L'esprit petit-bourgeois contre la patrie - par Boreas

  • Par arsin
  • Le 07/05/2012
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Par Boreas, sur son blog

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Ça y est, c'est le triomphe de Flamby

Moi qui ne regarde plus guère la télé, j'ai fait exception hier soir, pendant un petit quart d'heure à partir de vingt heures, histoire de voir des nigauds se congratuler et d'autres, en tous points semblables pourtant, verser leur petite larme de tristesse. Histoire de vérifier si cette comédie éternelle des dupes électorales était réelle, était encore possible.

Est-ce cet éloignement de la télé qui m'a rendu sensible à un élément particulièrement frappant à mes yeux, ou bien cet élément est-il si frappant qu'il est simplement logique qu'il m'ait littéralement bondi à la figure ?

 

Je n'ai vu partout que confort matériel et bonne conscience.

Entre la midinette Neuilly-Auteuil-Passy venue pleurer à la Mutualité sur le sort injuste de Ni-co-las et la petite pétasse de la Bastoche, glapissant des « c'est trop géniaaal » à l'adresse de son Fran-çois en guettant l'approbation de ses copains et copines, elle est où, la différence ?

Y en a pas, je vous dis.

Tous, ces braves couillons se ressemblent comme deux gouttes d'eau.

Ils ne veulent, tous, que l'avènement bisounours de leur idéal.

Et leur idéal, quel est-il ?

Que rien ne change, ou que quelque chose change dans le sens de leur confort et de leur bien-pensance conditionnée par les mythes du progrès et de la fraternité universelle, mais sans la moindre conscience que ce qui va leur arriver en pleine gueule, ce n'est pas du tout ce qu'ils connaissent, c'est-à-dire le bien-être et la bonne conscience, mais le tsunami de la crise.

Parce qu'à les voir, ces andouilles formatées consommatrices de mirages, ces anencéphales virtuels qui n'ont de jeune que le visage, ces profiteurs de quelque chose qu'ils n'ont pas gagné mais dont ils ont hérité en croyant y avoir droit, ils ne se doutent vraiment de rien.

A force d'être nantis, gâtés, d'adhérer aveuglément au discours poisseusement rassurant de leurs parents et aînés petits-bourgeois tout en s'offrant des crises d'adolescence adoubées par le système, ils sont arrivés à l'âge du vote comme on arrive au Virgin Mégastore, guidés par la pub et cornaqués par le marketing.

Et qu'ont-ils fait, ces ignares innocents ? Ils ont voté pour l'un des deux produits en tête de gondole, tiens. Fallait pas rater la promo, sinon on passait pour un guignol aux yeux des copains.

Jamais leur milieu d'origine ne les a avertis de la possibilité d'un bug dans la matrice, d'une usure du disque dur, d'une obsolescence du navigateur.


D'ailleurs, le réel, qu'en reste-t-il quand on ne sait de l'existence que la certitude d'un repas trois fois par jour, d'un cocon douillet pourvu d'un lit moëlleux, de toutes les commodités modernes et d'un plan épargne logement alimenté par papa-maman depuis ses huit ans ?

Il n'y a qu'à la télé qu'on voit de la misère et de la violence. Dans la rue, on ne donne pas aux SDF dont on plaint la condition sur les réseaux sociaux, on détourne les yeux dans le métro quand une brave dame se fait bousculer par des australopithèques nécessairement atypiques par rapport à la grande fraternité universelle tant vantée par les autorités morales battant estrade dans tous les azimuts.

Tout cela n'est pas réel. Tout cela ne peut pas l'être, car on ne le vit pas, on ne l'expérimente pas vraiment, on ne le voit que comme une image dans le flux du kaléidoscope quotidien. Ne sont réels que le confort et les bonnes intentions, dont on souhaiterait sincèrement qu'ils soient partagés par tous... surtout s'ils pouvait être financés par d'autres que soi.

Dans les rassemblements de soutien à François Hollande et à Nicolas Sarkozy, il n'y avait hier soir, à part des clients « issus de l'immigration », que des petits-bourgeois sans réelles difficultés socio-économiques.

Les autres - car il y en a, eh oui mes agneaux encore protégés -, ayant voté ou pas, ils sont restés chez eux. A condition d'avoir un toit.


Faut-il se réjouir de ce que 80 % des électeurs inscrits soient socialement des petits-bourgeois (les fameuses classes moyennes) et que (au pifomètre) au moins 50 % le soient en esprit ? Que seuls 20 % ne soient pas allés acheter les promos en tête de gondole ?

Oui, sans doute, si on est bienveillant. Car cela veut dire que quatre Français sur cinq, à peu près, n'ont pas trop de problèmes matériels et que, malgré leur motivation électorale, la situation de la société française n'est pas si mauvaise dans l'immédiat. Sans parler de sa bonne volonté, pleine de générosité et d' « ouverture », comme disent les zélites genre BHL ou Nelly Kapriélian, racistes primaires eux, qui cherchent à tout prix à faire passer le peuple français pour xénophobe, alors pourtant qu'il est surtout plus lucide, en théorie, qu'on ne pourrait le penser.

Mais qu'en est-il, réellement ? Derrière la vitrine des fans juvéniles du nabot et de Flamby, caché quelque part loin des petits-bourgeois soutiens du Virgin Mégastore un jour de promos, y a-t-il vraiment un peuple ? Et les 80 % de votants sont-ils tous venus pour faire une affaire ?

Eh bien, peut-être y a-t-il un peuple, et peut-être a-t-il conscience, majoritairement même, de ne pas faire une affaire, même parmi les 80 % de votants. J'ai déjà évoqué ici le fait que la cote de confiance des partis politiques n'est que de 12 %. Et il est révélateur de constater que 38 % des électeurs de François Hollande au premier tour ont voté contre un autre candidat. Sans doute, au deuxième tour, une bonne partie de ses voix lui sont-elles échues pour la même raison protestataire. Et sans doute en a-t-il été de même pour Sarkozy, en sens inverse.

Malgré tout, le fait que tous ces votants, souvent plus clairvoyants qu'on ne le croirait, aient choisi l'une des deux illusions présentées par le système partitocratique pour assurer sa continuité, témoigne d'une crédulité encore bien ancrée dans ce domaine, d'une louable foi en une démocratie depuis longtemps disparue derrière les rideaux de la société du spectacle...


Il y a quand même, dans la montée historique des votes blancs (7 % des suffrages) qui nous dotent d'un nouveau président même pas élu par la moitié des votants, dans l'ampleur de l'abstention (20 % des inscrits), quelques raisons d'espérer. D'espérer en une nécessaire radicalisation des mécontentements, mais pas de se réjouir. Car l'abstention et le vote blanc témoignent également d'une souffrance et d'une désespérance.

Il reste que l'acteur majeur du système, son principal soutien, reste petit-bourgeois. Jeune, vieux ou entre deux âges, son confort encore préservé et sa bonne conscience pleine de générosité à bon compte le conduisent à se réjouir, ou à s'attrister, du résultat d'une élection dont, pas plus que du reste du spectacle qui se joue sur la scène et de la tragédie qui se prépare en coulisses, il n'a encore compris qu'il est destiné à être la dupe et, en définitive, la victime.

A moi qui suis convaincu de ce qu'une révolution est inévitable dans notre pays - et ailleurs en Europe - la télé a confirmé hier soir, une fois de plus, à travers les images de ces profiteurs et soutiens du système, les conditions essentielles de la réalisation d'un pareil bouleversement : l'effondrement économique, l'écroulement de l'Etat-providence, la paupérisation de la petite-bourgeoisie et la souffrance sociale. A défaut, les illusions de tous ces braves gens crédules ne se dissiperont jamais.

Cela ne me fait aucun plaisir.

Pas plus que quiconque de sensé et surtout, d'humain, je ne souhaite le malheur à mes compatriotes.

Mais s'il est nécessaire d'en arriver là (et je n'y serai pour rien, qu'on ne m'accuse pas de cynisme), ce sera simplement la preuve que la réalité, que l'expérience vécue, est toujours plus instructive que toutes les théories, que toutes les idéologies.

De toute manière, nous n'avons pas le choix. Il n'y aura pas de redressement, le système ne se sauvera pas de l'effondrement. C'est la révolution ou, à terme, notre disparition en tant que peuple (sans même parler de souveraineté politique).

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