Le protectionnisme et ses ennemis - par L'Oeil de Brutus

  • Par arsin
  • Le 26/10/2012
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Par L'Oeil de Brutus, sur son blog

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Si l'on en croit les résumés qu'en fait Brutus, les contributions de ce livre paraissent inégales. Lorsque Lordon parle des inégalités de rémunérations du travail, de taxation des revenus du capital, il me semble que ces éléments ont déjà été pris en compte par les théoriciens du libre-échange. Si la contributiond e François Ruffin semble porter sur des questions de réthorique, celles de Ha-Joon Chang et de Jacques Sapir semblent plus construites. Mais elles ne répondent pas à deux questions immédiates et fondamentales :

- la mise en place, aujourd'hui, de mesures protectionnistes renchérirait-elle les biens de consommation, et appauvrirait-elle les consommateurs français?

- ne risquerait-on pas des mesures de rétorsion de la part d'autres pays, mais aussi une perte de compétitivité de la France de par la hausse des coûts de production internes?

PRESENTATION GENERALE

Le protectionnisme et ses ennemis est un recueil de quatre articles qui abordent le thème du protectionnisme et la manière dont ce thème est ostracisé du débat public,  escamotant celui-ci au bénéfice des dogmes libre-échangistes et néolibéraux.

DEVELOPPEMENT.

A travers La « menace protectionniste », ce concept vide de sens (février 2009), Frédéric Lordon démontre comment le protectionnisme est érigé en menace par une pure construction intellectuelle hypocrite, et souvent malhonnête, pour justifier les positions libre-échangistes.

 

Car pour dénoncer la menace protectionniste, encore faudrait-il que nous soyons dans un univers « non-protectionniste », un « level playing field » (page 13). Ce qui n’est absolument pas le cas. On nous affirme ainsi que la concurrence libre et non faussée est la règle en Europe. Est-ce vraiment le cas lorsque l’Estonie fixe à zéro son impôt sur les sociétés[i] ? Lorsque les ouvriers de Renault à Dacia Roumanie sont payés 300€ par mois ? Avec la Pologne qui refuse toute réglementation environnementale ? Avec le Royaume-Uni qui n’hésite pas à dévaluer discrètement sa monnaie de 30% par rapport à l’euro ? Avec le Luxembourg qui refuse toute transparence bancaire ? (page 14). Aussi, « pour que le « non-protectionnisme » ait un sens, il faudrait ajouter aux règles du libre-échange l’hypothèse de parfaite identité structurelle des systèmes socio-productifs mis en concurrence » (page 15). Et ceci est un leurre. Au final, « la concurrence non distordue dans les marchés a pour effet de faire jouer de la pire des manières – la plus déniée et la plus destructrice – la concurrence très distordue par les structures  » (par exemple la fiscalité, la réglementation du travail) (page 17). Cette simple analyse permet donc d’en déduire que « le concept de concurrence non faussée est une parfait ineptie. Et celui de protectionnisme avec, du même coup » (page 18).

 

Dans Du protectionnisme au libre-échangisme, une conversion opportuniste (Le Monde diplomatique, juin 2003), Ha-Joon Chang met en évidence, à travers une approche historique, comment la défense de l’une ou l’autre de ces positions économiques relève bien plus d’une opportunité économique que d’une position idéologique. Le schéma est simple : lorsque des pays ont voulu développer leurs industries, initialement en position d’infériorité par rapport à leurs concurrents, ils ont mis en place des barrières protectionnistes pour empêcher que ceux-ci étouffent leur industrie naissante ; a contrario, lorsque telle ou telle activité économique est plus puissante que celle de ses concurrents étrangers, le même pays tentera d’imposer un libre-échange le plus abouti possible.

Les nations occidentales en sont la plus parfaite illustration. Lorsqu’elles se trouvaient, il y a 3 siècles, « en voie de développement », elles n’ont pas hésité à imposer les barrières douanières qu’elles exigent aujourd’hui au tiers-monde et aux émergents de faire disparaître (page 24). Et, alors qu’à tort on la considère comme un parangon de libre-échangisme, la Grande-Bretagne a été la nation qui a été le plus loin dans ce registre, y compris d’ailleurs en terme de dirigisme étatique (pages 24-26). Les Etats-Unis, entrés plus tardivement dans l’ère industrielle, ont suivi la même politique (les tarifs douaniers par le biais de la loi Smoot-Harvey ont pu atteindre 48% en 1930) et la guerre de Sécession portait également sur les questions des tarifs douaniers, que le Nord désiraient élevés pour protéger l’industrie naissante alors que le Sud les voulaient faible pour les besoins de son agriculture. Lincoln était ainsi un protectionniste notoire (pages 28-29). C’est seulement après la 2nde guerre mondiale, alors que son industrie était devenue la plus performante de la planète, que les Etats-Unis ont commencé à militer pour des tarifs douaniers faibles ou nuls (pages 30). Le président Ulysse Grant (1868-1876) avait d’ailleurs anticipé cette évolution : « lorsque l’Amérique aura tiré de la protection tout ce qu’elle a à offrir, elle adoptera le libre-échange » (page 31). A contrario, pendant le XIXe siècle et au début du XXe, les droits de douanes furent comparativement faibles en France et en Allemagne (page 32)[ii].

Si on prend une approche plus récente dans le temps, on peut également constater que dans les années 60 et 70, alors que les barrières protectionnistes étaient bien plus élevées qu’aujourd’hui, l’économie mondiale a bien davantage progressé que depuis la révolution néolibérale des années 80 qui a vu s’effondrer ces barrières. Et cette tendance est encore plus marquée si on exclut du calcul les émergents que sont la Chine et l’Inde, qui non seulement tirent largement la croissance mondiale vers le haut mais conservent aussi des protections économiques importantes (pages 34-35). Ha-Joon Chang explique cette évolution – la forte diminution des barrières douanières – par l’emprise, purement idéologique, des néolibéraux sur les institutions internationales (FMI, Banque mondiale, OMC, grandes universités …etc.) (page 36). L’OMC est d’ailleurs exemplaire quant à l’emprise idéologique des néolibéraux aux profits des multinationales occidentales, puisqu’elle ne cherche même pas à sauver les apparences : les pays en développement sont exclus des réunions dites du « salon vert » (pages 41-42)[iii].

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