Indigne - par Edgar

  • Par arsin
  • Le 17/10/2013
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Par Edgar, sur son blog

Le point de vue d'Edgar sur l'expulsion de la jeune Leonarda, réfugiée kosovare. Et une réflexion insoluble sur la nécessité du respect des lois et le devoir de justice.

Voir aussi, sur le déroulement des faits, l'article de David Desgouilles sur Antidote.

Un lecteur m'indique en commentaire que l'expulsion de la famille de Leonarda s'étant faite dans les règles, un républicain ne peut que plier aux lois. L'argument n'est pas faux. Moi-même je supporte difficilement les faucheurs d'OGM et autres démonteurs de McDo, que je tiens pour des partisans de l'autodéfense. Le champion des républicains ainsi définis serait donc Socrate, qui accepta de mourir pour se conformer aux lois.

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Pour rester dans un champ très théorique et pas très fin, on pourrait dire que face à Socrate (et Créon), il y a Antigone, qui demande l'application de droits naturels, sacrés, supérieurs au règles humaines. Derrière, et plus tard, il y a tout un courant de la philosophie politique que je connais moins, assez américain, qui prône la désobéissance civile. A mon sens, ça aboutit à des courants ultralibéraux type Nozick et autres, que je n'ai jamais pris au sérieux.

On est là dans une opposition théorique (et très schématisée). Mais l'idée que des droits supérieurs existent au delà du droit positif, et que la conciliation de ces différents ordres de droits est nécessaire, est tout de même compatible avec la République. C'est cette idée qui préside en effet à la déclaration de droits de l'homme, valables partout et en tout temps.

Un texte de forme républicaine peut donc s'avérer contraire à des principes fondamentaux de la république. La créativité d'instances comme le Conseil constitutionnel conduit même souvent à ajouter des principes nouveaux, parfois contestables, opposables aux décisions pourtant prises légalement.

En l'occurrence, je ne crois pas qu'un droit de l'homme ait été violé, encore que. On pourrait rappeler que "Tout homme étant présumé innocent jusqu’à ce qu’il ait été déclaré coupable, s’il est jugé indispensable de l’arrêter, toute rigueur qui ne serait pas nécessaire pour s’assurer de sa personne, doit être sévèrement réprimée par la Loi." (Article 9 de la déclaration de 1789). On voit mal comment arrêter un bus de lycéens serait une rigueur nécessaire pour s'assurer de la personne de Leonarda.

Par ailleurs, et presque accessoirement, mon billet n'invitait pas à violer la loi.

Je ne faisais qu'avancer mon point de vue, qui est que de tels moyens sont indignes.

Quelle est, au delà du mouvement instinctif de rejet, celui de la  belle âme ou du bisounours, la règle qui pourrait s'opposer à de telles expulsions ?

Pour moi elle est assez simple : des enfants scolarisés en France ne sont pas expulsables, ni leurs parents. Je sais que je vais là bien au delà des textes existants, mais on a le droit de vouloir changer le droit.

Dans l'histoire de Leonarda ce qui est choquant est que dans le même temps où le ministre de l'intérieur estime que les roms ne sont pas intégrables, ses services font expulser des enfants dont certains sont scolarisés depuis quatre ans, prouvant par là, au minimum, une certaine volonté d'intégration.

Où est la logique ? Pourquoi financer quatre années d'études pour finir par expulser au beau milieu d'une sortie scolaire ? Certes, Leonarda n'était pas seule et on ne peut juger de "l'intégrabilité" de toute une famille à la lecture de témoignages concernant un seul de ses membres. Mais j'ai tendance à penser que des parents qui scolarisent leurs enfants dans les règles sont dignes à la fois de rester et de pouvoir éduquer des enfants qui ont entamé leur formation de citoyen (j'avais écrit quelque chose de très proche en 2008, "la mère patrie qui expulsa tes parents").

Tout ça peut paraître un peu bisounours, mais ne repose pas non plus complètement sur de l'irréalisme. Je suis bien conscient que la France ne peut accueillir toute la misère du monde, ni d'ailleurs être asphyxiée économiquement par des politiques économiques ineptes. Je ne dédaigne pas de prendre en compte les réalités concrètes.

Plus profondément, je suis convaincu qu'un corps social se doit d'abord de penser à sa préservation avant de pouvoir s'ouvrir à d'autres. Si la France avait le courage, les moyens, l'intelligence nécessaires pour se défendre contre l'euro et les politiques européennes démentes, je suis persuadé qu'elle aurait la générosité de ne pas se poser la question d'expulser des Leonarda.

Je refuse l'opposition simpliste entre une générosité inconséquente et un réalisme qui ne pourrait conduire qu'à la raideur la plus abrupte.


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