler ce que, à ma connaissance, aucun journaliste n’a signalé à Jean-Luc Mélenchon : toutes les expériences de planification globale d’une économie ont donné des résultats médiocres tant en termes de productivité qu’en terme d’économie de ressources. Je ne dis pas « la planification a toujours échoué », car ce ne fut pas toujours le cas (dans les économies de guerre, la planification est indispensable). Et je ne nierai pas que la planification de quelques grands projets industriels puisse être une nécessité, surtout pour faire office d’armature pour la reconstruction de notre appareil industriel.

Mais ce qui est incroyable, c’est la prétention du programme du Front de Gauche, au terme d’un chapitre passablement flou de L’Humain d’Abord, et qui regroupe des propositions souvent plus syndicales ou sociales qu’écologiques et industrielles, à soumettre l’ensemble des activités économiques à un jugement « écologique ». Mélenchon va plus loin dans ses allocutions, ressortant le tube du « pour que toute l’humanité vive comme les français, il faudrait deux ou trois planètes », et autres « nous rembourserons la dette écologique » [à qui ?]. Tout ce raisonnement repose sur le dogme malthusien – décroissant répandu au sein du Parti de Gauche, et par ce biais dans le Front entier. Il recourt à la notion « d’empreinte écologique », et à la « finitude des ressources », deux théories qui semblent avoir la force de l’évidence pour elles (les ressources sont en quantité limitées, et nous en consommons trop, forcément, nous occidentaux). Mais qui oublient un petit point : le progrès scientifique et technique. Le même qui modifie notre vision des ressources, la quantité que nous en connaissons, l’utilité que nous donnons à chacune d’elle (qui se souciait du pétrole il y a trois siècles ? De l’uranium ?), et de la quantité d’énergie et de biens que nous pouvons en tirer.

La décroissance et la planification généralisée de l’économie partagent le même vice de conception : la prétention à l’omniscience, alors que l’Etat ne peut pas centraliser autant d’informations que l’ensemble de la société. Et quand on pense aux lacunes du Timonier de l’Essonne et de ses courtisans, notamment sur les questions économiques, ce vice est d’autant plus effrayant.

 

Ce qu’il y a de pire dans la tradition socialiste

 

Pour conclure cette longue charge contre le potentiel « troisième homme » de la présidentielle, jadis cinquième roue du carrosse socialiste, disons que l’épopée du Front de Gauche m’amène au constat malheureux qu’un nombre trop grand de français se laissent tenter par des partis qui ont renoué avec ce qu’il y avait de pire dans la tradition du socialisme. Il y a du bon Mélenchon, ou du moins il y en avait, notamment quand il défendait la langue de la République face à la tentation du financement public des langues locales.

Mais il y a aussi cette tendance à la concentration du pouvoir, entre les mains d’un Etat qui soit prétendrait planifier l’économie, soit en centraliserait les revenus. Et pire encore, la rétention du pouvoir suprême, sur la monnaie notamment, au niveau le moins démocratique qui soit, celui qui dépasse les nations dans le fumeux ciel européen. Et le tout tartiné d’une démagogie sociale pour inciter le bon Peuple à rester confiant.

Alors qu’avant de redistribuer, il faut produire. Et pour produire, il faut de la liberté, pour les travailleurs, seuls ou associés. Et aussi la liberté, donc la souveraineté, de la Nation.

Les lecteurs l'auront compris, je suis, à titre personnel, partisan d'un Etat qui s'occupe de ses missions fondamentales, les missions régaliennes, des grands projets stratégiques, les principales missions sociales (éducation, retraites, santé, soutien aux familles), tout en conservant un poids raisonnable, et en soutenant l'appropriation des entreprises par les travailleurs, mais sans les gérer à leur place. Ce n'est pas tout à fait la voie tracée par le Front de Gauche.

Voilà pourquoi, à titre personnel, considérant qu’en ces temps l’existence même de la souveraineté nationale est en péril, je pense que mon bulletin de vote, s’il doit être utilisé, n’ira pas à un bateleur au verbe haut mais aux idées courtes.


NOTES :

(5)    Le coût des retraites représente en 2012 entre 13 et 14% du PIB. Selon les projections du COR (page 56 de ce document), si nous avions maintenu la législation de 2001 (37.5 annuités dans le public, 40 dans le privé, âge légal du départ à 60 ans, taux de remplacement du revenu d’activité à 78%), le coût des retraites aurait pu atteindre les 18,5% du PIB en 2040, en situation de plein-emploi, et sinon plus. Donc ce serait bien une dérive de 5 points du PIB que ce retour engendrerait d’ici une génération, en attendant plus.

(6)    La France consacre près de 11% de son PIB à la santé (source : OMS), comme l’Allemagne et la Suisse. Mais l’Allemagne a l’excuse des frais de la remise à niveau des structures de l’ex-RDA, et la Suisse est plus riche que la France (la santé étant ce que les économistes appellent un bien de luxe, plus on est riche, plus on y consacre une grande part de son budget). Même s’il ne se compare pas au système américain (qui coûte 17% du PIB US), le système de santé français est donc bien l’un des plus inflationnistes d’Europe.

austérité Union souveraineté Allemagne euro France

Commentaires (2)

1. Boreas (site web) 12/04/2012

Je souscris pleinement à cette analyse qui respire la rigueur (et non l'austérité !) dans la critique, et l'honnêteté intellectuelle, comme sur le blog Pour Le Communisme (dont je devine que vous êtes l'auteur).

Comme quoi, par-delà les provenances politiques (la mienne étant l'inverse de la vôtre), les conclusions peuvent être les mêmes :

"je suis, à titre personnel, partisan d'un Etat qui s'occupe de ses missions fondamentales, les missions régaliennes, des grands projets stratégiques, les principales missions sociales (éducation, retraites, santé, soutien aux familles), tout en conservant un poids raisonnable"

Etant trop peu instruit de la notion de "communisme libéral", je réserve néanmoins mon opinion sur la fin de ce paragraphe ("et en soutenant l'appropriation des entreprises par les travailleurs, mais sans les gérer à leur place") car j'ignore si vous êtes plus ou moins favorable à une raisonnable liberté d'entreprendre, etc. J'ai des tonnes de lectures en retard et j'avoue que celle-ci excite ma curiosité...

2. arsin (site web) 12/04/2012

Bonsoir,

merci de ton commentaire. La notion de "communisme libéral" est pour l'instant un fourre-tout qui désigne tous les partisans de l'appropriation collective des moyens de production qui ne croient pas en la planification généralisée, ni que l'Etat doive tout posséder. Ce qui peut intégrer la gauche autogestionnaire, mais d'autres modèles existent.

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