Hobbes 1 - Rousseau 0 - par Descartes

  • Par arsin
  • Le 29/01/2014
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Par Descartes, sur son blog

Thomas Hobbes, 1588-1679

Lorsque j’étais enfant vivait dans notre immeuble, dans un appartement du rez-de-chaussée un immigré républicain espagnol qui était ami de mes parents. Je l’appelait « oncle Ramon », et il me régalait de ses souvenirs de combattant de la guerre d’Espagne. Combien de fois j’ai entendu ce vieil anarchiste m’expliquer que tout le mal du monde venait des patrons, des généraux, des juges, des flics et des curés. « Tu comprends » - me disait-il – « s’il n’y avait pas tous ces corbeaux, les hommes seraient libres et construiraient un monde fraternel ». Une vision légèrement plus idéaliste que celle de mon père, qui professait avec un pessimisme très juif que « l’homme est peut-être naturellement bon, mais qu’il est encore meilleur quand on le surveille »

Pauvre oncle Ramon. S’il pouvait seulement lire les nouvelles de Bangui, il serait bien déçu. Voilà en effet un pays sans Etat, sans patrons pour exploiter le travail des autres, sans généraux pour vous commander, policiers pour vous arrêter, juges pour vous juger, curés pour vous faire la morale. Voilà un pays où chacun est libre de faire à peu près ce qu’ils veut, comme il veut et quand il veut, sans qu’il y ait autorité ou hiérarchie pour les en empêcher. Et pourtant le moins qu’on puisse dire, c’est que le monde fraternel qu’oncle Ramon entrevoyait ne semble guère se matérialiser.

La situation à Bangui (1) illustre à la perfection combien le rêve anarchiste – et d’une manière plus générale, les idéologies individualistes et anti-institutionnelles – est fondé sur une prémisse fausse, à savoir, que la fraternité, l’empathie, la générosité sont naturelles à l’homme et que ce sont les sociétés aux institutions organisées et hiérarchisées qui les brident et corrompent. Alors que c’est exactement l’inverse : « homo homini lupus » (« l’homme est un loup pour l’homme ») écrivait Plaute, et on ne peut dire que l’observation des sociétés humaines au cours d’une longue histoire lui ait beaucoup donné tort. Le « bon sauvage » de Jean-Jacques Rousseau ou de mon oncle Ramon n’est qu’une vision de philosophe. Dans la réalité, les sauvages – ou les ensauvagés – sont au contraire extrêmement méchants. Et c’est bien la société, à travers des institutions qui permettent d’internaliser des règles de vie commune, qui nous rend meilleurs.

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