Natios VS antifas : la guerre des antis plus que des idéologies

  • Par arsin
  • Le 25/06/2013
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Tribune libre de Pablito Waal

Au sujet de l'affaire Méric, les dernières informations obligent à modifier l'article publié le 6 juin dernier.

Cet article est un commentaire d'un texte écrit par Florian N'doye sur le site du Cercle des Volontaires. L'auteur y faisait un parallèle entre l'opposition antifas/groupes skinheads, parallèle qui, malgré la réutilisation des symboles rouges ou bruns par un camp ou l'autre, est en fait moins évident qu'il n'y paraît.

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Les analogies utilisées par l’auteur pour désigner « antifas » et «natios » me semblent incorrectes à plusieurs reprises. D’abord, la comparaison avec les protestants et les catholiques des guerres de religion : les catholiques représentaient la majorité de la population (même si tous les catholiques n’étaient pas des ligueurs), et les pourfendeurs des protestants se voulaient défenseur d’un ordre traditionnel, ce qui n’est pas le cas des natios de Troisième Voie, des JNR, et encore moins des antifas.

Mais c’est surtout sur les comparaisons nazisme/communisme que je voulais intervenir. Je ne répéterai pas tout l’argumentaire du site http://www.pourlecommunisme.com, en lien sur arsin.fr. Pour aller à l’essentiel, il y aura toujours une différence entre le mouvement socialiste/communiste et le nazisme. Cette différence, même vue dans un prisme franco-français, ne vient pas du fait que les communistes seraient vus comme des « résistants ». L’image du « Parti des Fusillés » est épuisée depuis longtemps, en dehors des derniers rangs du PCF et MJCF. Cette différence de perception vient de ce que, contrairement à ce qu’écrit Florian, la France a eu une expérience tout à fait concrète du nazisme comme du socialisme. Le nazisme, la France l’a connu sous l’Occupation. Si l’attitude des français face à la figure paternelle et a priori rassurante du Maréchal Pétain fut variable (quelques mois avant que De Gaulle n’arpente les Champs-Elysées, c’était le chef de l’Etat Français qui était applaudi dans la même ville), en revanche, personne ne regrette les manifestations les plus concrètes du fascisme en France (Wehrmacht, SS, Milice, LVF…), à savoir la mobilisation permanente de groupes armés dans une lutte contre « l’ennemi intérieur », l’encadrement politique de la population (la jeunesse notamment), sans remise en cause de la classe capitaliste (différence fondamentale avec le bolchévisme).

La France a aussi connu l’expérience concrète du socialisme, avec plusieurs vagues de socialisation de l’économie (1936, 1945, 1981), chacune étant, dans l’esprit de ses principaux promoteurs (socialistes et communistes) une étape avant la rupture finale avec le capitalisme (il ne s’agissait donc pas de social-démocratie au sens où nous l’entendons aujourd’hui). Ce socialisme-là est bien plus authentique que tout ce qu’à connu l’Europe orientale, car il reposait sur le suffrage libre d’un électorat prolétaire. Environ un tiers de l’économie française a été sous la responsabilité d’un état globalement démocratique, du moins responsable devant ses électeurs. Les français, par expérience concrète, savent donc  qu’il y a un socialisme démocratique, quelque soit l’appréciation qu’ils aient de ses résultats sociaux et économiques, alors qu’ils ont bien vu que le fascisme, par définition, ne peut être qu’un régime violent.

Je passe – en fait non – sur certaines affirmations de Florian : « le communisme comptabilise au moins dix fois plus de morts que le nazisme ». La réalité, c’est 40 millions au moins de morts du nazisme en moins de 6 ans, 15-20 millions du stalinisme en un quart de siècle, 50 à 70 millions pour le maoïsme sur trente ans, dont au moins la moitié dus à une politique agricole dénoncée dans le PCC lui-même à la fin des années 50. En raison de ce que j’ai écrit plus haut, cumuler les bilans mortifères de régimes différents pour arriver au total du nazisme VS celui du « communisme » n’a aucun sens. On ne peut pas être nazi sans être hitlérien, on peut être communiste sans être stalinien ou maoïste. L’exemple de l’Angola devrait amener à complexifier encore les choses : le MPLA angolais a combattu pendant plus de 20 ans l’UNITA soutenue par les USA…et la Chine ! Comme quoi l’Histoire est complexe…

Revenons à nos natios et antifas. De mon point de vue, ils ne représentent pas l’opposition communisme / nazisme. Fascisme peut-être pour certains groupes de jeunesses nationalistes, qui se veulent à la fois nationalistes, partisans d’une société disciplinaire (en fait il n’est pas sûr que tous les amateurs de baston natios aimeraient une telle société où ils risqueraient de finir comme les SA), anticapitalistes (sans désigner toujours clairement le type d’économie alternative qu’ils souhaitent). Mais le nazisme n’est qu’une des options du fascisme. Et les natios gravitant autour d’Ayoub sont moins porteur du « Reich de mille ans » que de positions « anti » : antimondialisme, anti-immigration, anti-gauchisme, anti-finance, anti-parlementarisme, etc… Notons aussi que la France a l’expérience de plusieurs autres voies de l’extrême-droite, à commencer par le royalisme (l’Action Française a toujours aimé le coup de poing), ou l’anticommunisme militant d’Occident, l’OAS… Tous n’étaient pas « révolutionnaires », mais au contraire défenseurs d’un ordre existant ou ayant existé. La référence au nazisme (qui lui est plutôt « révolutionnaire ») est donc trop réductrice pour comprendre la méfiance que l’extrême-droite suscite en France.

Les antifas, s’ils usent d’une rhétorique de lutte des classes (noyée dans le discours anti-frontières, métissolâtre, féministe…), n’ont qu’assez peu de choses en commun avec le mouvement communiste organisé tel que la France l’a connu et existant toujours via le PCF ou la CGT. Le mouvement communiste est un mouvement d’ordre, qui a essayé de créer sa contre-société tout en restant aux prises avec l’économie réelle, par ses cellules d’entreprises, ses syndicats, les entreprises publiques, l’administration (qui est une production de richesses, n’en déplaise aux libéraux) ou ses associations de solidarité. Face aux problématiques d’immigration, ou même de la décolonisation, l’attitude du PCF fut variable. Les antifas, au contraire, sont dans la négation de l’ordre social et dans la proclamation de principes absolus, toute personne les discutant étant un ennemi avec lequel on ne peut débattre. Ils refusent la société productiviste, les frontières, l’Etat (tout en dénonçant le démantèlement de l’Etat social, croyant naïvement que celui-ci pourrait exister sans l’Etat régalien). Le peu de contre-société qu’ils défendent existe en marge ou contre la société et l’économie marchande et industrielle (squats, communautés autogérées…). La violence de ladite extrême-gauche en France est restée relativement rare depuis l’épisode de l’épuration sauvage de 1944-45. Action Directe a fait moins de morts que la Bande à Baader, et opérait à une époque où le déclin du PCF comme du bloc de l’Est était trop avancés pour inquiéter réellement l’opinion sur une éventuelle prise du pouvoir par les rouges en France (situation différente de ce qui exista auparavant en Italie).

Pour finir, il me semble que la véritable interprétation de l’opposition natios/antifas est plutôt le clivage entre deux courants « antis », dont les membres n’existent moralement que dans le refus d’autre chose, chacun recherchant son opposé politique le plus absolu, ne serait-ce que pour exister. C’est en cela que je rejoins Florian sur le fait que ce sont des mouvements de diversion, guère plus.

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