Les tabous de l'esclavage

  • Par arsin
  • Le 26/05/2012
  • Commentaires (4)

Par l'ARSIN

Christiane Taubira venant de prendre le poste de ministre de la Justice, il est pertinent de se rappeler quelle est sa conception des crimes. Mme Taubira est connue pour la loi de 2001 qui lui est associée, et qui reconnait l'esclavage et la Traite comme des crimes contre l'humanité. Ce qui est tout à fait louable...hormis sur la bancalité de l'objet historique définit par la loi, dont le premier article est le suivant :

La République française reconnaît que la traite négrière transatlantique ainsi que la traite dans l'océan Indien d'une part, et l'esclavage d'autre part, perpétrés à partir du xve siècle, aux Amériques et aux Caraïbes, dans l'océan Indien et en Europe contre les populations africaines, amérindiennes, malgaches et indiennes constituent un crime contre l'humanité.


Ainsi, selon cet article, il n'y eut de traite négrière que dans l'Atlantique et l'Océan Indien (pas dans le Sahara), et il n'y eut pas d'exploitation des esclaves ailleurs qu'aux Amériques, en Europe et dans l'Océan Indien.

Le documentaire ci-dessus, pourtant assez académique (paru sur Arte) donne pourtant une version différente des faits.

Commentaires (4)

1. Nationaliste jacobin 26/05/2012

"Ce qui est tout à fait louable"

Non, car le principe de non-rétroactivité, appliqué habituellement en droit, devrait s'appliquer ici aussi. Quand a été établi précisément une définition juridique du "crime contre l'humanité"? Au XX° siècle, seulement, en 1945. Par conséquent, tout ce qui s'est passé avant (y compris le génocide arménien) ne devrait pas être qualifié de "crimes contre l'humanité". Que l'on juge nos contemporains à l'aune du droit international défini depuis la Seconde Guerre Mondiale, cela peut se concevoir et se défendre (même si...). La sagesse devrait nous commander d'en rester là. La justice est faite pour juger les hommes de notre temps, pas l'histoire des peuples. Or, en criminalisant le passé, on procède à une insidieuse réécriture de l'histoire, on condamne un peuple, on le blesse dans ce qui le rattache à ses racines. Et on le blesse inutilement, car on ne change pas le passé. C'est dangereux. Dangereux et stupide: tous les peuples, toutes les nations de la Terre ont du sang sur les mains. Pourquoi s'arrêter à l'esclavage? Pourquoi ne pas évoquer les atrocités des Croisades, des Ottomans, de Tamerlan? Pourquoi pas une loi sur les Assyriens, les Romains, Louis XIV (le sac du Palatinat) ou Napoléon?

Et même si on s'en tient à l'esclavage, quid de la traite méditerranéenne des Européens par les Barbaresques du Maghreb? Ajoutons que l'article de la loi est particulièrement malhonnête. En effet, la traite négrière dans l'Océan Indien a commencé au VIII° siècle, avec les Arabes. Mais "avant le XV° siècle", étrangement, ce n'est pas un crime contre l'humanité... C'est tout de même étrange cette conception du crime à géométrie variable. En fait, la loi ne s'intéresse pas au crime en lui-même, à bien y regarder, elle se préoccupe surtout de désigner un criminel: les pays d'Europe de manière générale, et la France entre autres. La traite des Européens en Méditerranée? La traite transsaharienne? La traite intra-africaine (très importante et souvent méconnue)? Aucun intérêt. Le coupable n'est pas idéal...

Face à ce type de loi mémorielle, inique et (pour le coup) discriminatoire, une seule revendication à l'ordre du jour: abrogation!

2. arsin (site web) 27/05/2012

Bonjour,

le but de l'article est justement de pointer cette partialité dans la définition de l'objet historique qu'est l'esclavage et la traite. Quant au fait qu'il ne faille pas condamner un crime passé, je ne suis pas d'accord. Au cas où cette tragédie viendrait à se reproduire, il faut bien une jurisprudence. Qu'on ne fasse pas de loi mémorielle, pourquoi pas, qu'on ne cite pas un crime particulier, si l'on veut, mais il me semble tout à fait normal qu'une loi caractérise l'organisation massive de l'esclavage comme un crime contre l'humanité.
Un crime ne se condamne toujours qu'après qu'il ait eu lieu (truisme...), donc si on dit que "c'est du passé, ne condamnons pas", on ne pourra jamais condamner ! Et je ne suis pas d'accord non plus pour dire que condamner l'esclavage est réécrire l'histoire (sauf si on la tronque, ce que fait la loi Taubira), et encore moins que nous soyons "blessés dans nos racines" : je ne vois pas en quoi la Traite ferait partie de mes racines !

3. Nationaliste jacobin 27/05/2012

Mais le Code pénal français prévoit bien des condamnations pour esclavagisme à l'heure actuelle... Attention, je n'ai pas dit qu'il ne fallait pas condamner l'esclavage. Mais pour la traite négrière transatlantique et l'esclavage aux Amériques (aboli, pour ce qui est de la France, en 1848), je conteste la qualification de "crime contre l'humanité", parce que ce concept juridique a été officialisé un siècle après, dans un contexte particulier. Par ailleurs, l'esclavage a été répandu partout sur Terre depuis une très haute époque. Criminaliser l'esclavage, c'est: a) porter un jugement de valeur sur les sociétés du passé, ce qui est contestable; b) considérer comme criminelles la plupart de ces sociétés, de l'Athènes classique à l'empire des Omeyyades, en passant par l'empire romain ou la Perse. Les systèmes de valeur ont évolué, et c'est tant mieux. Mais je suis rétif à l'idée de condamner en bloc des sociétés du passé, d'autant que l'esclavage, même si c'est choquant, doit aussi être appréhendé dans le cadre des structures économiques et productives du passé, et pas seulement en terme de sensibilité humaniste.

Mais je reviens à la définition de crime: un crime n'existe que si une loi le définit comme tel, non? A l'époque de la traite transatlantique, quel texte de loi international condamnait explicitement l'esclavage? Aucun.

Je ne dis pas qu'on ne peut pas condamner un crime passé, je dis qu'on ne peut pas condamner un crime qui n'était pas un crime au moment où il a été commis. Si vous contestez cela, alors vous jetez aux orties le principe de non-rétroactivité des lois...

Par conséquent, seul l'esclavage pratiqué depuis l'abolition est au sens strict un crime. Avant, il n'y a pas de crime. On peut naturellement condamner moralement, au nom des valeurs humanistes et des droits de l'homme, la traite négrière, mais on ne peut faire que cela, car elle n'était pas un crime, puisque les hommes qui l'ont pratiqué durant des siècles, désolé de le dire, étaient pour la plupart d'honnêtes négociants, agissant avec la bénédiction de leur gouvernement... Ils n'ont violé aucune loi en vigueur à l'époque, ce ne sont pas des criminels. Et s'ils ne sont pas criminels, alors ils n'ont commis aucun crime. Dans le cas contraire, il faudrait développer une théorie expliquant que l'esclavage fut un "crime légal"... c'est-à-dire un crime sans criminel. Absurde.

"je ne vois pas en quoi la Traite ferait partie de mes racines !"
Parce que la Traite étant légale, jusqu'à son abolition, il n'y a pas vraiment de criminel. Du coup, la culpabilité retombe logiquement sur l'ensemble de la société qui a rendu légal et toléré pendant des siècles ce "crime contre l'humanité"... Il faut être cohérent. Après tout, les Français des XVII° et XVIII° siècles ont laissé faire. C'est de la complicité de crime contre l'humanité, non?

4. Boreas (site web) 28/05/2012

En complément :

http://www.youtube.com/watch?feature=player_embedded&v=jcIcd3T2BMw

http://hoplite.hautetfort.com/archive/2012/05/17/negritude-et-saloperie.html

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