L'art d'ignorer les pauvres - par L'Oeil de Brutus

  • Par arsin
  • Le 30/10/2012
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Par L'Oeil de Brutus, sur son blog

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L’ART D’IGNORER LES PAUVRES

John Kenneth Galbraith, Laurent Cordonnier, Jonathan Swift, Serge Halimi (biographies succintes disponibles en fin d'article).

Editions des liens qui libèrent, 2011. Disponible ici.

 

 Préfacé par Serge Halimi, L’Art d’ignorer les pauvres est un recueil de trois textes, deux récents (Galbraith et Cordonnier) et l’autre beaucoup plus ancien (Swift) dans lesquels les auteurs s’attachent à dénoncer avec ironie le cynisme de l’approche libérale des « pauvres »[i].

DEVELOPPEMENT.

Ce cynisme n’est absolument pas nouveau. Halimi relève que pour l’un des pères fondateurs des Etats-Unis d’Amérique, Benjamin Franklin, « plus on organise des secours des services publics pour prendre soin des pauvres, moins ils prennent soin d’eux-mêmes et naturellement, plus ils deviennent misérables. Au contraire, moins on fait pour eux, plus ils font pour eux-mêmes, et mieux ils se tirent d’affaire ». En somme, il faut donc laisser les pauvres mourir de faim pour qu’ils puissent s’enrichir et par cet étrange tour de passe-passe l’avarice devient une forme de générosité humaine et d’aide sociale (page 11).

Mais cette dénonciation de l’assistanat peut aussi relever d’une stratégie avisée : diviser les salariés pour éviter qu’ils ne se retournent contre le patronat en faisant des plus faibles d’entre eux (les chômeurs, mais aussi éventuellement les immigrés) des boucs émissaires (page 16).

 

John Kenneth Galbraith introduit son article(éponyme de l’ouvrage) par une citation de Plutarque : « le déséquilibre entre les riches et les pauvres est la plus ancienne et la plus fatale des maladies des républiques » (page 22). Pourtant, Jeremy Bentham, un contemporain d’Adam Smith, prenait l’exact contre-pied dans une formule qui allait profondément marquer les libéraux britanniques : il peut être utile pour le fonctionnement de la société qu’il y ait un grand nombre de pauvres pour une faible minorité de très riches (page 23). Robert Malthus, quelques années plus tard, fait tomber la responsabilité de l’existence de la pauvreté sur les pauvres eux-mêmes du fait de leur fécondité élevée qui serait due à leur intempérance sexuelle. Les riches n’en sont nullement responsables et Malthus rajoute ici un aléa moral sur les épaules des défavorisés[ii]. Au milieu du XIXe siècle, Herbert Spencer développe aux Etats-Unis la notion de darwinisme social : si les pauvres sont pauvres, c’est une simple loi naturelle et leur élimination ne peut qu’améliorer la qualité de la famille humaine (page 24). Le libéralisme moderne a émis un nouvel argument contre toute aide social : l’assistance aux démunis relève toujours plus ou moins de l’Etat, or, pour les libéraux, celui-ci est par nature inefficace et incompétent ; en conséquence, en venant au secours des pauvres, il ne ferait qu’aggraver leur sort (page 26). Pourtant, il n’a jamais été démontré que leur sort s’améliorait dès lors qu’on supprimait tout aide publique (page 28).

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