Les nouveaux chiens de garde - par Theux

  • Par arsin
  • Le 09/04/2012
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Par Theux, repris sur le blog de Yohann Duval

http://duvalyohann.over-blog.fr

Commentaire de Pablito Waal :

Ayant vu le film "Les nouveaux chiens de garde", encore projeté dans un certain nombre de salles, je ne peux que vous le recommander. Le film est effectivement très bon, et choisit globalement le bon angle d'attaque, celui des conflits d'intérêts entre politiques, journalistes et grand patronat. Je dis "globalement" car le film pêche un peu en désignant "le néolibéralisme" comme pensée unique, alors que la "vague libérale" des années 80 n'a abouti, en France, qu'à l'instauration d'un consensus étato-capitaliste, avec un grand renfort d'étatisme depuis 2008. Mais on peut séparer la pensée des auteurs (Gilles Balbastre et Yannick Kergoat) et les auteurs militants qu'ils interrogent (Lordon et Gadrey entre autres). Le film a le mérite également de faire du recensement du nombre de passages télévisuels et radiophoniques des différents "experts" et autres personnalités, comme le fait également Jean Robin sur Enquête & Débat.

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Ayant - enfin ! - pu visionner ce film de grande qualité, je me permets de vous faire partager l'excellente analyse publiée sur le blog "L'espoir" il y a quelques semaines. Pour connaître les salles où le film est encore projeté, n'hésitez pas à vous rendre sur le site officiel. Bonne lecture.

 

 

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Le film « Les nouveaux chiens de garde » arrive à une période importante de l'histoire de notre pays puisqu'elle précède une élection présidentielle qui doit permettre de déterminer si le peuple souhaite conserver une prise sur la destinée de la nation ou s'il souhaite la confier à une élite technocratique et financière. Cela fait des années que nous traversons des périodes importantes. Malheureusement les occasions manquées de renverser l'ordre établi ne se comptent plus. Heureusement au milieu de ce brouillard, des éclaircies perdurent comme lors de la victoire du « Non » au traité constitutionnel européen, où l'ordre des médias s'est trouvé totalement renversé. Ainsi malgré le positionnement quasi unanime des journalistes en faveur du « oui », le traité constitutionnel européen a été rejeté. 2005 restera une date historique puisqu'elle marque la reprise d'un combat, abandonné depuis 30 ans, contre la détention des médias par des grands groupes financiers ou industriels.

 

Ce film s'inscrit dans la droite lignée du livre « Les chiens de garde » de Paul Nizan qui dénonçait en 1932 la fausse neutralité des intellectuels de l'époque qui se comportaient en réalité comme des défenseurs de l'ordre établi. En 1997, Serge Halimi s'inspire de cette théorie pour dénoncer le rôle joué par les médias, qui loin de représenter un « contre-pouvoir », servent en réalité les intérêts des pouvoirs dominants qu'ils soient politiques, financiers ou industriels. C'est ce livre que le film de Gilles Balbastre et de Yannick Kergoat s'est efforcé de reprendre à l'écran.

 

Le portrait dressé des médias est sans doute en deçà de ce qu'il est réellement puisque l'analyse se base uniquement sur ce qui est visible. On peut raisonnablement penser que la part qui ne l'est pas est au moins aussi importante.

 

La partie visible suffit amplement à mesurer le niveau de dysfonctionnement du système médiatique. Le film nous montre l'hypocrisie des faux débats, où les deux opposants sont en réalité d'accord sur l'essentiel des points débattus, à l'image de cet affrontement ultra-consensuel entre Luc Ferry, ancien ministre de droite, et Jacques Julliard, journaliste de gauche. Ce débat met en exergue divers phénomènes comme l'érosion quasi-complet du clivage droite-gauche (au moins entre UMP et PS), la fabrique du consentement par l'élimination pure et simple de l'alternative ou le maintien de l'illusion démocratique.

 

 

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L'économiste, écrivain, astrologue et fédéraliste Jacques Attali, soutien de François Hollande

 


La séquence sur le plateau de « vivement dimanche » entre Michel Drucker, Jean-Pierre Elkabbach et Arnaud Lagardère est également un cas d'école de « cirages » de chaussures où la question de la détention de la majorité des médias par des grands groupes industriels et financiers se pose inévitablement. Lorsque Jean-Pierre Elkabbach évoque les « bavardages » avec son patron avant son émission de radio, nous ne pouvons pas imaginer une seule seconde que le président d'Europe 1 conserve une once d'indépendance.


Enfin la proximité troublante entre monde financier, industriel, politique et médiatique est affirmée lorsque l'on observe qui sont les participants au repas du club « le Siècle » le dernier mercredi du mois. Tous les principaux tenants de la pensée unique y sont présents qu'il s'agisse de politiques, d'experts universitaires, de PDG de grandes entreprises ou de grands journalistes. L'analyse effectuée dans le film est implacable: pour intégrer un tel club il faut avoir fait preuve de son allégeance au système. Pour s'y maintenir, il est indispensable de le servir et de le défendre.

  

A la différence d'autres thématiques, comme par exemple la lutte contre les OGM, de larges mobilisations citoyennes ne se sont pas encore organisées pour permettre une législation qui puisse assurer l'indépendance, l'objectivité et le pluralisme des médias. Cette réglementation a pourtant déjà existé dans notre pays.


Un parallèle peut être effectué entre la mise en place de notre système social et la réglementation des médias. Les deux ont en commun d'être issus du programme du Conseil National de la Résistance (CNR) et d'avoir été remis en question par le virage néo-libéral de la politique française depuis 30 ans. En effet le CNR, très attaché à l'indépendance de la presse, s'était même posé la question de soustraire complètement la presse du milieu de l'argent avec l'instauration d'un système de subventions géré par un organisme indépendant. Sans en arriver là, le CNR a opté pour une législation favorisant le pluralisme en interdisant par exemple à un propriétaire de posséder plusieurs médias et en assurant l'indépendance des journalistes en permettant à ces derniers de s'opposer aux vues de leur patron. Un basculement complet s'est opéré à partir des années 80 avec la suppression des ordonnances de 1944. Il est primordial de comprendre que ce mouvement de concentration des médias, de réduction de l'indépendance journalistique et donc de l'objectivité globale des médias n'est en aucun le fait d'un ordre naturel mais bien la conséquence de choix politiques.

 

La question qui peut alors se poser est de comprendre comment la conversion des élites journalistiques de gauche au néo-libéralisme a pu se concrétiser de manière aussi rapide. L'exemple le plus frappant est incontestablement celui du journal de « référence » Le Monde sous l'impulsion du triumvirat Minc, Colombani, Plenel.

 

 

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L'omniprésent donneur de leçons Alain Minc, fidèle soutien de Nicolas Sarkozy

 

 

En réalité ce basculement s'opère dans un mouvement plus global de prise de pouvoir des grands journaux par des grands groupes industriels ou financiers. Selon Gilles Balbastre, le système des médias glisse alors vers un système de classe où les opposants au système vont être farouchement combattus voire exclus. Le combat idéologique va tout de même mettre des dizaines d'années pour neutraliser les principales zones de résistance qui sont essentiellement constituées par des salariés attachés à l'indépendance de la presse. La méthode d'élimination des opposants est simple puisqu'elle consiste en une véritable marchandisation de l'information qui va passer par une accélération et une détérioration de cette dernière.

L'accélération de l'information contribue à sa détérioration car le respect de délais très serrés implique des sacrifices tels que la non-vérification systématique des sources. C'est ainsi qu'une fausse information peut se répandre à la vitesse de la lumière. A cet égard, l'affaire d'Outreau est une véritable caricature de ce qu'est devenue la presse moderne. Des personnes accusées dans cette affaire ont ainsi été décrites comme des propriétaires de sex-shop ou comme des personnes habituées à des relations incestueuses. Tout était faux et pourtant l'information a fait plusieurs fois le tour de la planète médiatique avant que l'on s'aperçoive que les sources étaient infondées.

 

La « fait diversification » de l'information est un des autres principaux maux de notre système médiatique. L'objectif d'optimisation de la rentabilité de l'information pousse les médias à privilégier les faits divers peu coûteux en temps et en travail d'investigation et offrant un attrait fort en terme d'audience. Un tel phénomène nous oriente vers un véritable lavage des cerveaux où le fameuse phrase de Patrick Le Lay prend tout son sens :

 

"Pour qu'un message publicitaire soit perçu, il faut que le cerveau du téléspectateur soit disponible. Nos émissions ont pour vocation de le rendre disponible : c'est-à-dire de le divertir, de le détendre pour le préparer entre deux messages. Ce que nous vendons à Coca-Cola, c'est du temps de cerveau humain disponible."

 

Comment un journaliste peut-il résister à un tel rouleau compresseur? Il y a ceux qui pratiquent la technique de la girouette qui consiste à aller dans le sens du vent c'est à dire à favoriser le système dominant. Puis il y a les autres. Ceux qui résistent. Ils sont alors confrontés à des délais de plus en plus raccourcis et à une pression de plus en plus forte de leur patron. Il s'agit alors de s'adapter tout en résistant ce qui est complètement contradictoire puisqu'il consiste à servir le système tout en lui résistant. Petit à petit ces journalistes « résistants » sont appelés à être éradiqués pour faire place à des profils plus conciliants.

 

La presse de demain pourra alors laisser libre cours aux aspirations des grands groupes financiers et industriels. Elle ressemblera alors à ce qu'est la presse gratuite c'est à dire ce papier de publicités entourées de quelques articles courts, superficiels et sans intérêt (faits divers). Il y a 10 ans cela n'existait pas et pourtant nous nous y sommes habitués. Espérons que dans 10 ans nous étudierons ce modèle comme un archétype de la propagande qu'il convient d'éviter par tous les moyens. Si seulement...

 

Theux

 

Vous pouvez retrouver l'article d'origine sur le blog "L'espoir" : http://lespoir.jimdo.com/

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