Obscurantistes de tous les pays, unissez-vous ! - par Descartes

  • Par arsin
  • Le 01/10/2012
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Par Descartes, sur son blog

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R.I.P. pour la crédibilité journalistique du Nouvel Obs...

Il y a quelques semaines, c'était Fessenheim et un incident banal gonflé jusqu'à devenir "l'accident de trop" qui justifiait la fermeture immédiate de la centrale. Ces jours-ci, c'est l'étude du professeur Gilles-Eric Séralini sur les effets d'un OGM, le maïs Monsanto NK603, étude qui, si l'on croit "Le Nouvel Observateur" prouverait que "les OGM sont des poisons".

Gilles-Eric Séralini n'est pas un inconnu. Ce professeur de biologie moléculaire à l'université de Caen est un militant anti-OGM réputé. Ami de Corinne Lepage, avec qui il co-fonde la CRIIGEN (institution pseudo-scientifique construite sur le modèle de la CRIIRAD, qui servit en son temps à lancer quelques belles carrières politiques, dont celle de Michèle Rivasi), auteur de nombreux ouvrages militants sur la question, soutenu par Greenpeace... en un mot, le parfait scientifique "indépendant" tel qu'on l'aime au Nouvel Observateur. Et c'est d'ailleurs cet hebdomadaire qui aide Séralini à monter son "coup" médiatique.

Séralini confie ses résultats en exclusivité au Nouvel Observateur pour publication, mais communique son étude à d'autres journaux "sous embargo", c'est à dire, avec engagement de confidentialité qui intedit de le communiquer à quiconque et donc de demander l'avis d'experts. On doit admirer le professionnel: avec cet arrangement, on s'assure d'un emballement médiatique maximal: une fois l'article publié au Nouvel Obs, les autres médias sont obligés de suivre immédiatement sous peine d'être distancés, mais sans avoir les moyens d'introduire une expertise. C'est la garantie qu'aucune voix rationnelle ne viendra interrompre le processus.

En quoi consiste l'étude ? Et bien, on a suivi 200 rats de laboratoire pendant toute leur vie. Certains rats ont été alimentés avec du mais ordinaires (groupe "témoin"), d'autres ont reçu des doses variables de maïs OGM, d'autres encore la combinaison de maïs et de son herbicide associé, le Roundup. Pour chaque groupe, on a suivi l'état de santé des rats jusqu'à leur mort naturelle. Et on constate, pour reprendre les termes du Nouvel Observateur "tumeurs, pathologies lourdes... une hécatombe".

En fait, disons-le franchement, l'étude semble avoir de sérieux biais. Pourquoi ? Tout simplement parce que les populations étudiées sont trop petites. Séralini insiste sur la durée de l'étude - deux ans, une durée "inédite" si l'on croit l'auteur - mais reste relativement discret sur les populations étudiées. En fait, le groupe témoin (c'est à dire, le groupe dit "normal" auquel on compare les autres) ne compte que 10 individus. Si l'on tient compte du fait que les rats utilisés sont d'une espèce qui développe fréquemment des tumeurs de manière spontanée, on se rend compte qu'avec un groupe témoin aussi petit, la variabilité naturelle des tumeurs jette un doute sérieux sur les résultats de l'étude. Il y a aussi de sérieux doutes sur le protocole utilisé. Et pour finir, il s'agit tellement évidemment d'une étude "militante", que la question du conflit d'intérêt se pose.

Mais l'étude a une faiblesse encore plus importante: à supposer même que ses résultats de l'étude soient significatives, leur portée est moindre que ce que les anti-OGM font semblant de croire. En effet, l'étude met en évidence une corrélation, et non une causalité: que deux événements soient corrélés n'implique pas qu'ils soient liés par un rapport de cause à effet. Pour ne donner qu'un exemple, le fait que la population de dindes diminue radicalement chaque année au début de l'hiver n'implique nullement que les dindes ne supportent pas le climat hivernal... pour transformer une corrélation en causalité, il faut décrire un mécanisme causal. Et c'est précisément ce que Séralini ne fait pas.

Il faudra attendre, pour conclure, que d'autres laboratoires essayent de reproduire l'expérience. Mais les résultats n'auront aucune importance. Le mal est fait. Le Nouvel Obs, qui consacre sept pages à l'étude Séralini, consacrera au mieux - et je dis bien au mieux - un entrefilet de trois lignes à une étude qui viendrait la contredire. Les photos de ces pauvres rats reproduits à la "une" des journaux auront fait leur office, persuadant l'opinion publique qu'il y a une Grande Conspiration - à laquelle participent non seulement les industriels, mais aussi l'establishment scientifique - pour lui cacher la vérité et jouer avec sa santé. Et la semaine prochaine, quand les rats de Séralini auront perdu le charme de la nouveauté, on nous sortira une étude sur les antennes HF, les lignes haute tension, les gaz de schiste... avant de revenir au classique de l'incident "nucléaire".

C'est la confiance dans la science, c'est le recours au débat informé qui libère de la domination des obscurantistes et des charlatans. Pas étonnant dans ces conditions que les charlatans et les obscurantistes de tout poil cherchent à conquérir et renforcer leur pouvoir en excitant la méfiance envers la science et les scientifiques et en polluant le débat public par des "coups" médiatiques et des affirmations fantaisistes.

Descartes

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