L'Or des fous, de Gillian Tett - par Pablito Waal

  • Par arsin
  • Le 11/08/2012
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Par Pablito Waal

http://www.librairiepantoute.com/img/couvertures_300/9782914569668.jpgAu sujet de la crise financière, nous avions déjà parlé du livre de Pierre Jovanovic, sur Blythe Masters, avec un avis pour le moins mitigé. Le livre de Gillian Tett, anthropologue de formation devenue journaliste financière au Financial Times, est d’une autre trempe, très nettement plus recommandable.

Tett y fait le contraire de Jovanovic : plutôt que de se focaliser (voire s’obséder dans le cas du journaliste d’Ici et Maintenant) sur une seule personne qui serait à l’origine de la Crise, elle commence par voir les financiers, du moins les concepteurs des produits en plein boom à la fin des années 1990 (dont les dérivés…), en tant que groupe social. Un groupe composé au tournant du millénaire de petits génies des mathématiques de la JP Morgan, dans une ambiance de fête de promotion permanente. Car leurs inventions allaient ouvrir des espaces virtuellement infinis pour la finance, en supprimant quasiment la peur fondamentale de tout créancier : le défaut du débiteur.

Il serait vain de résumer point par point un livre aussi riche en faits. Mais l’histoire des subprimes est, dans le récit de Tett, un exemple de sociologie détonante. Après les mathématiciens tels que David Li, inventeur de la « copule gaussienne », viennent les directeurs qui autorisent la mise en vente de produits dont les fondements statistiques sont pour le moins précaires, reposant sur quelques années d’historique…Franchement peu pour estimer le risque d’un produit…Mais ce ne sont pas les questions que se sont posés les commerciaux, qui ont inondé le marché, avec des produits dont on ignorait (ou méprisait) la complexité. D’autant que certains de ces dérivés, ceux classés séniors, fonctionnent sur le principe de la bombe atomique : quasiment sûrs en théorie, ces titres deviennent imprévisibles dans leurs réactions en chaines quand le défaut censé être quasiment impossible se produit. Jouent également les banquiers centraux, les syndicats d’établissements financiers comme la SIFMA américaine, et le mépris du souvenir des crises précédentes (celle du Japon des années 90), puisque, grâce à l’innovation financière, « cette fois, ce sera différent… ». En effet, ce sera pire.

Le grand mérite du livre de Tett, outre sa vision globale du sujet, c’est que, malgré son titre (un peu racoleur comme le marché du livre l’oblige souvent), on n’y tombe pas dans la figure du ou des grands méchants expliquant tout. Et, comme elle le dit dans sa conclusion, et que Brutus le ré-explique dans son dernier article, qu’il faut resituer l’économie comme une science humaine, et la finance comme un milieu fonctionnant avec ses croyances, ses rapports de force indépendants à la supposée rationalité globale du secteur. Secteur financier qui a ses perdants et ses vainqueurs… En l’occurrence, à la fin du livre, ceux que l’on trouvait au départ : JP Morgan, malgré la débâcle général du secteur, a largement accru sa position dans le marché des dérivés.

 

Alors, pourquoi ne voudraient-ils pas recommencer ?

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