Fusion EADS-BAE, un enjeu national - par Le Cercle des Volontaires

  • Par arsin
  • Le 11/10/2012
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Par le Cercle des Volontaires, sur leur site

http://www.cercledesvolontaires.fr/

Séisme médiatique dans l’industrie européenne de la défense et de  l’aéronautique. Mercredi 12 septembre 2012, les géants franco-allemand et britannique, EADS et BAE System ont annoncé être en discussion en vue de la fusion des deux groupes. Si le projet était amené à se concrétiser, il donnerait naissance à un géant du secteur. « Opération du siècle » pour certains, ce rapprochement soulève de nombreux enjeux étatiques décisifs, en cette période où la France à plus que jamais besoin de son industrie la plus prometteuse, pour donner une nouvelle impulsion au pays.

Copyright Reuters Usine d’assemblage de l’A320 – Alabama
Droits d’auteur Reuters

Les portes du Pentagone s’ouvre pour EADS ! Désireux depuis longtemps de s’offrir au marché américain, le groupe franco-allemand au 49 milliards d’euros de chiffre d’affaire en 20111, pourrait profiter des affinités outre-atlantistes de BAE System. Une aubaine pour EADS, qui souhaite rééquilibrer sa part du marché militaire par rapport au marché civil, et continuer ainsi sa réorientation stratégique menée depuis l’arrivée de Tom Enders2, nouveau patron d’EADS. Après avoir implanté une usine d’assemblage aux Etats-Unis3, grâce à l’entremise de John Leahy, le groupe poursuit son « atlantisation » en s’ouvrant au United States Department of Defense.

BAE System n’est pas en reste également. Touché par la baisse de la demande militaire américaine4, le groupe britannique se ménagerait ainsi une porte de sortie en profitant du marché civil européen,

dominé par EADS.

Un échange de bons procédés, entre groupes complémentaires, qui enfantera d’un colosse de l’aéronautique et de la défense euro-atlantique, ayant dégagé plus de 72 milliards de chiffre d’affaire en 20115.  Une fusion qui permettra, selon Tom Enders, de couper le cordon avec les États…

Outre les multiples obstacles institutionnels et financiers à la réalisation du projet, il est essentiel d’inscrire cette démarche dans une vision plus large. Celle d’une certaine mondialisation à marche forcée, où les firmes globales prendraient peu à peu le pas sur les diverses Nations.

Les secteurs de l’aéronautique et de ladDéfense, régaliens par essence, sont les vecteurs de l’innovation et de la recherche d’un pays, et les garants de son indépendance. En cette période de crise financière grave, l’État a le devoir de protéger un fleuron de son industrie, et l’obligation de le placer au cœur de son redressement productif. Force est de constater que l’on assiste, à l’inverse, à une perte progressive de l’investissement français dans le domaine.

Lionel Jospin déjà avait offert sur un plateau l’Aéropostale à EADS dans les vagues de privatisation des années 20006 pour « montrer l’exemple » dans la construction européenne. Et par le jeu des appartenances d’entreprises, le substrat de notre savoir faire aéronautique pourrait désormais se retrouver, avec ce projet de fusion, aux mains d’un conglomérat mondialiste ne plaçant pas l’intérêt de la France au cœur de ses préoccupations.

Raisonnement identique également avec Spot Image7, société créée dans les années 1980 par l’État français afin d’exploiter les données produites par les satellites de la série SPOT. Satellites financés sur deniers publics, et fabriqués grâce à l’immense savoir-faire dans le secteur. Une société portée à bout de bras par l’investissement du contribuable français qui, doucement mais sûrement, a fini par devenir rentable. Si bien que dans une bonne logique mondialiste, la France céda en 2008 sa part dans le capital de Spot Image à Astrium8. Filiale d’EADS…

Quelle garantie stratégique nous promet la fusion EADS-BAE ? La France aura-t-elle toujours les moyens de dicter la marche à suivre, face à un conglomérat mondialiste amalgamant chaque jour un peu plus les forces vives du secteur ?

Si fusion il y a, celle-ci se fera nécessairement par l’abandon, ou du moins la réduction à peau de chagrin, de la participation de la France et de l’Allemagne dans le capital d’EADS. Les britanniques ayant déjà prévenu qu’ils ne voulaient pas d’interférence étatique dans le pouvoir exécutif du futur géant9. Une firme au dessus des États pourrait finalement se constituer, comme c’est déjà le cas en matière bancaire, où les fonds de pension et autres banques d’affaires ont des capacités financières bien au-dessus de nombreux pays. Qui décidera dès lors des orientations stratégiques ? Représentants élus, ou ploutocrates certifiés ?

Enfin, la page d’une certaine vision de gouvernance pourrait également se tourner. BAE System, comme tout bon groupe de « culture anglo-saxonne» fait preuve d’une grande flexibilité dès qu’il s’agit de gérer ou restructurer ses « actifs » . Le délitement des participations étatiques dans le capital d’EADS rapprochera le groupe de son homologue anglais, dans sa philosophie. Nous pourrions ainsi assister à un triomphe du modèle de gouvernance anglo-saxon dans un secteur stratégique, où l’Etat-providence aura échouer à défendre l’intérêt collectif.

Derrière le délitement du dernier bastion d’indépendance française, se cache l’émergence d’un mondialisme destructeur avançant à pas feutrés. Une Internationale des capitaux se croyant omnisciente, vidant de sa substance nos États coquilles vides. Un nouvel ordre mondial10 édictant ses règles budgétaires via le FMI, et prescrivant le protocole commercial par l’OMC. A toute règle un gendarme étant nécessaire, l’OTAN, ministère de la Défense contemporain agite avec joie le bâton. Et si des récalcitrants venaient à se poser en travers de leur chemin, gageons qu’EADS-BAE allouera drones et satellites afin de faire respecter les préceptes de ces gouvernants, dont la légitimité devient chaque jour un peu plus contestable.

5« Un groupe issu d’une fusion entre EADS et BAE Systems afficherait plus de 72 milliards d’euros de chiffre d’affaires sur la base des résultats 2011, dépassant ainsi Boeing. »

http://www.bfmtv.com/economie/negociations-fusion-bae-eads-patinent-342432.html

10Selon l’expression consacrée par de nombreux hommes politiques et dirigeants économiques ayant œuvrer aux plus hautes instances décisionnelles.

France Union euro souveraineté défense aéronautique firme fusion anglo-saxon gouvernance atlantisme

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