Pourquoi je n'ai pas voté pour le citoyen Hollande - par Joe Liqueur

  • Par arsin
  • Le 07/05/2012
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Par Joe Liqueur, sur son blog

http://communisme-liberal.blogspot.fr

Et comment j’ai failli voter nul

Je vous préviens tout de suite, je ne prendrai pas la peine de préciser pourquoi je n’ai pas voté pour le citoyen Sarkozy, cela ne semble pas utile…

Pour ce qui concerne Hollande, ça peut aller vite : dans son programme, il ne propose aucune nationalisation, pas même pour les autoroutes que Jospin avait privatisées ; il s’engage simplement, de manière vague et expéditive, à « préserver le statut public des entreprises majoritairement détenues par l’Etat (EDF, SNCF, La Poste…) ». Un engagement qui ne figure d’ailleurs pas dans sa profession de foi… (1) Un oubli, sans doute. On peut ajouter que le citoyen Hollande était premier secrétaire du Parti « socialiste » à l’époque où les sociaux-traîtres du gouvernement Jospin privatisaient comme des tarés.

A ce stade-là, je ne suis plus du tout certain qu’au cours des prochains mois et des prochaines années, un gouvernement « socialiste » privatiserait moins qu’un gouvernement UMP. J’estime que rien ne permet de le penser.


Pierre CARLES - DSK, Hollande, etc_2/2 par tchels0o

Pour Laurent Joffrin, le fait qu’un gouvernement privatise ou nationalise n’est pas le « bon critère » pour déterminer si la politique mise en œuvre est réellement à gauche ou pas. Pour moi, si. Je m’en suis déjà expliqué dans d’autres billets. Et surtout si l’on parle de « socialisme »… Le socialisme, c’est la propriété collective des grands moyens de production, et aussi la gratuité des services publics essentiels. Selon Jean-Michel Apathie, seule une toute petite fraction du corps électoral est favorable à ces idées. Il a tort, et sans doute le fait-il exprès. Oui, citoyen Apathie, vous êtes un chien de garde. Un chien de garde des adorateurs du veau d’or. Ou un imbécile heureux. Vous préférez quoi ?

Dans ce petit film de Pierre Carles, vous apprécierez aussi la tirade de Gilles Balbastre, dans la première partie à 37’50. Un argumentaire des plus pertinents, que j’ai déjà développé sur ce blog il y a quelques temps. En prime, un signe qui ne trompe pas : François Hollande croit utile de préciser : « Je maintiendrai les services publics dans nos banlieues »… Encore heureux camarade !
Dans le programme présidentiel « socialiste » pour 2012, le volet consacré à l’emploi est particulièrement navrant. Dire que le citoyen Hollande a osé parler de « droit au travail » dans son dernier discours ! Le « contrat de génération » me semble être une idée gravement fumeuse ; les 150 000 « emplois d’avenir » aussi, qui évoquent les tristement célèbres « zemplois-jeunes », vous savez, ces contrats précaires spécial jeunes concoctés à l’époque par l’inénarrable « socialiste » Lionel Jospin. Bon, mais là il n’y en a plus que 150 000… Par ailleurs, dans ce texte plutôt effarant, on évoque vaguement un encadrement des loyers mais il ne vient pas à l’idée du candidat que dans certaines zones les loyers doivent absolument BAISSER !
Mais il y a encore bien plus grave : alors que notre appareil productif est en voie de délabrement (bien avancé dans certains secteurs), alors que notre déficit extérieur approche bientôt des 100 milliards, le citoyen Hollande ne manifeste aucune volonté sérieuse de relancer, d’augmenter la production en France, ni même de la maintenir - posture à part, et hors cette idée assez risible consistant à réorienter la politique économique de l’Union européenne dans le sens de la croissance, à coups de prétendues « renégociations » totalement nébuleuses et pour le moins aléatoires, pour ne pas dire vouées à l’échec. Sur ce chapitre, ainsi que le blogueur Descartes l’a justement fait remarquer, on peut imaginer que Sarkozy serait peut-être le moins dangereux des deux – mais on est dans la nuance, évidemment… J’arrête là, je crois que tout le monde a compris ce que je pense de cette prose infâme.
Voilà pour le volet économique. J’ai commencé par là, parce que c’est le plus important. Mais vous allez me dire, la gauche ce n’est pas que ça. Ce sont aussi les libertés publiques. Hélas, sur ce plan-là non plus, je ne vois pas bien ce qui distingue les deux candidats du deuxième tour. Je ne sache pas que Sarko ait jamais tenté de limiter sérieusement les libertés publiques en France, lesquelles sont toujours à peu près garanties (même s’il y aurait bien sûr quelques améliorations à apporter, voir à ce sujet les propositions intéressantes contenues dans le programme de l’Union populaire républicaine).
Mais vous allez me dire, la gauche, ce n’est pas que ça ; ce sont aussi les libertés individuelles. Hélas, là encore, le programme de François Hollande ne contient pas grand-chose, à part une proposition en faveur de l’euthanasie, que j’approuve. Mais on cherche en vain la libéralisation de l’usage de drogues, et la réglementation (2) de la production et du commerce.
Mais vous allez me dire, la gauche ce n’est pas que ça (moi aussi je peux faire des anaphores camarade). Il y a aussi les questions « sociétales ». Le mariage-gay©… Oui, mais vous savez que j’ai un point de vue différent sur la question - je milite en effet pour que l’Etat cesse de reconnaître le mariage ou toute forme d’association de ce type, autrement dit je milite pour la suppression du mariage civil et du PACS (3). J'ajoute que François Hollande, s'il prévoit d'inclure le principe de laïcité de l'Etat dans la Constitution (je suis pour), ne propose nullement d'abroger le concordat dans les trois départements concernés d'Alsace et de Moselle (contrairement à Jean-Luc Mélenchon, dois-je préciser…).
Et enfin vous allez sans doute me dire : et l’immigration ? Je regrette, mais je ne sache pas que les candidats encore en lice aujourd'hui eussent un point de vue très différent sur la question (au-delà des postures s’entend). L’un et l’autre estiment que la France « ne peut accueillir toute la misère du monde », mais « doit savoir en prendre fidèlement sa part », en vertu de ce que j’ai appelé la doctrine Rocard. Dans tous les cas, la clandestinité devait continuer à prospérer, les expulsions - coûteuses, douloureuses et inutiles - se perpétuer. Bon, évidemment, quand c’est Nadine qui esplique, ça n’arrange rien…


Et en prime, le bêtisier du programme du Front « de gauche »

Je n’ai donc jamais fini d’écrire ma critique argumentée du programme de Jean-Luc Mélenchon (pas le temps), mais je vous offre quand même cette petite sélection de perles qui font immanquablement penser au Twitter-de-Nadine-Morano (encore elle), référence internationale en matière de niaiserie (bientôt dans le Guiness Book).

Page 16 :
« Nous voulons éradiquer la pauvreté ! » (j’aurais dit plutôt : nous irons buter la pauvreté jusque dans les chiottes)

Page 17 :
« Nous agirons pour [nous agirons pour…] éradiquer le chômage et prendrons des mesures contre la précarisation de toute la vie sociale, et en particulier en faveur de celles et ceux qui en sont les premières victimes : les jeunes, les travailleurs précaires (exploités par le détournement des lois), les chômeurs (mis à l'écart et stigmatisés), les femmes, etc. » (rassurez-vous, il n’est jamais question d’instaurer le droit au travail, faut pas pousser non plus)

Oublié de noter la page pour celle-ci, mais ça vaut son pensant de cahuètes :
« La perte d’autonomie (que la droite nomme « dépendance ») sera couverte dans le cadre de la protection sociale sans recours aux assureurs privés. Et nous favoriserons, au niveau départemental, la création de pôles publics de l’autonomie. »
La perte-d’autonomie-que-la-droite-nomme-« dépendance », fallait la trouver celle-là.

Page 50 :
« Nous agirons pour [toutes les phrases commencent par « nous agirons pour »…] une ambitieuse politique agricole répondant à la satisfaction des besoins alimentaires des hommes et des femmes. » (et des chtites nenfants aussi ?)

Page 55 :
« Nous interdirons les sectes. » (celle de Rome aussi ?)

Page 65 :
« Personne ne sera laissé pour compte. » (ça c’est gentil alors)

Page 68 :
« La France prendra l'initiative d'états généraux de la refondation européenne en faisant appel à toutes les forces politiques et sociales disponibles en Europe. » (ben oui, on pourrait inviter Barroso, il a l’air cool)

Page 77 :
« La finalité de notre projet est l'émancipation, en créant les conditions pour que chacune et chacun puisse construire sa vie libéré(e) de toute domination et développer ses potentialités. » (excellent ! C’est chacune-et-chacun qui va être content-e !)

« Nous soutiendrons les communautés scolaires qui créent les conditions d'une vie d'établissement contribuant à la réussite des élèves. » (génial, super idée)

A défaut de commenter davantage moi-même, je vous recommande ce billet de l’excellent Descartes (très en forme ces derniers temps) dans lequel l’auteur nous fait partager la vie du Front dit « de gauche » Voici deux extraits tout à fait brillants :
« (…) Car, nous dit Généreux sous les applaudissements extatiques de la salle, "les traités ne sont pas faits pour être respectés, ils sont faits pour être signés et violés ensuite". »
Ah bon ?? Les traités sont faits pour être violés ?? Et la signature de la France, c’est de la merde ?


« La deuxième difficulté est celle d'articuler un véritable projet de relance. Une relance qui en plus doit être "non-productiviste", pour contenter la fibre écolo-bobo du public. La réponse, comme souvent dans les textes du Front de Gauche, est de fabriquer une formule creuse mais qui peut servir de réceptacle à tous les fantasmes. Dans le cas présent, c'est la "planification écologique". Par la magie de la planification écologique, non seulement on sort de la crise, mais on arrive au plein emploi. Seulement, la question évidente sur une telle dépense est son utilité. Car la relance par la dépense n'a de sens que si la dépense est consacrée à des investissements dont le produit paye le coût du programme. On peut toujours créer le plein emploi en payant la moitié de la population à creuser des trous et l'autre moitié à les combler. »

Rions un peu

Heureusement, dans cette campagne désespérante, il nous restait l’humour. C'est ça aussi, la France. On s’est bien marré sur les réseaux sociaux, par exemple avec ceci.


Ou avec les messages codés de #radiolondres, ou avec ces petits conseils qui ont circulé, du genre : « Si tu aimes Nicolas Sarkozy, dessine un cœur sur ton bulletin de vote ». Vous allez rire, c’est ce que je fus tenté de faire… avec un bulletin Hollande, quand même - vieux réflexe d’ex-électeur du P« S », arrivé au terme de sa cure de désintox, voyez-vous. Parce que j’avais commencé en 1997, j’ai replongé en 2007 (en 2002 j’avais voté pour le Chi, mais là je regrette beaucoup moins). Avant de m’aviser qu’une telle pochade marquerait une forme de désinvolture incompatible avec le respect dû aux citoyens qui tenaient le bureau de vote. Et j’ai (encore) glissé dans l’urne une enveloppe vide.

En votant nul ce 6 mai 2012, j’ai certes pris le risque de permettre une réélection de Nicolas Sarkozy. Je tiens à dire que j’assume (4). J’ai mis dans la balance ce risque d’un côté, de l’autre la certitude d’apporter une voix aux sociaux-traîtres. Et j’ai tranché. Non, citoyen Hollande, je ne vous fais aucune confiance même pour tenir les rares et vagues engagements que vous avez pris. Je ne fais plus aucune confiance à votre parti. Votre programme n’est pas socialiste (le camarade Jospin avait au moins eu le mérite de le préciser), et d’ailleurs ce n’est pas vraiment un programme dans la mesure où vous ne dites jamais ce que vous ferez si la citoyenne Merkel vous met le gros râteau que de toute façon vous attendez sans doute. Repli élastique ? C’est ce à quoi je m’attends.
Pour finir, encore quelques conseils de lecture : l’édito de Serge Halimi et, toujours dans le Diplo de ce mois-ci, un très bon papier de Geoffrey Geuens ; et cet excellent billet de Laurent de Boissieu, qui marque une certaine convergence avec ce que j’avais écrit en 2009.


PS : J’ai terminé Circus Politicus, la fin est assez consternante, on nage en pleine eurobéatitude. Je vais passer à Jacques Sapir, Faut-il sortir de l’euro ? (Seuil), j’imagine que poser la question c’est y répondre…


(1) Un peu comme le citoyen Dupont-Aignan, qui avait « oublié » de mettre la sortie de l’euro dans sa profession de foi. Laurent Pinsolle a bien tenté de m’expliquer que ça allait de soi, je regrette, mais ça me pose quand même un problème.

(2) Légaliser, cela signifie réglementer – message à l’attention des prohibitionnistes patentés qui confondent une telle mesure avec une fantaisie anarchiste, alors que c’est tout le contraire…

(3) Quant à l’adoption par des couples homosexuels, j’y suis favorable, mais selon une procédure qui est également précisée ici.

(4) Et aussi à préciser au passage que j’ai voté à une heure suffisamment matinale pour n’avoir alors eu vent d’aucune estimation en provenance des pays francophones voisins.
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