Mon choix pour le premier tour - par Pablito Waal

  • Par arsin
  • Le 17/04/2012
  • Commentaires (1)

Tribune libre et personnelle de Pablito Waal

David et Goliath, de David Fugel (1863-1939)

A cinq jours du premier tour, j’hésitais encore entre deux attitudes possibles pour ce 22 avril : l’abstention et le vote pour Nicolas Dupont-Aignan.

 

Depuis son élimination faute de parrainages, François Asselineau défend, comme d’autres, l’abstention, et est suivi par l’UPR. D’autres personnes autour de moi, plus ou moins sympathisantes de cette formation, semblent également avoir pris parti pour une abstention « militante ». En tant que membre de l’UPR, je devrais également suivre cette ligne.

 

Malgré tout, je ne le ferai pas, et j’irai ce Dimanche voter pour le candidat de Debout La République. Plusieurs raisons m’y poussent : la candidature elle-même, et le rejet de la « stratégie » de « l’abstention militante ».

 

Je préviens tout de suite que ce billet s’adresse aux personnes qui votent « rationnellement », du moins le plus possible, pas à ceux qui ont besoin de se sentir « emballés » par un-e candidat-e qui leur « donne l’envie ».

 

Au sein du camp souverainiste, à droite et à gauche, nombreuses sont les critiques qui peuvent être adressées au député-maire de Yerres :

 

-          Son manque de charisme, ses discours où l’énergie parait feinte ;

 

-          Sa proximité avec la droite, et l’intuition fermement ancrée chez certains qu’il sera un rabatteur de Sarkozy (l’argument me touche peu, puisque je sais que je ne voterai pas Sarkozy le 6 mai 2012) ;

 

-          Sa position floue et inconstante sur l’Union Européenne et l’euro. N. Dupont-Aignan a longtemps tenu le discours de « l’autre Europe », s’est mis à dénoncer l’euro en tant que tel depuis peu et prône le passage à une « monnaie commune » plutôt qu’un retour intégral aux monnaies nationales. Jusqu’à très récemment, DLR refusait de sortir de l’Union Européenne, prétendait davantage « désobéir aux traités », refusait l’emploi de l’article 50 du Traité de Lisbonne pour sortir légalement en deux ans maximum de l’Union Européenne. Sur l’Euro à nouveau, ayant reçu les professions de foi électorales hier, j’ai eu la désagréable surprise de voir que, à l’instar de Marine Le Pen (dont on connaissait le revirement, et je ne comptais pas voter pour elle de toute façon), Dupont-Aignan n’affichait pas la sortie de la monnaie unique en toutes lettres dans sa prose. Le sondage donnant 4 français sur 5 favorables au maintien dans l’euro a donc fait des ravages, alors que le candidat gaulliste aurait justement dû faire son marché parmi les 20% de français résistant au lavage de cerveau européiste, maintenant que Le Pen a baissé pavillon. La profession de foi de Dupont-Aignan mentionne seulement le retour à la « liberté monétaire » et l’emploi de la Banque de France pour financer l’Etat. Sauf que, rédigée ainsi, cette annonce ne se distingue pas de l’absurde discours mélenchonien sur la Banque de France qui retrouverait le droit de battre monnaie tout en restant dans l’euro – et vu les sondages prêtés à Jean-Luc, il apparaît que beaucoup de français se laissent berner !

 

Malgré tout, malgré tout…il y a du positif dans cette candidature, plus à mes yeux que dans toutes les autres (enfin, ceci dit, pas difficile de faire un peu mieux que zéro). D’abord, il ne faut pas envisager le vote Dupont-Aignan comme une fin en soi, mais comme un signal médiatique, à mes yeux plus net que l’abstention (j’y reviendrai). Il faut penser à la façon dont Nicolas Dupont-Aignan et son discours sont perçus, pas à ce qu’ils sont exactement et dans les détails, ce que peu de français voient (objectivement). Pour l’UPR et François Asselineau, Dupont-Aignan est une contrefaçon d’anti-fédéraliste, un homme de paille de Sarkozy, un agent américain lié à la French American Foundation et j’en passe… Mais pour un nombre de français beaucoup plus grand que ceux qui connaissent l’UPR, ce n’est pas la même chose. Prenez une personne au hasard dans la rue, en enlevant ceux qui diront « Dupont-Aignan, c’est qui ? », il y aura probablement un grand nombre de « C’est le mec qui est contre l’euro, non ? ».

 

Cette image, c’est celle que l’ignoble Grand et le tout Petit Journal de Canal+ lui ont donné, en tentant de le ridiculiser, montrant surtout la bassesse de ces « journalistes ». Ce que Dupont-Aignan a tenté de leur rendre, maladroitement à mes yeux : le coup du « combien êtes-vous payé ? » à Aphatie et Denisot est un beau moment de pugnacité, même si le candidat gaulliste n’a pas les talents oratoires d’un Mélenchon. Mais le plus juste aurait été d’opposer le député-maire, élu par les citoyens, à des journalistes qui tentent de faire tous les jours l’opinion des électeurs alors que personne ne les a élus (je ne demande bien sûr pas qu’on élise les journalistes, mais qu’on en change plus souvent), et qu’on aimerait bien savoir qui les a nommés. Et alors la question de la rémunération de Denisot, Aphatie et consorts aurait été utile, car on rompt d’autant plus difficilement avec des donneurs d’ordre qui vous paient grassement.

 

L’utilité que j’accorde au vote Dupont-Aignan, c’est justement qu’au final, même les journalistes les plus européistes seront obligés de reconnaître qu’il y a des gens qui votent pour un candidat perçu, même de façon inexacte, comme un anti-européen et un adversaire de l’euro.

 

Maintenant, parlons de l’utilité de l’autre choix, celui de « l’abstention militante ».

 

Le pari de l’UPR et des autres promoteurs de cette (non-)action politique est que s’il y avait un taux énorme d’abstention (déjà pronostiquée à 32% pour le premier tour ; imaginons qu’elle soit à 30, 35 ou 40%), alors cela serait un  séisme politique. Qui pourrait générer, ou contribuer, à un début de prise de conscience. Ce serait l’affirmation qu'un grand nombre de français pensent que la présidentielle est une mascarade, puisque cette élection se déroule, comme cela a également été dit sur ce site, non pas à deux mais à quatre tours. Un très fort taux d’abstention en serait la sanction.


Malheureusement, ceci est une pure rêverie. Une abstention à 40% (visons haut pour une présidentielle) fera parler d’elle pendant dix minutes, et puis on oubliera.

Qui se souvient des 28% d’abstentions du premier tour de la présidentielle de 2002 ?

Des 70% d’abstentions au référendum sur le quinquennat en 2000 ?

Des 59% d’abstentions aux européennes de 2009 ?

Des 40% d’abstentions aux législatives de 2007 ?

 

Personne.

Parce qu’il faut se rappeler de qui modèle l’opinion médiatique, qui contrôle ce qu’elle voit et ce qu’elle pourra retenir : les journalistes télévisuels et radiophoniques. On pourra toujours avoir quantité de sites et de blogs qui dès le soir du premier tour, recalculeront les scores en proportion des inscrits et non des suffrages exprimés. Mais il y aura quand même plus de gens qui s’informeront via la télévision et la radio que via le Net, et surtout le Net « dissident ».

 

Et les journalistes, eux, ne donneront que les scores en pourcentages des suffrages exprimés. Ce sera cela, l’information de la soirée. On peut le déplorer, mais c’est ainsi.

 

Il faut être naïf pour croire que le système politique français ne pourrait plus fonctionner si le taux de participation tombait à 50, 40 voire 30% des inscrits, même aux présidentielles. Les USA le gèrent très bien, eux. Le système politique français et l’oligarchie qui le dirige ignorent toute forme de honte et de conscience morale, seule l’image de marque les intéresse. Ils n’ont pas eu de honte pour valider le Traité de Lisbonne, ce n’est donc pas le fait d’ignorer 30, 40 ou même 60% d’abstentionnistes qui troublera leur sommeil. Ce que chaque candidat mettra en avant, c’est son score en proportion des exprimés.

 

Ce qui importe pour moi, c’est de réduire les scores, fut-ce d’un trois cent millième de point, des candidats qui m’insupportent le plus : Mélenchon, Hollande, Bayrou, Sarkozy (Le Pen se saborde toute seule). Pour cela, il faut donc que je fasse un vote valide. C’est le seul grain de sable que je suis autorisé à mettre dans les rouages.

 

Autre point sur l’abstention : il sera radicalement impossible de dire quelle part de l’abstention correspondra à un refus conscient et politisé de « cautionner le système », et quelle part reviendra à une lassitude intellectuelle, ou au désintérêt politique habituel. Participer au vote n’est nullement incompatible avec une action militante réellement décisive. Si une forme quelconque de soulèvement du peuple devait changer radicalement notre système politique, il n’y a aucune raison de penser que les rebelles seraient tous d’anciens abstentionnistes, et les conservateurs tous d’anciens votants…

 

Si vous voulez savoir à quoi pourrait ressembler un tel changement et comment le faire, continuez à lire le site de l’ARSIN…

Commentaires (1)

1. Nationaliste jacobin (site web) 17/04/2012

Quoi qu'ait pu marquer NDA dans sa profession de foi, je tiens à signaler qu'à chaque intervention dans les médias (je dis bien à chaque intervention), lorsque la question lui est posée (et elle l'est souvent), il répond clairement: sortie de l'euro. Il l'a redit à "des paroles et des actes". Je suis un peu sa campagne, je consulte les vidéos de ses passages à la télévision et à la radio, sur le site de DLR et je puis témoigner qu'à ma connaissance, il reste un ferme partisan de la sortie de l'euro.

C'est vrai qu'il a un temps fait preuve d'irrésolution, mais je crois qu'il faut lui rendre cette justice: depuis son entrée en campagne, il s'est tenu à une ligne relativement claire et ferme, et à un discours cohérent, malgré les sondages et les quolibets.

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