Merci Mr. Haroche ! - par Nationaliste Jacobin

  • Par arsin
  • Le 10/10/2012
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Par Nationaliste Jacobin, sur son blog

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Pour une fois, il m’est donné de commenter une bonne nouvelle : le prix Nobel de Physique 2012 est attribué à un chercheur français, M. Serge Haroche. Il le partagera avec un Américain, mais cela ne réduit en rien le mérite de notre compatriote. Je ne suis pas un spécialiste, donc je me bornerai à retranscrire ce que j’ai lu dans un article. M. Haroche est présenté comme un « spécialiste d’optique quantique » dont les recherches « ouvrent la voie à des ordinateurs surpuissants et des horloges d’une précision extrême ». Ses expériences ont porté sur le comportement des photons (particules de lumière, si j’ai bonne mémoire), et notamment sur leur passage « d’un état atypique du monde quantique, régissant l’infiniment petit, à un état correspondant parfaitement à la physique classique ». Ne m’en demandez pas plus. Si un jour j’ai le temps, je tâcherai d’approfondir la question.

Ce Nobel ne récompense pas seulement, à mon sens, des recherches. Il est aussi le couronnement d’une carrière exemplaire. Serge Haroche est sorti major de Polytechnique, c’est-à-dire premier au classement. Evidemment, la méritocratie, ce sain élitisme républicain, n’est plus vraiment dans l’air du temps. Pour ma part, j’y suis attaché, et tout républicain devrait l’être. M. Haroche a apparemment accompli l’essentiel de sa carrière professionnelle dans les institutions françaises : chercheur au CNRS, enseignant à Polytechnique (une façon de rendre les honneurs à son école d’origine) et à l’université Paris-VI Pierre-et-Marie-Curie, puis à l’Ecole Normale Supérieure, et enfin professeur au Collège de France, ce qui est, bien sûr, la consécration pour un universitaire français. Serge Haroche ne s’est pas contenté de mener des recherches. Il a transmis ses connaissances dans nos grandes écoles et nos universités. Il a, ce faisant, formé la relève, de nouveaux physiciens dont certains, peut-être, – qui sait ? – seront de futurs Nobel. Oui, c’est une carrière en tout point exemplaire, la carrière d’un scientifique et d’un serviteur de la nation.

 

Exemplaire, c’est le mot. M. Haroche devrait être cité en exemple dans toutes les écoles, tous les collèges et tous les lycées de France. On devrait inculquer à tous les jeunes Français que cet homme (et les chercheurs dans leur ensemble) représente précisément ce que la France fait de mieux, ce qui permet à notre pays de rayonner : la passion du savoir, la rigueur du scientifique, le goût de l’effort, la curiosité qui permet à la fois de mieux appréhender l’univers et d’ouvrir des perspectives fascinantes dans le domaine technologique. Je crois que trop de Français, jeunes et moins jeunes, sont obnubilés par le sport et les paillettes. Certains sportifs ne sont pas sans mérite, et j’ai soutenu nos athlètes durant les Jeux Olympiques de Londres, et je me suis réjoui de leurs succès, comme j’ai compati à leurs échecs qui n’ôtaient rien à leur mérite. Mais l’exploit sportif présente à mes yeux des inconvénients : il est éphémère et individuel. On me répondra que derrière une médaille olympique, il y a tout le travail, collectif, d’une fédération qui repère les talents, de collectivités qui financent les équipements… J’entends bien. Mais, pour moi, le sportif reste en quête d’un exploit individuel, d’abord pour lui-même, et secondairement pour son pays. Surtout, le champion est lié à son époque, sauf exception, et il sera oublié quelques décennies plus tard. Qui se souvient des champions olympiques des années 20 ? Pas grand-monde.

 

Le scientifique aura aussi des successeurs, des héritiers qui peut-être lui voleront la vedette, et la société entière ne se souviendra pas de lui. Mais si ses recherches ont permis une avancée notable dans le domaine de la science, son nom sera cité durant des décennies, peut-être des siècles, voire des millénaires. Que l’on songe aux Grecs Euclide, Pythagore, Thalès : ces hommes restent des passages obligés pour l’apprenti mathématicien. Copernic et Galilée demeurent des références pour les astronomes et astrophysiciens. Pasteur et Fleming ne peuvent être ignorés des médecins et des pharmaciens. Watt, Edison, Diesel auront toujours une place de choix dans le génie industriel. Nos sociétés modernes leur sont redevables d’une manière ou d’une autre. Alors que le Français du XXII° siècle ne devra pas grand-chose à Yannick Agnel ou Teddy Riner, désolé de le dire. C’est peut-être triste, mais c’est ainsi. Le sportif est condamné à l’éphémère, alors que le scientifique inscrit son nom dans la longue durée. Il ne s’agit pas de rejeter le sport : lorsqu’il est synonyme d’effort, de rigueur, de discipline (je songe à ces athlètes que j’ai vus dans des disciplines ingrates qui, pour ma part, m’impressionnent : anneaux, barres parallèles, cheval d’arçon… j’ai pour ces sportifs-là une réelle admiration), il montre ce que l’homme a de meilleur. Le drame est que le sport montre très souvent les pires travers de l’humanité : orgueil, arrogance, jalousie, ignorance, bêtise et j’en passe. De ce point de vue, un scientifique trop orgueilleux, qui prendrait ses aises avec les protocoles expérimentaux, aurait peu de chance de réussir autre chose qu’un coup d’éclat que des contre-études ne tarderaient pas à démentir. Je me souviens de ce que me disait, il y a quelques années, ma directrice de maîtrise : « n’oubliez pas, l’historien, le chercheur, doit rester humble ». J’ai pu constater que les universitaires ne respectent pas toujours ce credo, mais ils en sont souvent punis. Alors qu’on connaît des sportifs capricieux et arrogants qui restent intouchables…

 

Je suis affligé de voir les collégiens n’avoir d’yeux que pour des chanteuses à la mode (bien que peu vêtue en général…), des joueurs de foot ou des comiques à l’humour souvent douteux. Il serait souhaitable que la jeunesse, sans renoncer complètement aux icônes de son temps, fasse une petite place aux grands noms de la science. Après tout, écouter Rihanna n’exempte pas de connaître Marie Curie. Et l’on peut très bien concilier les deux. Il faut que les Français comprennent que, dans un siècle, il est probable que les travaux de Serge Haroche lui vaudront d’être cité dans les universités, alors que Zinedine Zidane, Djamel Debbouzze ou Diam’s auront sombré, et c’est justice, dans les limbes de l’oubli. Autrement dit, Haroche contribue à la Culture avec un grand « C », c’est-à-dire ce qui restera quand le superflu aura disparu, les autres larrons, non. Serge Haroche donne également de nouveaux outils à la France, mais aussi à l’humanité, pour relever les défis de l’avenir. Car les solutions aux problèmes environnementaux, énergétiques, etc., passent nécessairement par le progrès technique. Ceux qui s’imaginent que le retour au paléolithique est la meilleure solution pour la survie de l’humanité sont des imbéciles ou des criminels.

 

Rêvons donc d’une France où les citoyens, au lieu d’être fiers de pseudo-artistes, de joueurs de foot ou de saltimbanques au talent souvent contestable, seraient plutôt fiers de leurs chercheurs, de leurs universitaires, de leurs scientifiques. En tout cas, en tant que Français, ce prix Nobel de Physique me réjouit. Alors oui, je vous dis merci, M. Haroche, merci du fond du cœur.  



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