La France, perdante de la mondialisation ou de l'Euro ?

  • Par arsin
  • Le 23/01/2018
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Cet article est une réponse publiée sur Quora, en réponse à la question : "Pourquoi la France est-elle une “perdante” en ce qui concerne la globalisation / mondialisation ?"

Globalement, la France n’est pas vraiment une perdante de la mondialisation, que celle-ci soit considérée comme commençant depuis les années 1970 (avec l’émergence économique du Japon, de la Corée du Sud, de Hong Kong, Singapour et Taïwan), ou des années 1990 (avec la fin du bloc Soviétique et l’émergence massive de la Chine en tant que puissance exportatrice).

Elle a connu de belles périodes de croissance à la fin des années 1980, puis à la fin des années 1990 et au début des années 2000.

Prenons quelques chiffres, sur l’indicateur le plus pertinent : le PIB par tête en PPA et en monnaie constante, autrement dit le revenu statistique moyen du pays rapporté au nombre d’habitants.

(PPA = parité de pouvoir d’achats, soit un ajustement des revenus de différents pays pour éviter que la comparaison ne soit faussée par les différences de niveaux de prix pour les mêmes biens et services d’un pays à l’autre)

(monnaie constante : pour éviter d’inclure l’inflation dans les variations)

Et comparons la France avec des économies comparables (Allemagne, Italie, Royaume-Uni).

Graphes 4 pays pib 1990 2018

https://www.google.fr/publicdata...

Le PIB par tête français a augmenté de 14% entre 1994 et 2000 (de 30 500 dollars à 34 900).

Puis de 7% de 2003 à 2007.

Par comparaison avec les autres courbes, la France s’en sort aussi bien que l’Allemagne (et même un peu mieux sur 1994–2007) et l’Italie. Le Royaume-Uni a progressé plus vite en revanche.

Au niveau du commerce extérieur, la France se portait plutôt bien également, avec des excédents conséquents vers 2000 et toujours une balance commerciale positive jusque vers 2003–2004. Il faut dire qu’à l’époque, soit dans les premières années de l’Euro (depuis 1999), la monnaie unique était faible face au dollar, et ne renchérissait pas les exportations françaises.

Voici un graphe du rapport Euro/dollar depuis 1999 :

Eurodollarecb

Euro/dollar — Wikipédia

Donc la mondialisation n’a pas, globalement, été mauvaise pour la France.

Le véritable problème fut ce qui s’est passé après 2007.

Tout le monde connaît la crise démarrée en 2007–2008. La mondialisation financière en est partiellement responsable en ayant favorisé la diffusion internationale de véhicules financiers aux risques sous-estimés - ou ignorés volontairement. Les causes ultimes sont très discutées - crise immobilière américaine, actions de l’Etat fédéral US,… .

Mais surtout : depuis 2007, la France est quasiment en stagnation pour ce qui est du PIB par tête (PPA et monnaie constante toujours). Pire encore, toute la zone Euro est en stagnation depuis dix ans…

…y compris l’Espagne et le Portugal, qui ont repris des couleurs après leurs effondrements en 2008–2012…

…en mettant de côté l’Italie et surtout la Grèce, en récession (de 10% et 25% du PIB par tête)…

…et avec une grosse exception : l’Allemagne, le seul pays de la zone Euro à avoir connu la croissance. Et des excédents commerciaux toujours plus forts, au point que cela en devient grossier.

Pour aller vite : de toute façon, l’ensemble des pays développés vont, tendanciellement, vers une diminution de leur croissance. Mais la dernière décennie a été anormalement mauvaise pour - presque - toute la zone Euro. Pour les pays qui avaient une industrie fortement exportatrice comme la France et l’Italie, l’Euro cher a pesé négativement sur leur compétitivité - je ne dis évidemment pas que c’est leur seul problème.

Pour l’Allemagne, l’Euro a été largement un gain.

Parce que :

  • 1) son industrie est située davantage sur le haut de gamme, et souffre moins de la cherté de l’Euro pour exporter dans le reste du monde;
  • 2) l’Allemagne a directement à sa frontière orientale des pays d’Europe centrale qui, depuis 1989, mettent à disposition une main d’oeuvre efficace et moins chère que celle d’Europe occidentale, ce qui a permis à l’industrie allemande de diminuer une partie de ses coûts par les délocalisations - plus que les autres industries ouest-européennes -, ce qui compense la hausse des coûts à l’export que l’Euro pourrait induire sur l’industrie hors haut de gamme;

A lire : La Pologne, terre d'accueil des délocalisations

  • 3) les pays d’Europe centrale, et surtout la Pologne, qui ont connu de fortes croissances (la Pologne a quasiment triplé son PIB par tête en 25 ans), sont des clients évidents pour les biens de consommation allemands, plus que pour ceux français ou italiens;
  • 4) l’Allemagne peut exporter en France, Italie, Espagne… sans que ses productions soient renchéries par une baisse du Franc ou de la Lire en Marks, ce qui se serait passé avant l’Euro ou même le Système Monétaire Européen (1979–1993).

En bref : par sa géographie et par les spécialisations de son industrie, l’Allemagne est largement favorisée et donc gagnante dans l’Eurozone. Et ses avantages ne sont pas transposables, même à moyen terme, aux autres pays. Et vu que la croissance globale de la zone Euro est basse depuis 2007, on est quasiment dans un jeu à somme nulle : ce que l’Allemagne a gagné, les autres l’ont perdu.

Donc la réalité est que la France (ainsi que l’Italie) n’est pas perdante de la mondialisation, mais de l’Euro.

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