Le repli élastique, c'est comme le saut à l'élastique, mais sans élastique - par Joe Liqueur

  • Par arsin
  • Le 01/05/2012
  • Commentaires (1)

Par Joe Liqueur, sur son blog

http://communisme-liberal.blogspot.fr


Salut citoyens et camarades.
Un petit billet pour vous faire part de mes récentes lectures et de mes inquiétudes renouvelées…
Je commence par le plus « amusant » : je viens de lire Les nouveaux chiens de garde, le fameux pamphlet assassin commis par Serge Halimi en 1997. Commentaire sobre : faut reconnaître que, quand même. Mais un extrait vaut mieux qu'un long discours, goûtez-moi donc cette superbe salve :
« A quoi bon si Slama continue d'être soulevé par les élans vengeurs de Julien Benda ; Peyrefitte d'écrire des livres aussi novateurs que ceux de Toynbee, quand il n'est pas « en passe de devenir le Tocqueville de la Chine contemporaine » (Georges Suffert, Le Figaro, 20 décembre 1996) ou de réinventer l'univers avec un cerveau évoquant ceux « de Beethoven ou d'Einstein » (Pierre Chaunu, Le Figaro, 15-16 juin 1996). A quoi bon, si, de son côté, Giesbert « vient d'écrire le roman dont rêvait sans doute Spinoza » (André Brincourt, Le Figaro, 28 septembre 1995), si Julliard fait penser à Proust, Alain Duhamel à Buffon et à Giraudoux, et Jean Daniel à Monteverdi… Un responsable de journal, qui laisse publier de telles calembredaines dans sa rubrique consacrée aux essais politiques, ne respectera pas davantage la vérité dans les autres pages. »
Ce n’est plus un coup de pied dans la fourmilière, c’est une opération de dynamitage, menée sous le couvert d’un langage précis et poli. Je suis décidément un grand admirateur de ce citoyen Halimi qui, outre son positionnement idéologique honnêtement de gauche, a le mérite d’écrire dans un français élégant et fluide. Tout récemment, un film a été tiré de ce livre, et les quelques extraits qui ont circulé sur la toile ne manquent pas de sel. Le citoyen Field est ici à l’honneur, ils l’ont habillé pour plusieurs hivers… comme le citoyen Joffrin, voyez les deux vidéos ci-dessous, ça déménage.

Par ailleurs, je crois parfaitement inutile de préciser à quel point l’Union populaire républicaine (UPR) est le parti qui a le mieux intégré cette donnée du problème dans son programme et ses prises de position…

Science & Vie casse la baraque
Sujet (encore) plus grave, beaucoup plus grave : dans le dernier numéro de Science & Vie (mai 2012), on peut lire un très bon dossier consacré à l’état des ressources mondiales de matières premières – et ici, par matières premières, on entend non pas les hydrocarbures en tout genre, qu’il est toujours possible de synthétiser (voir ce billet et la note 6), mais les minerais – les éléments, les atomes quoi… En fait, c’est un peu le dossier que j’attendais. Les auteurs Boris Bellanger et Vincent Nouyrigat ont procédé de manière assez radicale, et ils ont très bien fait : ils ont carrément passé au crible tout le tableau de Mendeleïev, et y ont distingué tous les éléments pour lesquels un problème d’approvisionnement est en passe de se poser… quand il ne se pose pas déjà. Je vous fais un petit résumé, en vous suggérant vivement de courir vers un kiosque.
Sur les 118 éléments du tableau de Mendeleïev, les auteurs en ont recensé 26 qui posent problème. Parmi eux, vous ne serez pas étonnés – si vous lisez ce blog depuis quelque temps – d’en retrouver quelques-uns qui sont pour l’heure indispensables à la production des énergies dites « renouvelables ». Ce qui vient confirmer ce que j’affirme depuis longtemps : ce n’est pas un problème d’« énergie », c’est un problème de matières premières. Voici quelques exemples donnés par Science & Vie :
-Le dysprosium (Dy) et le néodyme (Nd), utilisés pour les aimants dans les générateurs électriques des (trop) fameuses éoliennes et des (trop) fameux véhicules électriques. Des métaux rares « produits à 97% par la Chine », précisent les auteurs…
-L’indium (In), utilisé pour les cellules photovoltaïques… et pour nos chers écrans tactiles ;
-Le rhodium (Rh), utilisé pour les pots catalytiques, et son cousin le platine (Pt), utilisé pour les piles à hydrogène ;
-Le technécium (Tc), ou plus précisément le technécium-99, et l’hélium (He), ou plus précisément l’hélium-3. Le premier est utilisé « pour le diagnostic des cancers et des maladies cardiovasculaires » ; le second pour les appareils de radioprotection, pour la cryogénie, pour la recherche en physique quantique, sans compter (c’est moi qui ajoute ceci) que cet hélium-3 sera sans doute un combustible idéal pour la fusion nucléaire ;
-Et je ne vous parle pas du cuivre, du phosphore, de l’uranium…
Je crois parfaitement inutile de préciser à quel point ce constat global plutôt alarmant me donne raison quand je ne cesse de souligner :
-Que la densité de flux d’énergie est la clé du problème ;
-Que l’exploration spatiale est une sorte d’impératif catégorique pour qui croit en l’homme – i. e. pour tout humaniste ;
-Que nous devons dès aujourd’hui consacrer des moyens illimités à poursuivre ces deux objectifs, lesquels vont de toute évidence de pair et doivent de toute évidence être considérés comme prioritaires.
Du coup, j’ai bien sûr un regret assez amer en achevant la lecture de ce dossier de Science & Vie : en effet il n’y a pas un mot sur le potentiel des objets extra-terrestres (Lune, autres planètes, astéroïdes) en terme d’exploitation des minerais ; pas un mot sur les réacteurs de quatrième génération de type RSF (sels fondus – thorium) ni sur les HTR (haute température), auxquels le magazine avait pourtant consacré un dossier il y a quelques mois (voir ce billet), à peine une évocation des RNR (réacteurs à neutrons rapides type Astrid, qui ne sont sans doute pas les plus intéressants…) ; et enfin, pas un mot sur la fusion nucléaire. Et les auteurs nous parlent de ce monde-aux-ressources-finies©, concept dont Yann a si bien dit, dans cet excellent billet, à quel point il était fallacieux.
Pourtant, s’il est une perspective qui puisse nous permettre d’envisager une solution à cette crise d’approvisionnement qui se profile, c’est bien la fusion nucléaire – d’une part, du fait de la densité d’énergie formidable que la technologie en question permettra d’atteindre (cela signifie que l’on peut produire une très grande quantité d’énergie avec une toute petite masse de combustible), d’autre part, du fait que la maîtrise de ladite technologie sera une clé essentielle de l’exploration spatiale.
Je voudrais aussi revenir sur l’ouvrage récent de Christophe Deloire et Christophe Dubois, Circus Politicus, dont j’ai presque achevé la lecture (j’y reviendrai peut-être une nouvelle fois quand j’aurai atteint la dernière page). Eh bien cette fois, je serai peut-être moins sévère que dans ce billet… vu que les auteurs ont cessé, depuis quelques dizaines de pages, de nous bassiner avec Bilderberg, le CFR et la Trilatérale… Mais tout de même, je dois dire que je partage totalement les réserves d’Edgar (voir ici et ici) : on a du mal à savoir sur quel pied Deloire et Dubois veulent danser avec l’Union européenne. Encore une fois, cette lecture est distrayante et assez instructive ; mais finalement, que faire de cette « Europe » ? Les auteurs ne savent pas trop. Tantôt ils suggèrent qu’il serait urgent de s’en retirer, tantôt ils vantent ses mérites. Alors ?
Bon. Les gars (et les filles) du M’PEP, vous allez arrêter vos conneries ?
Enfin, j’en reviens au citoyen Serge Halimi, et à son dernier édito dans le Monde Diplomatique, lecture ô combien indispensable. L’auteur y évoque le « repli élastique » de 1997 – c’est là l’expression nauséeuse du citoyen Fabius pour qualifier la complicité active du citoyen Jospin dans le combat anticommuniste de l’Union européenne. On peut donc prédire sans grand risque d’erreur ce qui va se passer dans les prochains mois sous la présidence du « socialiste » (rires) Hollande. Notre nouveau « chef d’Etat » va faire mine de vouloir renégocier ces putains de traités dans le sens de la croissance (je fais bref). Il va se prendre un râteau attendu avec Angela Merkel, et il va revenir vers nous la queue basse en suggérant l’air de rien que décidément la chancelière est gravement ordo-libérale, que, ouiiiin, elle est pas très gentille quand même, qu’elle a pas voulu et que donc, tant pis, allez tous vous faire foutre. Ensuite, il va lancer une nouvelle vague de privatisations massives en suggérant l’air de rien que vu la situation de nos finances publiques (laissée par l'abominable Sarko, tant qu'à faire), there is no alternative. Et voilà.
Et puisque le citoyen Hollande vient de rendre un hommage dégoulinant à Pierre Bérégovoy, premier ministre en effet issu de la classe ouvrière, et qui l’a bien trahie… je vous rappelle ceci. Vous goûterez en particulier cet extrait :
« Récemment, à l'occasion d'un dîner dans le 7è arrondissement, nous avons rencontré un grand banquier d'affaires, dont nous devons évidemment taire le nom. Entre la poire et le fromage, nous lui avons demandé quel était son ministre des Finances préféré. Il n'a pas hésité une seconde. « Pierre Bérégovoy », nous a-t-il répondu. J'ai failli m'étrangler. Pourquoi ? « Eh bien, a-t-il dit, parce que c'est lui qui a dérégulé les marchés ! » Et permis ainsi à la finance d'asseoir son pouvoir sur l'économie et de transformer la bourse en casino. »
En réalité, cet hommage très douteux est donc d’abord destiné à rassurer les détenteurs de capitaux, comme un journaliste de la chaîne i>TELE l’a d’ailleurs aussitôt souligné tellement c’était énorme… Un peu comme quand le citoyen-candidat Hollande va à la City de Londres pour affirmer qu’il n’est pas dangereux, quoi.
A propos du Front « de gauche » et de son (ex-)candidat Jean-Luc Mélenchon, je vous recommande d’une part ce billet cruel, mais juste de l’excellent Descartes, d’autre part les diverses interventions de François Asselineau, le président de l’UPR, ici ou encore ci-dessous.
Sur la page Facebook de l’UPR, le très honorable citoyen Asselineau exhorte à nouveau les camarades du M’PEP à rejoindre l’UPR :
« Je lance en tout cas dès ce soir un appel à tous les adhérents et sympathisants du M’PEP pour leur suggérer de rompre avec cette stratégie de l'échec volontaire du Front de Gauche et de se rapprocher de l'UPR. Car à situation exceptionnelle, solution exceptionnelle. »
Je ne peux que m’associer à cet appel. De leur côté, les excellents camarades en question se sont fendus d’un communiqué honnête. J’aurais toutefois préféré qu’ils appellent à voter blanc comme je m’apprête à le faire moi-même… Je suis effaré aussi de voir le citoyen Sarkozy en appeler aux mânes de Charles de Gaulle… Cela me remplit d’effroi, tout comme, pour des raisons inverses, Hollande en appelant aux mânes de Mitterrand et Bérégovoy. Un petit rappel est utile.

Allons. Voter blanc, c’est voter comme Marine Le Pen ?? Et si je fais caca, je fais caca comme Marine Le Pen aussi ?? Je regrette, mais j’ai autre chose à faire que d’agonir d’injures la citoyenne Le Pen ou le citoyen Sarkozy. Et je ne vote pas pour des « socialistes » (rires) qui privatisent des autoroutes (rires). Alors cette fois je vote blanc, et dans huit mois j’enverrai à nouveau mon chèque de cotisation à l’Union populaire républicaine. C’est tout (pour aujourd’hui).
Commentaires (1)

1. Nationaliste jacobin (site web) 01/05/2012

Salut Joe,

Quelques remarques sur ce que tu écris concernant la pénurie de matières premières:
Rappel très utile sur le coût réel des "énergies propres": elles réclament des matériaux rares, coûteux à extraire, et dont le transport et la transformation génèrent des pollutions. Avis aux écolo-bobos...

Je ne suis pas tout à fait d'accord avec ce que tu écris sur la conquête spatiale. Non pas que j'y sois opposé, loin s'en faut: explorer l'espace me fascine. Mais, il y a un mais: le coût. Il est colossal, tu le sais, et en matières premières aussi. Pour fabriquer les technologies nécessaires à la conquête spatiale, il faut beaucoup de matériaux rares. Question: est-ce rentable? Si on dépense toute notre énergie à prospecter des zones lointaines sans résultat, on perdra du temps, de l'argent et des matières premières qui pourraient être utiles dans d'autres secteurs. Le risque est considérable, on ne peut pas demander à des états d'hypothéquer l'avenir de leur peuple au nom de l'esprit d'aventure et d'un rendement futur inconnu.

Je m'intéresse à ce que fait la NASA. Mais d'un autre côté, je me dis qu'il y a des millions d'Américains qui vivent dans des caravanes ou des toiles de tente... J'attire aussi ton attention sur le fait que, pour le moment, aucune planète vivable n'est accessible. Il faudrait songer à faire durer notre bonne vieille Terre...

Si un jour le progrès technique permet d'exploiter des ressources à moindre coût avec une rentabilité intéressante dans le système solaire (je pense à certaines lunes des géantes gazeuses qui pourraient, mais c'est un conditionnel, receler quelque intérêt), je dis oui. Si nous sommes capables de quitter le système solaire et d'essaimer plus loin, pourquoi pas. Pour le moment, c'est de la science-fiction. En revanche, il y a beaucoup de choses qu'on ignore sur le fond des océans, et ça peut concerner notre survie.

Je pense donc qu'une société ne peut pas tout miser sur l'aventure spatiale, parce que ce serait mobiliser toutes les ressources de la nation pour un bénéfice très hypothétique. Quand tous les Africains auront l'eau courante et l'électricité, et que les Terriens auront une vie digne, on pourra y penser.

Si la paix s'installait durablement sur notre planète, on pourrait envisager d'affecter les crédits militaires à la conquête spatiale, ce qui dégagerait des sommes considérables. Malheureusement, le monde n'est pas sûr.

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