Qu'est-ce que l'identité française ?

  • Par arsin
  • Le 30/01/2018
  • Commentaires (0)

Ce texte fut publié sur Quora en réponse à la question : "Qu'est-ce qui définit l'identité française ?"

 

Ma réponse qui ne fera évidemment pas l'unanimité :

L'identité de la France, comme pour tous les pays, est double.

Il y a l'identité politique, et l'identité ethnique.

(Oui, ça va être polémique.)

Pour l'identité politique :

C'est facile, cela se résume à avoir la carte d'identité française. Et rien d'autre.

Vous pouvez ne pas résider en France, n'avoir aucun lien familial avec ce pays. Et ne même pas parler un mot de français si vous voulez, même si ce n'est pas très civique de votre part car cela vous rend incapable de parler avec les autres citoyens français et l'administration (mais bon, si on prend le cas où vous ne vivriez pas en France et n'auriez aucun lien personnel avec la population française…).

L'identité politique, c'est un acte administratif mais aussi politique - car résultant d'actes politiques ayant forgé des lois sur la nationalité et la citoyenneté, qui en France sont confondues (ce n'est pas le cas dans tous les pays). Cette identité, c'est la décision de l'entité politique France de vous reconnaitre comme citoyen(ne).

Cette identité a pour particularité d'être individuelle et individuellement constatable. Je peux dire : “Mr. Jean Dupont est un citoyen français”, s'il est bien enregistré comme tel par l’administration, autrement dit s'il a une carte d'identité. Ou, à l'inverse, s'il n'en a pas, je peux dire que Jean Dupont n'est pas citoyen français. On l'est, ou pas, ce n'est pas plus compliqué.

Et ça s'arrête là pour l'identité politique.

Le problème, c'est que des tas de gens s'arrêtent là et refusent de voir ce que les Anglo-saxons appellent “l'éléphant dans le salon”.

J'ai nommé l'identité ethnique.

La France est ce curieux pays où, officiellement, les ethnies n'existent pas. Alors que dans le reste du monde, si. Et que des pays aussi peu civilisés que le Royaume-Uni ou les USA en tiennent compte sans avoir jamais basculé dans la dictature racialiste.

Je donne d'abord, pour que l'on puisse avancer, ce que je définis comme ethnie :

C'est un groupe d'individus qui partagent certains caractères culturels et d'origine qu'ils peuvent transmettre à leurs descendants. Parmi ces caractères viennent en premier lieu : 1) la langue (ou groupe de langues proches, qui peuvent connaitre des variations régionales ou sectorielles); 2) la tradition religieuse (soit les rites ou repères chronologiques - les religions ayant étrangement en commun de chercher à façonner la mesure du temps chez leurs fidèles); 3) le récit des origines (à quel peuple et à quelle histoire on se rattache).

Cette définition appelle quelques commentaires :

  • J'entends tout de suite poindre comme de gros nuages lourds les accusations de vouloir trier les personnes en fonction de leur “pureté ethnique française”. A cela, je réponds d'avance que je n'ai que faire de savoir si Mr. Jean Dupond, ou n'importe qui d'autre, est un “pur français ethnique” ou pas. Car si vous avez suivi la précédente définition, l'ethnicité est collective, pas individuelle. Vous pouvez trouver des individus mélangeant des caractéristiques de groupes ethniques différents. Par exemple, un blond issu de quinze générations de normands, mais converti à l'Islam; ou un français d'origine gabonaise, noir, chrétien et docteur en lettres françaises, n'ayant plus d'intérêt pour le Gabon mais seulement pour la France ; ou un Français blanc n'ayant que des Français blancs dans sa généalogie connue mais écorchant la langue en y mêlant un sabir globish et en ne jurant que par “l'Europe”, la France étant dépassée selon lui. Et ces caractères individuels peuvent changer d’un moment à l’autre de la vie d’une personne. L'ethnicité n'a de sens qu'au niveau collectif, elle se mesure sur une population large (celle d'un quartier, d'une ville, d'un pays…) pour mesurer quelle langue maternelle domine, quelle affiliation à une culture religieuse prévaut, et à quelle population ou sous-population s'identifient les interrogés. On peut raisonnablement dire quelle ethnie est la plus représentée dans une zone, cela n'a ni sens ni intérêt de le dire sur une personne.
  • L'ethnicité ressort largement du vécu, de la mémoire et de la représentation mentale, et non des gènes. Elle est donc un concept radicalement distinct de la race. Et ce peu importe que les races humaines existent ou pas, car la race est ou serait par définition une catégorie génétique. Bien entendu, et c'est ce qui peu prêter à confusion, le fait que les membres d'une ethnie adhèrent à un récit des origines, à une histoire précise du groupe (comme peuvent en avoir les Séfarades, les Ashkénazes, les Arméniens, les Corses…), est corrélé à ce que les membres du groupe ethnique viennent souvent d'ancêtres qui avaient quelques choses en commun (la région d'origine ou religion par exemple, ou la langue). Mais il peut très bien y avoir eu des adoptions ou des mariages en exogamie qui font qu'il n'y a pas nécessairement de gènes communs à tous. Dans le langage courant, “ethnie” est parfois employé pour ne pas dire le mot honni “race”, ou “ type physique” (gens de telle ou telle couleur de peau, etc…). Alors que c'est un contresens intellectuel. Le cas bateau étant celui où on vous montre une image d'un groupe de gens ayant des couleurs de peau variées, assortie du commentaire tout aussi bateau : “notre équipe est multiculturelle/multiethnique”. Alors que tout ce que je vois, ce sont des gens ayant des types physiques différents. Je ne sais rien de leurs cultures ou affiliations ethniques.

Revenons sur l'identité ethnique de la France.

On peut retourner le puzzle dans tous les sens, faire toutes les nuances que l'on veut, la France, sur un millénaire d'existence, est un pays :

  • formé sur une aire de langues romanes, distincte de ses voisines italiques ou ibériques, constituée en deux blocs principaux : les langues dites d'oc, et celles d'oïl. Globalement, on peut dire que la France est la réunion de ces deux zones, à quelques différences près (la Wallonie et la Romandie en moins, la Basse-Bretagne, l'Alsace-Moselle, le Niçois, la Corse, une partie du Pays Basque et de la Catalogne en plus), différences générées par les hasards de l'Histoire. D'ailleurs, le fait que cette union d'oc et d'oïl (sous la domination du Nord, donc de la famille d'oïl, dont est issu le Français actuel) ait fonctionné et ait survécu est un hasard de l'histoire aussi, qui aurait pu ne pas être. Mais il est définitoire dans l'existence de la France.
  • forgé dans la tradition catholique, que cela plaise ou pas. Et la laïcité de 1905 ne change pas cela, sauf si vous confondez le pays et l'État - ce qui est une conception totalitaire, convenez-en. L'une des réputations les plus usurpées de la France est d'être un pays de tolérance. Nous ne sommes probablement pas le pays qui a été le plus intolérant de tous, mais n'avons pas de trophée de tolérance à réclamer. Cathares, Juifs, Protestants et athées s'en sont parfois aperçu - par contre, non, les Musulmans n'ont jamais fait l'objet d'une politique à leur encontre en France métropolitaine.
  • ayant bâti, sur mille ans - que l'on fera commencer en 843, 987 ou même, de façon indéfendable à mon sens, avec Philippe-Auguste ou même après - une Histoire nationale. Oui, le fameux “récit national” sur lequel toutes les bêtises ont été dites. Ce récit postule seulement que l'histoire de France a un début, qu'elle suit des enjeux - la survie de l’État, l'affirmation de son autorité, la constitution d'une communauté culturelle - autour de la langue sur les derniers siècles, mais aussi longtemps autour de la religion catholique -, enjeux qui permettent de comprendre une partie des péripéties politiques de ce millénaire sur notre territoire, et potentiellement une fin - ne serait-ce que la situation actuelle qui peut servir d'aboutissement. C'est notre “récit des origines”, auquel un grand nombre de Français peuvent s'intéresser et le considérer comme leur récit des origines, et les Français issus d'une immigration récente peuvent progressivement se l'approprier.

Et, faut-il le dire, cette histoire des origines se joue majoritairement en Europe. Donc sur mille ans, avec des populations de type ouest-européen.

L'identité ethnique de la France est celle d'un pays majoritairement de langue latine (deux branches en particulier), de tradition catholique, et ouest-européen.

Et aussi déboulent les : “Que faites-vous des immigrés récents ? Et des Outre-mers ?

Prière d'ouvrir un dictionnaire et de chercher le sens du mot “majoritairement”.

La France, ethniquement, est un “ système “ avec son astre principal (le groupe ethnique majoritaire), des groupes plus ou moins distincts, minoritaires voire très minoritaires, et qui, dans leurs régions, sont aussi autochtones que le groupe majoritaire en métropole : les Kanaks, Polynésiens, les différentes identités créoles, etc… Mais c'est le fait d'orbiter autour du corps central et d'être influencés par lui qui fait le sens du système France. La France n'est pas une juxtaposition d'identités ethniques; il y en a une de référence, qu'on se l'admette ou non.

Vient ensuite le non moins fameux : “Cessez de croire en une identité monolithique et figée ; l'identité française est multiple et évolue constamment”.

Je ne connais personne qui dise le contraire. Mais une identité ethnique évolue toujours avec le temps, ne serait-ce parce que sa langue intègre de nouveaux mots. Mais cela n'a rien à voir avec le fait d'être chamboulée en permanence, comme si la majorité cessait d'être majoritaire d'un siècle sur l'autre - et que sa culture se transformait radicalement (comme quand un pays change de religion ou de langue principale).

Maintenant que cette identité ethnique est posée, qu'en déduit-on ?

Que le fait que la France ait une identité relativement diverse (mais très relativement diverse comme on vient de le voir) a impacté son histoire. L'identité de la France eut été très différente sur les cinquante dernières années si l'on s'était acharnés à conserver l'Algérie, par exemple. Et ces questions d'identité ont leur part d'influence dans le règlement de la question franco-algérienne (en clair : l'Algérie était probablement inassimilable, et le pouvoir français a bien trop tardé à l'admettre, avec toutes les conséquences tragiques qui en résultèrent).

Cette notion d'identité ethnique a aussi et surtout une conséquence sur notre avenir : à quoi sert l'identité politique et individuelle, celle dont j'ai parlé au tout début, si, collectivement, on ne reconnait plus le pays dans lequel on se situe, ainsi que ses ancêtres (réels ou perçus) ?

Pour comprendre, une métaphore : imaginez que vous soyez membre du Parti Communiste. En bon adhérent, vous êtes fier de votre bout de plastique rouge, et tous ceux qui ont le même sont vos dignes camarades. Mais, un jour, une partie de ces camarades changent la ligne du Parti de sorte à ce que celui-ci soutiennent les privatisations et les baisses d'impôts des plus riches. Que signifie alors votre bout de plastique rouge ? Le parti dont vous vous croyiez adhèrent existe-t-il toujours ? Et ces “camarades” qui ont fait changer la ligne, sont-ils bien vos camarades, malgré leur bout de plastique également rouge ?

Cette métaphore pour dire que l'identité d'un groupe d'individus doit se mesurer à la fois au niveau individuel et au niveau collectif. Sauf bien sûr si le groupe n'est qu'une série aléatoire d'individus n'ayant rien en commun. Ce qui n'est pas le cas de la France.

En rester à la seule définition individuelle de l'identité française (la carte d'identité donc), c'est s'empêcher de comprendre, à la fois historiquement et politiquement, ce qu'est la France.

Pour finir ma longue réponse, je répondrai encore préventivement à qui me dirait : “Et pourquoi ne pas avoir parlé de la République comme constitutive de l'identité française ?”.

Réponse : parce que ce n'est pas le cas. La (ou plutôt les) République(s) est un régime politique, pas un fondement de l'identité française. Pas plus que la monarchie ou l'Empire.

N'en déplaise à certains, la France n'est pas une configuration de valeurs politiques particulières. Si demain la France redevient un royaume, ce sera toujours la France. Si elle devient une république populaire marxiste, c'est encore la France. Si elle devient libérale-conservatrice aussi. Et même si elle devenait pétainiste voire nazie…

Par contre, une France qui serait à majorité musulmane ou qui parlerait soudain anglais comme première langue romprait radicalement avec mille ans de son histoire, bien plus que cela ne s'est fait en 1789, 1792–94, 1905, 1945 ou aucun autre moment.

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