Green Sofa Dunkerque, ou les limites d'un protectionnisme européen - par Yohann Duval

  • Par arsin
  • Le 10/04/2012
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Par Yohann Duval, sur son blog

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Sans vouloir nullement défendre l'idée de protectionnisme à l'échelle de l'Union Européenne, il y a quand même une remarque que l'on peut faire sur l'article de Yohann Duval : sont-ce vraiment la Roumanie et la Pologne, pays de tailles moyennes, vieillissants et dont les salaires ont déjà nettement progressé depuis 20 ans, qui représentent la plus grande menace pour nos emplois industriels ?

greensofa.jpg

La fabricant de canapés Green Sofa, situé à Dunkerque, a été placé en redressement judiciaire le 20 Mars. Une décision prévisible, qui conclut des mois d'errements et qui plonge les salariés dans l'incertitude. Totalement dépendante des décisions d'Ikéa, la survie de l'entreprise est remise en question car la ant suédois a décidé d'arrêter ses commandes pour aller s'approvisionner ailleurs. La raison ? Le prix, bien entendu.

Un cas typique de délocalisation, agrémenté de quelques petites manipulations juridiques, qui porte en lui toutes les limites des revendications en faveur d'un protectionnisme européen : c'est en effet en Pologne et en Roumanie qu'Ikéa compte désormais passer les commandes qui étaient autrefois promises à la France. Dans un article publié sur l'excellent blog du Monde "La route des dunes", Gérard Gaubert, délégué de la CFDT, nous explique sans détour la situation :

 

"La Pologne a mis les prix à ras-les pâquerettes, on ne peut pas lutter. Ikéa va vendre polonais parce qu'il gagne deux fois plus sur un canapé produit là-bas."

 

"En Roumanie, le salaire mensuel est deux fois moins élevé. Dans ces conditions, fabriquer des canapés en France va devenir impossible."

 

L'exemple de Green Sofa, comme d'autres, tels que celui de l'usine Bosal dans la Marne (où la délocalisation se fait cette fois en direction de la Hongrie), montrent la nécessité d'envisager les mesures à prendre à l'échelon national. Un protectionnisme "simplement" européen n'aurait, dans ces cas précis, aucun effet positif. La lutte contre la concurrence déloyale doit évidemment se faire aux frontières de l'Europe, via des barrières douanières ou une monnaie moins chère, mais il ne faut pas oublier, pour autant, que depuis déjà trop longtemps la concurrence est faussée... à l'intérieur même de l'Union Européenne.

 

Face à l'hémorragie industrielle que connaît la France, la notion de protectionnisme revient fort dans le débat public. Il s'agit assurément d'une bonne chose, mais faisons attention à ne pas occulter certains aspects de cette question complexe...

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