Le Grand Débat - par Descartes

  • Par arsin
  • Le 04/05/2012
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Par Descartes, sur son blog

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Dans la boue radioactive... ?

 

Hier, comme 18 millions de nos compatriotes, je me suis installé devant ma télé pour suivre le rituel débat de l'entre-deux-tours. Mais je vous l'avoue, je commence à fatiguer. Après avoir regardé depuis deux mois des dizaines de discours, meetings, débats et commentaires de toute sorte, je commence à avoir du mal à me concentrer sur un discours que je commence à connaître par coeur. N'attendez donc pas de moi que je vous fasse un résumé détaillé de la prestation de Dupont et Dupond, je n'en ai pas le courage. Mais il y a quelques points qui méritent d'être signalés.

D'abord, ce genre de débat n'a aucune espèce d'intérêt. On n'y apprend absolument rien de nouveau.  Chacun des candidats se contente, lorsqu'il a la parole, de répéter ce qu'il dit depuis des mois à longueur de meetings et d'émissions télévisées, et lorsqu'il ne l'a pas  a essayer d'interrompre le raisonnement de son adversaire. Comme aucun candidat ne veut prendre des risques, aucun ne se risquera à exposer une idée nouvelle, qui n'ait dejà été "testée" sur un auditoire. C'était donc un exercice ennuyeux et pour tout dire inutile. On aurait pu aussi bien donner à chacun des gants de boxe et les regarder se taper dessus, c'aurait été aussi intéressant et nettement plus productif (1).

 

Personnellement, cela ne m'intéresse guère de savoir qui a gagné et qui a perdu. Mon diagnostic, est que François Hollande gagnera dimanche prochain, et que le débat d'hier n'avait aucune chance de changer ce résultat. Ce débat est un rituel, rien de plus. Croire qu'une mauvaise prestation de Hollande pourrait changer le vote des électeurs, c'est comme croire qu'on pourrait aller en enfer parce que le curé renverse par accident le calice. Cela fait trois mois que les électeurs voient les candidats s'égosiller dans des meetings, qu'ils les entendent s'exprimer sur tous les sujets possibles et imaginables dans des émissions télévisées. Ils ont vu Sarkozy au fenestron pendant cinq ans. Qui peut croire qu'après ça qu'ils changeront de bulletin parce qu'ils entendront un candidat dire à l'autre "vous n'avez pas le monopole du coeur" ? Que l'establishment médiatique veuille nous faire croire que ce débat est important, c'est normal. Après tout, vendre du vent c'est leur métier. Mais on n'est pas obligés de les croire: après tout, comment peut-on avoir confiance dans la démocratie si on admet qu'il suffit qu'un candidat trébuche lors d'un débat pour que l'avenir de la république change ? Non: si le nez de Cléopatre avait été crochu l'histoire aurait été la même, et si Giscard avait oublié de dire "vous n'avez pas le monopole du coeur", il aurait gagné quand même. L'élection de Hollande et la défaite de Sarkozy tiennent à des fondamentaux lourds, et non au hasard d'un débat télévisé.

 

Je ne parlerai donc pas de la prestation de Sarkozy - que j'ai trouvé formellement très bonne - puisque cela n'a guère d'intérêt: bonne ou mauvaise, sa prestation ne changera rien. Il est par contre intéressant de décortiquer la prestation de François Hollande, puisque c'est lui qui sera bientôt aux commandes. Et je dois dire que je n'ai pas été rassuré. D'abord, j'ai retrouvé dans sa prestation ce que j'avais dejà noté dans un papier sur ce blog, à savoir, l'artificialité de son discours. Plusieurs fois - et notamment dans sa conclusion - il a débité de manière presque automatique une tirade qui de toute évidence était apprise par coeur. Il a utilisé en permanence des formules toutes faites, souvent creuses ou même absurdes (eg. "je veux défendre la seule valeur qui vaille, la jeunesse...", comme si la "jeunesse" était une "valeur"...) comme s'il y avait des mots qu'il fallait prononcer ("jeunesse", "avenir", "changement"...) et que le sens du discours importait moins que sa musique. J'ai aussi retrouvé chez Hollande la tendance - tellement répandue aujourd'hui à gauche - au raisonnement ad-hoc et aux approximations dangereuses. Permettez-moi d'illustrer ce point avec un exemple: que François Hollande veuille fermer la centrale nucléaire de Fessenheim, c'est son droit. Mais comment justifie-t-il cette fermeture ? Par deux arguments: "c'est la plus vieille centrale de France" et "elle est située sur une faille sismique".

 

Examinons ces deux arguments. Le premier est de toute évidence ad-hoc: si Fessenheim est la plus ancienne des centrales françaises, ce n'est que de quelques mois. Fessenheim 1 et 2 ont été raccordés au réséau en avril et octobre 1977. Mais Bugey 1 a été couplé neuf mois plus tard, en mai 1978. Doit-il être considéré comme "sûr" alors que Fessenheim 2 serait "dangereux" tout simplement parce qu'il a neuf mois de plus ? Le deuxième argument, celui qui concerne la sismicité du site de Fessenheim est encore plus intéressant:  En réponse, Nicolas Sarkozy lui avait demandé s'il comptait alors fermer l'ensemble des réacteurs se trouvant sur des failles sysmiques. Ce à quoi Hollande a répondu "vous en connaissez d'autres ?" comme s'il était évident qu'il n'y en avait pas. Mais Hollande se trompe: plusieurs centrales sont situés sur des failles sismiques actives: c'est le cas pour celles de la vallée du Rhône c'est à dire Tricastin et surtout Cruas, dont la sismicité est telle qu'il a fallu prévoir un sistème innovant d'amortisseurs pour garantir la tenue au séisme. Bien entendu, on ne peut pas reprocher à Hollande de ne pas être un expert. Mais on peut s'étonner qu'il soit prêt à prendre une décision d'une telle importance sans vérifier au préalable la valeur des arguments qui la justifient.

 

Dimanche, nous allons élire un président qui n'est qu'un beau costume équipé d'un magnétophone. Un président qui n'a une position personnelle sur rien, et qui se positionne toujours en fonction du rapport de forces. En trente ans de vie politique, on ne l'a jamais entendu prendre position avec passion sur quoi que ce soit. Que veut-il construire de personnel ? C'est quoi son projet, en dehors de s'installer à l'Elysée ? C'est le parfait exposant d'une génération dont l'ambition personnelle a dévoré l'ambition politique.

 

Descartes

 

 

(1) Ce genre de débat a cependant un effet amusant, que les sociologues de la communication connaissent depuis longtemps: à la fin du débat, on trouve toujours que c'est le candidat qu'on aime qui a été le meilleur. Je me souviens encore d'amis socialistes qui, après le débat de 2007, ont sabré le champagne pour célebrer l'excellente prestation de Ségolène Royal... Ce n'est que deux ou trois jours plus tard que la réalité apparait et qu'un consensus se forme sur lequel des deux candidats a mouché l'autre...

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