Hollande et les Cassandres - articles de J.Sapir

  • Par arsin
  • Le 22/03/2013
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Le FMI et l’aveu de François Hollande sur la croissance - par Jacques Sapir
Par Jacques Sapir, sur son blog
http://russeurope.hypotheses.org/
 
Alors que le Président François Hollande vient, enfin, d’admettre que la croissance sera bien plus faible que prévue, on peut s’interroger sur la confiance qu’ont mise dans les modèles économétriques, et en particulier le modèle développé par INSEE sous le nom de « Mésange » (ici), les principaux dirigeants de notre pays. La publication d’un document co-signé par Olivier Blanchard, économiste en chef du FMI, et Daniel Leigh, au début du mois de janvier 2013 (mais ce document circulait depuis l’été 2012) (ici) sur les erreurs dans les prévisions de croissance et le multiplicateur des dépenses budgétaires a été un événement important. Ce texte à apporté une caution académique (mais aussi politique) nécessaire à de multiples travaux publiés depuis 2010/2011 et qui mettaient en lumière les effets pervers des politiques d’austérité. Nous étions faits l’écho de ces travaux et nous avions par ailleurs fortement critiqué sur ce carnet les prévisions de croissance du gouvernement français[1]. 
La question du «multiplicateur des dépenses publiques » est, en effet, en train de prendre une nouvelle dimension, tant théorique que politique, avec la publication dans la série des « working papers » du FMI de plusieurs documents sur ce thème. Il faut savoir que l’on appelle « multiplicateur des dépenses publiques » (ou fiscal multiplier en Anglais) la valeur qui relie tout changement dans l’équilibre budgétaire (soit par modification des impôts soit par modification des dépenses publiques) à la variation de la croissance. Ce « multiplicateur » a été l’objet tant de travaux théoriques, essentiellement dans la lignée de la publication par Keynes de la Théorie Générale… en 1936, que d’importants travaux empiriques[2]. Il prend une dimension stratégique dès que l’on discute de l’application de politiques d’austérité. En effet, si la valeur de ce multiplicateur est inférieure à 1, ce qui était la position des principales institutions économiques internationales jusqu’en 2012, l’impact de mesures d’austérité sur la croissance est faible, et ces politiques peuvent connaître le succès. Mais, si cette valeur est élevée, entre 1,5 et 2,5 comme l’indiquent les travaux récents, les politiques d’austérité sont complètement suicidaires. On mesure alors l’importance politique d’un débat qui apparaît comme très technique dans sa forme. 
Le document co-signé par Blanchard et Leigh reconnaît donc que les valeurs du multiplicateur ont été massivement sous-estimées[3] dans les différents modèles de prévision utilisés tant par les gouvernements européens que par le gouvernement américain. Il analyse les erreurs de prévision qui ont été commises ces dernières années. De ce point de vue, il est incontestablement un apport positif au débat. Mais, ce même papier se refuse (pour l’instant) à mettre en cause la structure des modèles. Au cœur du problème, on trouve la question du réalisme des modèles dits Dynamic Stochastic General Equilibrium (ou Modèles d’Équilibre Général Dynamique à effets Stochastiques ou DSGE). Pourtant, ces modèles ont été très souvent et très largement critiqués depuis de nombreuses années[4]. Si le document de travail du FMI annonce une prise en compte plus réaliste de l’économie, on doit se demander si la tentative de sauver les modèles DSGE n’est pas porteuse en fait de catastrophes futures. En effet, la prise en compte d’une certaine dose de réalisme ne signifie nullement l’acceptation d’un réalisme scientifique comme critère méthodologique discriminant. 
I. Les modèles DGSE, l’économie « mainstream » et la question du « réalisme »
Lire la suite sur le site de Jacques Sapir
 
Le Président en enfant entêté - par Jacques Sapir
Par Jacques Sapir, sur son blog
http://russeurope.hypotheses.org/
 
Le Président de la République a, lors de sa visite du 23 février au Salon de l’agriculture, pris acte des nouvelles prévisions de croissance et de déficit pour 2013. Il a cependant maintenu les objectifs qu’il avait fixés à l’automne dernier. Dans la conférence de presse qu’il a faite, il a alors déclaré : « La trajectoire est bien celle d’arriver à un équilibre des finances publiques à la fin du quinquennat (…) Pour y parvenir, il n’est pas besoin d’ajouter de l’austérité en 2013 simplement tenir nos engagements ». Puis, revenant sur le propos : « Mais nous avons à donner des gages de sérieux budgétaire en 2014 et notamment des économies qui devront être faites dans tous les budgets, de l’État, des collectivités locales de la sécurité sociale pour que nous puissions continuer à réduire nos déficits publics »1. Il a aussi maintenu son objectif d’inverser la courbe du chômage, en d’autres termes d’arrêter la montée continue que nous connaissons et de commencer un mouvement de réduction, dès 2014 : « 2013 sera marquée par une progression du chômage. En 2014 nous serons sur une reprise.  À partir de là, nous pouvons commencer à créer de l’emploi »2. Tout montre que le Président et le gouvernement  entendent continuer la même politique, et ce en dépit d’une évolution de la situation toujours plus défavorable, mais qui était prévisible (et avait été prévu) depuis la rentrée 2013. 
La persistance dans l’adversité est une qualité. Elle est importante pour tout responsable. L’obstination peut même être en temps de crise une grande qualité. Mais l’entêtement infantile, celui qui vous fait vous crisper sur un objectif que vous savez inatteignable mais qui n’en est que plus désiré, qui vous fait perdre toute mesure et tout sens des réalités, est l’un des pires défauts que l’on puisse imaginer chez un gouvernant. François Hollande se veut persistant ; hélas, il n’est qu’entêté. 
Les prévisions de croissance, qui déterminent largement la trajectoire de réduction des déficits et de la dette, étaient connues dès le mois de septembre. Aux 0,8% de croissance qui, à l’époque, constituaient le credo du gouvernement et de ses représentants, les économistes pouvaient déjà rétorquer des chiffres bien plus faibles, compris en 0 et -0,5% (Quand le gouvernement marche sur la tête). La raison en était, et en est toujours, fort simple. Pour réduire le déficit au-dessous de la valeur de la croissance nominale, ce qui est la condition d’une réduction du poids de la dette en pourcentage du PIB, un gouvernement peut augmenter les impôts ou diminuer les dépenses ; le gouvernement français a choisi de faire les deux. Or, ces deux politiques ont un impact négatif de la croissance. En fait, celle-ci est liée à la pression fiscale comme au montant des dépenses par ce que l’on appelle le « multiplicateur des dépenses publiques », qui est et sera la grande vedette de l’année 2013 (Le FMI et l’aveu de François Hollande sur la croissance). Or, on sait depuis l’hiver 2010-2011 que la valeur de ce multiplicateur varie fortement suivant qu’un pays est en expansion ou en stagnation. Quand tout va bien, des valeurs inférieures à 1 sont la règle, en général autour de 0,5 à 0,6. Mais, quand on est face à des difficultés économiques importantes, la valeur de ce multiplicateur augmente fortement, pour atteindre de 1,5 à 2,5. En fait, il a été calculé à 1,7 en Espagne et à 2,1 en Italie. Un taux de croissance de 0,8% en 2013, compte tenu des augmentations d’impôts et  des réductions de dépenses publiques qui étaient engagées, était compatible avec une valeur de 0,5, mais pas avec des valeurs supérieures à 1. Un calcul réalisé à partir d’une valeur de 1,4, soit un chiffre inférieur aux chiffres Espagnols et Italiens, et se situant à la limite basse des études économétriques, donnait une croissance à 0%. C’est ce qui fut publié sur ce carnet dès octobre 2012. 
Par ailleurs, les prévisions pour 2014 n’étaient pas bonnes à cette époque, et n’ont pas connu d’amélioration depuis. L’économie française, et européenne, ne peut être tracté que par l’économie américaine, et marginalement l’économie chinoise. Or, la croissance aux Etats-Unis est décevante (guère plus de 2% et sans doute moins en 2013-2014) tandis que les chiffres chinois incitent eux aussi au pessimisme. La conjoncture étant déprimée en Europe du fait même des politiques d’austérité qui sont largement soutenues par les pays d’Europe du Nord, l’estimation la plus optimiste que l’on puisse faire pour 2014 est d’une croissance de 0,5%. Il est cependant plus probable qu’elle sera inférieure à ce chiffre, et ceci d’autant plus que le gouvernement français envisage dès aujourd’hui de nouvelles coupes dans les dépenses publiques. Rappelons que si l’on réduit les dépenses de 10 milliards d’euros en 2013-2014, soit 0,5% du PIB, on diminuera la croissance de 0,7% à 0,9% (suivant que le multiplicateur sera de 1,4 à 1,8). La Commission Européenne prévoit d’ailleurs que le déficit du budget de la France pour 2014 sera de 3,9% si rien n’est fait. C’est un pousse-au-crime, une incitation à mettre en œuvre des mesures d’austérité supplémentaires. Considérer que la croissance est simplement « reportée » d’une année est une caractéristique de l’entêtement, une lubie qui ne s’appuie sur aucune base sérieuse. Et c’est l’un des raisons pour lesquelles on peut affirmer que François Hollande n’est pas persistant mais entêté. 
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