La bouffonnerie historique de Jean Robin (II) - par Pablito Waal

  • Par arsin
  • Le 13/11/2012
  • Commentaires (1)

Par Pablito Waal, en tribune libre

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Lire la première partie


Suite des extraits de la thèse de Robert Frankenstein de 1980 :

"La pauvreté des équipements et des investissements

La première de ces entraves est l’inadaptation des outillages et des installations. Les équipements des usines Schneider sont affectés d’un coefficient de 80% de vétusté par la commission paritaire d’évaluation au moment de la nationalisation, et les machines ont très fréquemment trente ans d’âge. Daladier est « stupéfait » pendant ses visites d’usine d’armement de « constater que, très souvent, le travail à la lime avait une importance plus considérable que le travail des machines.

En 1936, la firme Dewoitine ne dispose que de 7 tours, 3 fraiseuses et 2 étaux-limeurs. D’une façon générale, chez les « avionneurs », les pièces chaudronnées ne sont pas fabriquées à la machine, mais découpées à la cisaille et formées au marteau sur des formes en bois. C’est dire le caractère artisanal de l’industrie aéronautique française à la veille de la nationalisation. Composée d’une quarantaine d’entreprise qui se disputent par l’intrigue les faveurs de l’Etat, elle n’a pas suivi, contrairement à l’industrie automobile, la révolution de la machine-outil : là où il fallait 900 heures de travail pour fabriquer une carrosserie en 1920, il n’en faut plus que 95 en 1937 : il n’y a aucun progrès équivalent de la productivité avant 1938 dans l’industrie de l’aviation. »

Qu’est-ce qui a provoqué la défaite française en mai-juin 1940 ?

Le point totalement snobé par Jean Robin, et pourtant fondamental : la défaite française n’est en rien due à l’insuffisance de l’équipement, mais à des erreurs organisationnelles et stratégiques. Au premier rang desquelles, non pas la ligne Maginot, qui a très bien joué son rôle, mais l’insuffisance de celle-ci. Ce qui a permis aux chars de Guderian et Rommel de passer par les Ardennes, là où l’état-major français considérait que le passage des chars était impossible, et alors que les forces franco-britanniques s’étaient portées au secours des belges, dont la résistance aux nazis aurait permis nombre de manœuvres.

Dans la réalité, l’état-major français choisit de revenir le Sud en grand désordre. Occasionnant une perte de matériel largement évitable, ainsi que la décision du retrait des britanniques, considérant que le commandement français n’était pas sérieux. Jacques Belle estime que les forces franco-belgo-britanniques auraient pu rester en Belgique et repousser par d’autres corps d’armée le « coup de faucille allemand » (cf. carte ci-dessous).

Techniquement, l’armée française était capable d’affronter la Wehrmacht, et les batailles de Stonne et de Dunkerque en attestent. Toujours selon Roland Hureaux :

 

« Le bilan est là pour l’attester : en 45 jours, 552 900 soldats furent tués ou blessés dans les deux camps,  dont 342 000 Français. Pour la France, 92 000 morts  au champ d’honneur, pour l’Allemagne, 50 000, plus qu’à aucun moment  de la première guerre mondiale.  Les pertes quotidiennes allemandes y furent supérieures à celles de la campagne de Russie  de 1941. Sur les 3000 chars allemands, 1100 furent  détruits ou endommagés, principalement par les Français ; sur les 4000 avions allemands, 1400  furent mis hors de combat par les Français et les Anglais,  autant  qui manquèrent à la Luftwaffe dans la bataille d’Angleterre trois mois après. »

 

Pour les causes organisationnelles, on notera selon Thucydide.fr : « le schéma tactique français comporte de sérieuses faiblesses. D’abord, les chars ne sont pas utilisés au mieux puisqu’ils en sont réduits à n’être que des supports à l’infanterie et sont dispersés dans les différentes unités alors qu’ils devraient être concentrés dans des unités spécifiques, comme le colonel de Gaulle l’avait souhaité en 1934 dans son livre Vers l’armée de métier. Ensuite, l’aviation est le parent pauvre de l’armée, cantonnée à un strict rôle d’observation ».

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La carte est extraite de L’Histoire, avril 2010, n° 352, p. 53. Les deux flèches vertes principales montrent bien le « coup de faucille » opéré par les armées allemandes.

 

Malgré cela, même en Juin 1940, un sursaut aurait été possible, pour profiter des lacunes allemandes en carburant, et évacuer plusieurs centaines de milliers de combattants vers l’Afrique du Nord et continuer la lutte aux côtés de l’Empire Britannique. C’est d’ailleurs l’hypothèse fictionnelle que plusieurs historiens et chercheurs ont élaborée pour bâtir une uchronie réaliste « 1940 : la France continue ». L’armistice et la collaboration sont donc assimilables, bien plus qu’à un évènement militaire, à un coup d’état fomenté par des militaires fort peu républicains, et soutenus par une partie de la gauche pacifiste, ainsi que par une partie de la droite (6).

 

Conclusion

 

Toujours en quête d’un buzz facile, l’éminent « journaliste »-éditeur a voulu pondre un monument de critique politique et historique. Si l’on se base sur cet extrait, il nous livre un travail hâtif, reprenant en partie des thèmes déjà parus sur Enquête & Débat. Alors gardez votre argent. Et surtout, rappelez-vous que la principale fonction d’un intellectuel, c’est non seulement de se souvenir des faits, tous les faits pertinents, mais surtout de les analyser, au sens étymologique : séparer les choses différentes.

A Jean Robin, qui se plaint de n’être point invité sur les plateaux de télévision ou dans les radios,  alors qu’il a commis XX (7) livres, on peut lui assurer que son dernier ferait mieux de ne pas être mis dans la balance.

Pour finir, nous offrons au lecteur quelques citations du même personnage, et nous le laisserons se faire une idée de la profondeur de la réflexion qu'elles illustrent :

" [...] on peut se demander si la gauche de 2012 n’est pas en train de commettre vis-à-vis de l’islam la même erreur que commit le Front populaire face au nazisme ?"

"La gauche ce fut aussi et surtout le Front populaire, et ce cher Léon Blum, qui est en grande partie responsable de la Shoah."

 

(1)    Ayant réalisé une interview de Jean Robin fin Août, le Cercle des Volontaires ne l’a toujours pas diffusée. Ce qui est le droit le plus total des animateurs du Cercle (qui annoncent cependant que l’interview sera diffusée, mais qu’il y a plus urgent). Jean Robin, furieux, les traite de « censeurs ». Il a juste oublié que lorsque l’on confie des propos et images à des journalistes, on leur donne le droit de les diffuser…ou pas. On ne peut parler de censure que lorsque :

- les auteurs du message et ses diffuseurs étaient d’accord pour diffuser le message, et qu’une autorité externe (l’Etat, ou une connivence d’intérêts privés) fait pression pour l’empêcher ;

- on se fait priver du droit de s’exprimer dans un cadre où on avait une légitimité pour le faire. Par exemple, tout citoyen a le droit de s’exprimer dans l’espace public, dans la rue par exemple, en respectant certaines lois. On a le droit à la parole dans une association ou parti politique où l’on est membre et cotisant. En revanche, on ne peut pas exiger d’un média privé particulier ou d’un lieu privé qu’il vous ouvre ses portes. Je suppose que Jean Robin ne serait pas spécialement d’accord pour me prêter sa maison pour que j’y tourne des spots pro-communistes…

On peut cependant faire un amendement au dernier point : si on constate que l’audience médiatique est captée par quelques grands médias privés (ou publics, minoritaires en France), et que ceux-ci ont tendance à inviter les mêmes personnes et passer sous silence des idées, il serait pertinent que la collectivité impose par la loi des séquences de libre antenne où les invités ne seraient plus choisis par le média mais par tirage au sort ou pétitionnement. Mais cette entorse à la propriété ne trouve de légitimité que si elle est votée par la collectivité et qu’elle s’applique de manière égale sur tous les médias d’une certaine taille. Cela ne changerait rien au fait qu’une personne particulière ne peut exiger d’un média particulier qu’il lui ouvre ses portes.

(2)    L’application consistant à relever des infractions à la loi (tapage, non respect de la loi Evin, mal stationnement, port de la burqa) a fait son gros buzz il y a quelques semaines. Certes, ce n’est pas légalement de la délation, puisque les relevés faits par les utilisateurs de Iphone ne sont pas nominatifs. Ma première réaction a plutôt été que cette « innovation »…ne sert strictement à rien. Parce qu’il n’y a aucun moyen de vérifier les faits, ni que les « dénonciateurs » ont bien interprété la loi, ni que les « signalements » soient représentatifs de la répartition réelle des infractions…Bref, il est impossible de baser des statistiques fiables sur cette application. Des tentatives de cartographies scientifiques de la délinquance, il y en a, par exemple par les enquêtes de victimation. Robin estime que le but principal de son application serait d’alimenter un débat sur l’application réelle de la loi. En se basant sur le présupposé que « si la loi est fréquemment violée, c’est qu’elle est mal appliquée ou même est inapplicable » hautement fallacieux. Ce n’est pas parce que plus de 600 personnes sont assassinées chaque année en France que la loi interdisant le meurtre ne sert à rien. L’utilité d’une loi ne se mesure pas au fait que l’acte qu’elle interdit ait totalement disparu, mais qu’il ait diminué en fréquence, ou du moins que les actes aux conséquences les plus redoutées aient décru. Une véritable estimation de l’utilité et de l’application d’une loi consisterait plutôt à estimer, de façon fiable, l’occurrence d’un phénomène avant son interdiction, puis après.

(3)    Sur cette page, Jean Robin, en se basant sur une source de deuxième main (“La littérature oubliée du socialisme”, livre de 1999), affirme que Marx et Engels auraient médité le génocide de peuples d’Europe Centrale, se demandant « comment se débarrasser « de ces peuplades moribondes, les Bohémiens, les Corinthiens, les Dalmates, etc.  ». Cette citation proviendrait de Révolution et contre-révolution, publié en 1852, et que Robin impute à Marx (Engels en fait). Sauf que…Robin aurait pu aller consulter les textes originaux de ce livre d’Engels, par exemple ici. Dans ce chapitre consacré aux Polonais, Tchèques et Allemands, Engels parle bien de  « la nationalité tchèque mourante »…Mais le contenu du texte est bien différent. Engels décrit le contexte d’une nation allemande (pas encore unifiée par la Prusse) en ce milieu de XIXème siècle, en pleine expansion économique, culturelle, démographique. Si l’on peut constater quelques stéréotypes favorables aux allemands (industriels et commerçants) contrairement aux juifs qui occupent les fonctions de prêteurs et les slaves principalement agriculteurs, et plus généralement un parti-pris grand-allemand à replacer dans l’époque, à aucun moment il n’est question d’exterminer les populations slaves. Engels pense que, à l’instar des minorités slaves de Prusse, qui ont été intégrées démographiquement et culturellement aux allemands, submergés par le nombre, les tchèques, slovaques et autres slaves seront absorbés par les allemands et les magyars. Dans une partie suivante du texte, Engels voit dans les russes la seule partie « énergique » de la « race slave »…Une certaine clairvoyance puisque c’est la Russie, sous le nom d’URSS, qui mettra fin à l’expansion allemande à l’Est en 1945. Comme quoi, n’en déplaise à Robin, Marx et Engels ne se sont pas trompés sur tout…

(4)    Alors que c’est justement au PCF que l’on doit, dans les années 70, la non-émergence d’un mouvement politique maoïste en France (contrairement à ce qui se passa aux Pays-Bas), les militants PCF faisant parfois passer le message aux maoïstes à coups de batte. Pour rappel historique, la rupture entre la Chine et l'URSS s'amorce en 1960, et est officialisée internationalement en 1963. Maurice Thorez choisit le camp soviétique en 1962, et le PCF avec lui l'année suivante. Les "pro-chinois" tendront de fait à s'exclure ou être exclus du Parti par la suite. Dès 1964, les maoïstes créent la Fédération des Cercles Marxistes-Léninistes (FCML), qui deviendra Mouvement Communiste Français Marxiste Léniniste (MCFML) en 1966, puis parti (PCMLF) en 1967. La Chine maoïste le reconnaît comme parti "légitime" (du mouvement communiste français) en 1968. Dans ces conditions, assimiler la gauche française, ou même le PCF, au maoïsme est litigieux : le PCF a soutenu la Chine Populaire tant que celle-ci était l'alliée de l'URSS.

(5)    Procès ayant eu lieu au printemps 1942, au cours duquel le régime de Vichy accusa les dirigeants du Front Populaire, Léon Blum en premier lieu, d’avoir causé le désastre de 1940. Les accusés sachant se défendre, le procès tournant à la confusion, les allemands, agacés, poussèrent Vichy à l’interrompre.

(6)    Rappelons aussi que le vote des pleins pouvoirs à Pétain par l’Assemblée Nationale, le 10 juillet 1940, a suscité un autre mythe : « l’Assemblée de gauche qui a institué Pétain »…en oubliant que sur 907 parlementaires inscrits en 1939, plusieurs centaines d’entre eux étaient soit absents, soit destitués (les communistes en septembre 1939, suite au pacte germano-soviétique), soit abstentionnistes. Sur les 569 votes « oui » aux pleins pouvoirs, il y eut une moitié de « droite » (283) et une moitié « de gauche » (286). Les votes « non » vinrent largement (73 sur 80) de la « gauche ».

(7)    13 précisément. Dont 8 édités par lui-même (éditions Tatamis), avec des titres comme « Experto. 1001 classements pour devenir un expert » (2007 ; j’ignorais qu’on puisse être expert en récitant des classements) ou « Les meilleures facebookeries » (2010). On peut donc saluer un talent de commercial, à défaut d’intellectuel.

France 1940 Blum Front populaire gauche droite socialisme nationalisation armement défaite chars avions Jean Robin journaliste buzz

Commentaires (1)

1. bernard (site web) 01/03/2013

Voici un site démontrant que Jean Robin est un imposteur : http://leclownjeanrobin.blogspot.fr

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