La sortie manquée de l'euro - par Pablito Waal

  • Par arsin
  • Le 08/12/2012
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Par Pablito Waal

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En 2011, c’était apparemment inévitable. Une question de mois, de jours, d’heures. Une ambiance de fin du monde aurait régné à la Banque Centrale Européenne. La faillite de la Grèce, son extension à l’Espagne, le Portugal, l’Italie… Bref, de gros morceaux à venir, et qui allaient fait tomber tout le navire européen. Pendant ce temps, on pouvait craindre que les pays d’Europe du Nord finissent par vouloir également quitter l’eurozone. En effet, après la France et surtout l’Allemagne, ce sont surtout les petits pays d’Europe du Nord et du Benelux qui tendraient à payer pour les déficits des états méditerranéens.

Parmi les prophètes de la chute imminente, on a eu des gens respectables, comme l’économiste Jacques Sapir et le président de l’UPR François Asselineau. BFM avait même fait un canular en janvier 2012 annonçant une sortie surprise de la France hors de la zone euro. En général, on fait un canular pour tester les réactions. Et là, la question de la sortie de l’euro était dans l’air du temps. Après tout, début 2011, le président de la République d’alors (rappelez-vous, il s’appelait Sarkozy) présentait des vœux où il s’alarmait contre ceux qui voulaient sortir de l’euro. Mais en faisant cela, il avait surtout donné du crédit à cette option.

Et par ses actions, notre ancien président et ses petits camarades européens avaient bien entretenu le suspense.

D’abord, rappelons qu’en 2010, devant l’explosion des déficits publics en Europe, nos chers, très chers gouvernements avaient créé le FESF. Le FESF, c’est le Fonds Européen de Stabilité Financière, le truc qui sert à lever des fonds pour acheter les titres d’états européens en déficit. En échange de quoi les états qui reçoivent ces gentilles commandes doivent ré-équilibrer leurs comptes.

Et ce dernier point n’est pas du tout, du tout acquis… Parce que les états qui réduisent brutalement leurs dépenses ont tendance à s’enfoncer dans une récession immédiate…

Donc le cercle vicieux s’enclenche. Sans qu’on sache exactement ce qui est dû à l’austérité, et ce qui est dû à l’euro.

LE FESF est censé s’arrêter en 2013. Mais fin 2010, le principe d’une structure durable, contrairement au FESF, a émergé. Ce sera le Mécanisme Européen de Stabilité…Il faudra encore un traité dont la ratification par les parlements nationaux a pris l’année 2012. Ce vote peu glorieux ayant eu lieu en France le 9 octobre 2012.

 

On se fait un petit résumé de tous les « sommets de la dernière chance » auxquels on a eu droit en 2011 :

En Mars 2011 : le futur MES est doté d’un fonds de 500 mds d’euros, et le FESF passe à 440 Mds.

En Juin 2011 : à Berlin, Merkel convainc Sarkozy d’accepter un défaut des créanciers de la Grèce. Or, le président français redoutait que ce scénario ne plume banquiers et assureurs français qui avaient prêté à l’état hellénique.

En Juillet 2011, pourtant, la pilule passe, et les mêmes banquiers encaissent un défaut sur 21% des dettes grecques. Le défaut de l’Etat grec n’est donc plus un fantasme ou un scénario extrême.

Le FESF, lui, acquiert sa véritable fonction en pouvant désormais acheter des obligations d’Etat. Cependant, on est loin d’avoir des dettes au niveau européen, les fameux bonds, euro bonds, auxquels les allemands s’opposent catégoriquement.

En Octobre 2011, quatrième round, le défaut est porté à 50% de la dette grecque,  la Grèce reçoit une aide de 1000 milliards d’euros, tandis que la dotation du FESF passe à 1000 milliards d’euros.

 

Bilan de cette glorieuse année 2011 ?

On devait éviter le coût apocalyptique d’un éclatement de la zone euro, et on s’est engagé à toujours plus de fonds pour éviter ce scénario. On devait éviter la faillite des états européens, et celle de la Grèce s’est pourtant produite.

 

Parallèlement à cela, les marchés des obligations d’Etats, eux, donnaient leur opinion. Les taux des états d’Europe du Nord, Allemagne en tête, diminuaient, jusqu’à atteindre des taux réels négatifs pour le pays d’Angela. Ce qui veut dire que les autres placements étaient tellement médiocres que les investisseurs préféraient perdre un peu d’argent, mais avec certitude, en le confiant à l’Etat allemand. Les avoirs déposés dans les banques centrales nationales des états du Sud de l’Europe fuient en masse vers celles d’Europe du Nord. A croire que pour les investisseurs, la zone euro n’existait plus.

 

Et pourtant, l’année 2011 s’est achevée, et…l’euro est toujours là. Outre le traité instituant le MES, l’unification bancaire est programmée pour 2014. On est pourtant passé pas loin d’un départ grec après les législatives d’avril dernier, quand aucun gouvernement ne semblait en mesure de se former pour appliquer les mesures d’austérité demandées par l’Union Européenne et le FMI.

En Juin, les grecs votaient sagement pour remettre un gouvernement pro-euro et pro-austérité. En Septembre, les néerlandais votaient aussi pour le centre-gauche et centre-droit, alors qu’on craignait que les pays d’Europe du Nord se mettent eux aussi à virer eurosceptiques.

 

Et si…Et si l’euro pouvait durer ?

 

Quelles peuvent en être les raisons ?

 

Déjà, il y a le conservatisme politique, ou plutôt l’inertie. Tous les pays de la zone euro ont fourni des efforts, parfois très importants, pour entrer dans l’euro. Certains pays l’ont fait en trichant sur leurs comptes, comme la Grèce dans les années 90. Mais tous ont préparé pendant plusieurs années leurs populations à l’adoption de la monnaie unique. Faire le chemin inverse d’une politique qui a pris des années est toujours politiquement difficile.

 

Mais ça ne donne pas les motivations profondes de la peur de la sortie de l’euro. La crainte première de tout pays qui change de monnaie, ce sont les fluctuations monétaires et leur impact sur le niveau de vie. L’argument principal des partisans de la sortie de l’euro est le retour de la croissance par la remontée des exportations. Les pays qui souffrent le plus en Europe ont accumulé des déficits commerciaux massifs et chroniques. Donc, en sortant de l’euro, leurs monnaies baisseraient. Cela peut accroître les exportations. Le problème, c’est que cela amènera fatalement une inflation sur les produits importés. Et comme l’industrie d’un pays a toujours besoin d’importer pour produire, cette inflation pénaliserait également les exportateurs, réduisant l’avantage d’un taux de change plus bas.

Et encore faut-il qu’il y ait une industrie dans le pays, puisque la plupart des exportations sont des exportations de biens. En Grèce, l’industrie est réduite à peu de chose. Le coût d’une sortie de l’euro en termes d’inflation sur les importations pourrait donc plus que compenser les gains en exportations.

Du moins, c’est ce que disent les européistes. Ce faisant, ils emploient une argumentation autoréalisatrice : la Grèce a vu son industrie se réduire très nettement depuis que l’euro existe. Et l’Espagne et le Portugal avaient bâtie une croissance sur l’immobilier et l’endettement, non sur l’industrie. L’euro a accéléré la désindustrialisation, sans en être totalement responsable. En s’appuyant sur la faiblesse des industries méditerranéennes, ceux qui prêchent le maintien dans l’euro dénoncent donc une situation que l’euro a lui-même produit.

 

Ce ne sont pas que les craintes sur le commerce extérieur et les prix à la consommation qui entrent en jeu. Les épargnants seraient également victimes de cette inflation, ce qui a pu mobiliser nombre d’électeurs grecs à voter pour la droite en juin 2012.

Il y a aussi les avoirs financiers engendrés par les déséquilibres commerciaux entre pays européens. En effet, la création de l’euro a engendré des mécanismes complexes pour remédier aux risques de fuite de capitaux entre banques centrales des pays de la zone euro. Aujourd’hui, c’est le système Target2 qui joue ce rôle. Les banques centrales des pays exportateurs, comme l’Allemagne, détiennent des créances sur la Banque Centrale Européenne. Alors que les banques centrales des pays importateurs, comme l’Espagne ou la Grèce ont des dettes vis-à-vis de la BCE. L’éclatement de la zone euro signifierait la perte de tout ou partie de ces créances, un coût à partager entre les pays membres. Ce qui explique que le principal pays créancier, l’Allemagne, soit encore prêt à défendre l’euro. Alors que l’opinion populaire allemande est très irritée par le coût des aides aux pays méditerranéens, Grèce en premier, sans parler de la germanophobie grandissante chez les hellènes. Les allemands sont désormais majoritaires à vouloir cesser les aides à la Grèce, et même à quitter l’euro.

 

En résumé craintes de l’inflation, de la fuite des capitaux, crainte que la sortie de l’euro ne relance pas les exportations, perte de créances… Ces arguments pour le maintien de l’euro se font pour l’instant entendre.

 

L’euro a cependant un coût, un coût croissant. Allemands, finlandais, autrichiens, pays du Benelux s’en rendent compte. Bientôt, ce sera le tour des français. Le parlement slovaque, un des derniers pays entré dans la zone euro, a lui aussi tiqué devant l’augmentation du fonds du FESF à laquelle la Slovaquie était conviée à participer.

La croissance ne revient toujours pas en Europe du Sud. La Grèce est dans sa quatrième année de récession, l’Espagne s’y enfonce à nouveau. L’Italie, qui a mis en œuvre une rigueur budgétaire plus volontaire qu’en France, n’est pas assurée d’échapper à la spirale infernale. Pour le cas grec, le retour à une croissance forte semble exclu à court terme. A tel point que des économistes tels que Patrick Artus ne voient que deux issues : soit la sortie de la Grèce hors de l’euro, ou le subventionnement de la Grèce par les autres états européens pour recréer un appareil productif. Artus ne croit pas à une sortie grecque de l’euro, pour les raisons déjà citées. Mais l’investissement qu’il suggère de la part des autres nations n’est ni à l’ordre du jour ni léger. Jacques Sapir l’estime à 8% du revenu national allemand.

Ce n’est pas le seul coût que Sapir a estimé : selon une étude qu’il a récemment réalisée, sans l’euro, la croissance française aurait été deux fois plus élevée et le chômage un tiers plus bas au cours des années 2000. Les finances publiques françaises auraient été considérablement soulagées. On peut rester prudent sur ces affirmations. Mais il y a peu de doutes que l’euro ait pénalisé la croissance hexagonale et notre commerce extérieur.

 

Le dilemme de la sortie de l’euro est celui du coût immédiat contre la dynamique de long terme. Sortir de l’euro coûterait cher tout de suite. Mais conserver l’euro détruit rapidement les économies du Sud, et infligera des coûts croissants à ceux du Nord. Nous sommes un peu dans la situation de l’ancien bloc de l’Est des années 1980, lorsque la croissance était nulle dans les économies planifiées, les gaspillages monstrueux et le bilan social en décrépitude. La transition vers les économies de marché a constitué un choc, mais la croissance finit par revenir.

 

Alors, resterons-nous en déclin par crainte du choc ?

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