Mélenchon descend sur Terre - par Descartes

  • Par arsin
  • Le 01/05/2012
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Par Descartes, sur son blog

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Descartes s'intéresse à nouveau à l'après-présidentielle du Front de Gauche. Un nouvel élément cependant : selon lui, la candidature Mélenchon pour 2012 avait été négociée avec la direction du PCF dès...2008, lorsque Mélenchon quittait le PS. Destiné aux militants du PCF qui croient encore avoir un contrôle sur la destinée de leur Parti.

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Le Front de Gauche arrive à la fin d'un cycle. Il n'est pas inutile aujourd'hui de se rappeler les chapitres précédents: le Front de Gauche surgit de la coïncidence de plusieurs impulsions.

 

La première, c'est celle d'un PCF dont la priorité absolue est de protéger les intérêts de l'appareil, des élus et des notables, et qui depuis 2005 n'arrête pas de rechercher, avec des hauts et des bas, à constituer une force qui élargisse la base électorale du PCF tout en mais dont le Parti garderait le contrôle. Ce fut d'abord l'aventure - désastreuse - des "collectifs antilibéraux". Le désastre a fait perdre à la direction du PCF toutes leurs illusions quand à un mouvement construit "à la base" sans structures stables ni mécanismes de décisions formalisés. Et la leçon a été bien apprise: pour l'essai suivant, on a fait un bon vieux accord "au sommet" entre organisations.

La seconde est l'impulsion personnelle de Jean-Luc Mélenchon. Constatant que sa carrière au PS plafonnait dans les rôles d'éternel "poil à gratter" de congrès sans véritable issue sur la place publique, il avait négocié un accord avec la direction du PCF en général et avec Marie-George Buffet en particulier pour préparer une candidature présidentielle que le PCF pourrait soutenir.

 

La troisième, c'est l'existence d'une nébuleuse gauchiste autour de toute une série de groupuscules ("alternatifs" divers et variés, ex-trostkystes et ex-maoïstes - souvent passés parle PS - en rupture de ban, anarcho-bobos en mal de révolution, "féministes de genre", néo-cathos larmoyants, etc.) et dont les composantes recherchent elles aussi un débouché électoral "unitaire" pour leurs messages essentiellement sociétaux et "culturels".

 

Mélenchon a joué une partie difficile de main de maître. Son plus grand mérite en tant que stratège est d'avoir perçu combien le traumatisme de la candidature Buffet avait laissé des traces profondes à la direction du PCF. Pour le dire schématiquement, la direction du PCF était terrorisée à l'idée de devoir présenter un candidat à l'élection présidentielle, ce qui dans l'état de déliquescence actuel du PCF équivalait à l'envoyer au massacre (1). Mélenchon offrait aux dirigeants du PCF la sortie idéale: il prenait en charge le risque de la campagne présidentielle, laissant à l'appareil du PCF la seule chose qui l'intéresse vraiment: les législatives.

 

Mais le projet de Mélenchon va bien au delà d'une alliance électorale. C'est de donner à la nébuleuse qu'est la "gauche de la gauche" une structure permanente, de constituer une véritable organisation politique dont, bien entendu, il prendrait la tête. Un projet que les militants du PCF ne sont pas prêts d'accepter. Pour leur imposer, il faut donc créer un rapport de forces. Mélenchon, qui vénère Mitterrand, sait que celui-ci a été confronté un peu au même problème. Il sait que l'OPA de Mitterrand sur la SFIO pour constituer le Parti Socialiste a été rendue possible par le score inespéré à l'élection présidentielle de 1965, ou le "vieux" était candidat unique de la gauche. A une plus petite échelle, Mélenchon comptait refaire le même coup au PCF. C'est pourquoi les 11% de Mélenchon n'ont fait pleurer personne place du Colonel Fabien: à 17%, Mélenchon serait devenu un allié encombrant, ayant les moyens de poser des conditions. A 11%, il redevient un allié gérable.

 

Le problème de Mélenchon, c'est qu'il risque assez rapidement de glisser à nouveau vers l'anonymat. Depuis juin 2011, il était devenu le porte-parole quasi-unique du Front de Gauche, avec une large marge de manœuvre pour redéfinir à sa convenance le discours, les priorités et le programme du Front. Ainsi, il a fait du discours "anti-Le Pen" l'axe de sa campagne sans demander l'avis de personne, pas plus qu'il a demandé l'avis de ses alliés avant d'appeler au désistement pour François Hollande (2). Qui allait le contredire ? Imaginez-vous Pierre Laurent ou Marie-George Buffet déclarant devant des journalistes "ce que M Mélenchon a dit ne nous engage nullement" ? Bien sur que non. Même si certaines prises de position du candidat ont défrisé au PCF, personne n'a moufté. Qui a envie d'être accusé de tirer contre son camp ?

 

Ce statut de porte-parole exclusif arrive à sa fin. Depuis le 22 avril la situation de Mélenchon rappelle celle de Segolène Royal après sa défaite: il était tout, il n'est plus rien. Si, "co-président" du PG avec Martine Billard. C'est une base étroite pour influencer la suite. C'est pourquoi Mélenchon essaye de perpétuer sa présence dans les médias avec la même technique qu'il avait utilisé au début de son ascension pour se faire entendre: l'agressivité décuplée. Il essaye aussi de "faire le buzz" en lançant des initiatives sans consulter personne: une "convention" début juin, par exemple... Mais on sent qu'on est déjà passé à autre chose. Il suffit de lire le rapport de Pierre Laurent au comité national du PCF et la discussion qui s'en est suivi (consultable ici) pour voir que si l'on remercie Mélenchon de sa performance, une nouvelle séquence s'ouvre et la direction du PCF ne compte pas se laisser confisquer son premier rôle. Et cela ne peut qu'empirer: une fois les législatives passées, l'intérêt des gens et des médias se déplacera inévitablement sur les politiques qui seront mises en œuvre par le nouveau gouvernement - dont Mélenchon, si l'on croit ses dires, ne sera pas - et la nouvelle majorité, dans laquelle il jouera un rôle secondaire.

 

Pour donner à Mélenchon plus de visibilité, certains ont conçu l'idée de le faire élire à l'Assemblée Nationale. Mais c'est plus facile à dire qu'à faire. Les circonscriptions "gagnables" ne sont pas en effet légion, et le Front de Gauche n'a guère les moyens de parachuter son ancien candidat sur une circonscription sûre. C'est que les perspectives législatives du Front sont assez sombres: La première difficulté est d'arriver en tête de la gauche au premier tour. L'expérience montre que lorsqu'un président est élu, les candidats investis par lui ont une importante prime. Ce qui risque de donner aux candidats socialistes la possibilité de passer presque partout devant ceux du Front de Gauche, les éliminant ainsi au premier tour.  Je me suis amusé à comparer les scores dans les communes - je n'ai pas les moyens de faire ce travail au niveau des circonscriptions - pour les députés sortants: sur les 19 sortants du Front de Gauche, dans trois cas seulement le Front de Gauche arrive devant les socialistes (Candelier, Lecocq, Chassaigne). Cela n'est qu'une indication, bien entendu, et la dynamique législative n'est pas la même que la présidentielle. Mais c'est une indication alarmante. L'alternative serait de négocier des candidats communs avec le PS dès le premier tour. Mais outre le fait que cela reviendrait pour Mélenchon à manger son chapeau, une telle négociation implique un accord sur une plateforme programmatique... ce serait le retour de la Gauche Plurielle.

 

Rien n'est aussi triste que de ne plus être et d'avoir été. Mélenchon risque de s'en apercevoir assez vite...

 

Descartes

 

 

(1) Car c'est bien là que se trouve le nœud de la question: le PCF est incapable de produire dans son sein un candidat charismatique, de construire un discours de campagne vaguement rationnel, et de le mettre en œuvre sur le terrain. Le PCF a aujourd'hui des forces militantes, mais il n'a que ça. Les muscles agissent, mais le cerveau, au niveau national, est mort.

 

(2) On a du mal à croire qu'il fut une époque où les partis de gauche réunissaient leurs instances de direction collective pour prendre ce genre de décisions. Ce n'est plus de tout le cas: le CN du PCF ne s'est guère réuni depuis le début de l'année pour examiner les différents aspects de la campagne. Mélenchon et son équipe proche - essentiellement composée de fidèles - ont eu les mains libres, et c'est lui même qui le dit sur son blog.

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