La Haine de la Nation - par L'Oeil de Brutus

  • Par arsin
  • Le 13/10/2012
  • Commentaires (0)

Par L'Oeil de Brutus, sur son blog

http://loeildebrutus.over-blog.com

marianne

Le 5 octobre 2012, le site du Monde mettait en ligne une tribune de deux administrateurs du parlement européen, Samuel de Lemos et Pierre Ecochard : La démocratie et la prospérité contre l’Etat-Nation.

Le titre lui-même est évocateur. Il sous-entend ainsi clairement, qu’ennemi de la démocratie et de la prospérité, l’Etat-Nation serait donc l’auxiliaire de la tyrannie et de la misère.

Cela relève immédiatement d’une profonde méconnaissance historique. La démocratie n’est née qu’exclusivement dans le cadre de l’Etat-Nation, que cela soit dans lors de l’Antiquité gréco-romaine (dans ce que l’on appelait alors Cité et qui correspond au cadre de l’Etat-Nation[1]) ou lors de sa renaissance en Europe et en Amérique à l’orée de la Révolution industrielle (France, Angleterre, Etats-Unis, certes de manières différentes entre ces trois nations). La démocratie ne s’est jamais épanouie en dehors de ce cadre et cela pour une raison bien simple : si l’on considère que la démocratie est le gouvernement du peuple, par le peuple et pour le peuple, il faut bien que ce peuple, la Nation, existe en tant que tel et qu’il se dote des institutions pour organiser ce gouvernement, c’est-à-dire l’Etat. On pourra rétorquer que les Etats-Nations ont également été la matrice des totalitarismes. Sauf qu’autant pour l’Etat nazi que pour l’Etat soviétique, les totalitarismes européens ont cessé de se définir par rapport à la Nation : le premier est devenu un « Etat-race » (ce qui est un non-sens en soi) et le second un « Etat-socialiste » se définissant tous deux non plus par rapport à la Nation mais par rapport à l’idéologie[2].

Quant à la prospérité, il suffit de voir l’économie des régions du monde qui ne sont pas gouvernées selon le principe de l’Etat-nation, que cela soit des Etats que l’on a voulu créer sans Nations (en Afrique subsaharienne en particulier, la Somalie en étant l’exemple typique) ou que cela soit les Nations qui n’ont pas d’Etat (les Kurdes, les Palestiniens, les Tibétains, etc.)[3]. MM. de Lamos et Ecochard nous annoncent, sans argumenter, que le retour à l’Etat-Nation nous conduirait à « l’hiver économique ». On peut en effet constater le terrible hiver économique que connaissent les autres Etats-Nations pendant que zone euro est la région du monde où la croissance est la plus basse depuis l’introduction de la monnaie unique … Et cela n’est pas une question de taille : voir les Etats-Nations sud-coréen, taïwanais, suisse, canadien ou même brésilien.

Dernier argument habituel et générique des internationalistes : l’Etat-Nation est générateur des nationalismes, eux-mêmes fauteurs de guerre. C’est partiellement vrai, même si l’on peut considérer qu’il y a peut-être ici inversion des rapports de causes à effets (les nationalismes pourraient encourager les peuples à se doter des structures d’Etats-Nations). Mais arrêter le raisonnement là est foncièrement réducteur. Ce sont l’exacerbation des identités qui génèrent les conflits. Ces identités peuvent certes être nationalistes, mais aussi ethniques (par exemple en ex-Yougoslavie ou dans la plupart des conflits africains), religieuses (il suffit de voir les ravages de l’intégrisme islamique) ou tout simplement comme une expression de la loi du plus fort. Sur ce dernier point, on tend souvent à ignorer ou minimiser les millions de morts générés par les jacqueries du Moyen-âge féodal qui ne connaissait pas l’Etat-Nation sous sa forme moderne. Celle-ci a d’ailleurs émergé à l’issue du Traité de Westphalie, clôturant la guerre de Trente ans et initiant le principe de non-ingérence pour mettre fin aux conflits religieux. L’Etat-Nation n’est donc pas facteur d’excitation des nationalismes en soi. C’est la manipulation des identités exacerbées, nationalistes ou autres, à des fins de pouvoir qui sont les générateurs de conflits. L’hypothétique disparition des Etats-Nations n’y mettra nullement un terme. L’excellente analyse d’Henri Hude[4] sur la binarité du rapport à la guerre des Etats-Nations démocratiques en est une excellente illustration : les peuples en eux-mêmes n’ont pas intérêt à faire la guerre puisqu’ils en sont les principales victimes. En démocratie, ils auront tendance à voter contre les partis bellicistes. Aussi, pour justifier la guerre, faut-il exacerber leurs identités et diaboliser l’adversaire.

Lire la suite sur le blog de l'Oeil de Brutus

France euro souveraineté Union Allemagne démocratie prospérité fédéralisme guerre idéologie

Ajouter un commentaire

Vous utilisez un logiciel de type AdBlock, qui bloque le service de captchas publicitaires utilisé sur ce site. Pour pouvoir envoyer votre message, désactivez Adblock.

RETOUR A L'ACCUEIL

Créer un site gratuit avec e-monsite - Signaler un contenu illicite sur ce site

×