Quand la France est-elle née ? - par Nationaliste Jacobin

  • Par arsin
  • Le 06/10/2012
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Par Nationaliste Jacobin, sur son blog

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Certains impératifs obligent parfois à modifier ses projets. J’avais entamé sur ce blog une histoire de France que je voulais la plus précise possible, depuis les temps mérovingiens jusqu’à nos jours. Le temps me manque pour mener à bien ce travail. Par conséquent, la rubrique « histoire nationale » va changer d’optique. J’abandonne le récit linéaire des faits politiques, trop long à rédiger. Par ailleurs, nombre d’ouvrages offrent cette matière, présentée avec talent par d’éminents spécialistes. Si certains lecteurs veulent des précisions sur telle ou telle période, je me ferai un plaisir de leur répondre, ou, à défaut, de donner des indications bibliographiques. Désormais, les articles seront consacrés à des périodes, des personnalités ou des questions qui font débat.

La chronologie ne sera plus strictement respectée, j’écrirai désormais au hasard de l’inspiration et de mes lectures du moment. Plus tard, peut-être, j’essaierai de rassembler les différents articles d’une même période, de leur donner une cohérence, afin de proposer, en PDF, un aperçu de l’histoire nationale et de la façon dont un nationaliste qui a reçu une formation universitaire dans les sciences historiques peut l’appréhender. Je veux aborder ici une question fondamentale : celui de la naissance de notre pays. La France a d’abord été un état, plus précisément un royaume, avant de devenir, plus tard, une nation. C’est ici à l’émergence de la France comme cadre territorial stable que l’on va s’intéresser. Clovis n’est pas le fondateur de la France, mais un précurseur très important. Ce qu’il fonde, ce n’est pas un pays, mais une tradition monarchique, franque et catholique, dans laquelle puiseront les rois de France, comme je l’ai expliqué ailleurs (1). Ce qui fait de Clovis le fondateur de la monarchie française d’une certaine façon, mais pas de la France en tant que telle. D’emblée, il faut donc renoncer à chercher la naissance de notre pays à l’époque mérovingienne : parmi les royaumes mérovingiens (Teilreiche), aucun ne préfigure de près ou de loin la France. Neustrie et Austrasie se partagent le Bassin Parisien, et la deuxième déborde largement sur la Belgique et l’Allemagne actuelles. La Bourgogne s’étend sur une partie de la Suisse. Non, c’est à l’époque carolingienne que naît ce qui va devenir, sous les Capétiens, le royaume de France.

 

Le terme de « Francia »

Le mot latin Francia apparaît à la fin de l’Antiquité, dans des textes romains. Mais il désigne alors simplement le pays des Francs, une peuplade germanique composée, sans doute, des débris de diverses tribus rhénanes usées par plusieurs siècles de confrontation avec Rome. Cette Francia est distincte de la Gaule (Gallia) et se situe pour l’essentiel outre-Rhin, dans l’actuelle Allemagne ou aux Pays-Bas. Un groupe de Francs, les Saliens, parviennent à s’infiltrer dans l’extrême nord de la Gaule (Belgique actuelle) au IV° et surtout au V° siècle. La Francia s’étend et commence à recouvrir le nord de ce qui deviendra la France. Le terme de « Gaule » reste employé d’une part, et d’autre part l’Aquitania (Aquitaine, régions au sud de la Loire) et la Burgondia (Bourgogne, c’est-à-dire sud-est du Bassin Parisien, vallée du Rhône et régions alpines) couvrent de larges territoires qui sont aujourd’hui français. Par ailleurs, au VII° siècle, Francia laisse la place à la Neustrie et l’Austrasie, qui désignent les deux grands royaumes francs antagonistes.

 

A l’époque carolingienne, le terme de Francia est à nouveau utilisé, mais il est bien difficile de dire quelle région il désigne précisément. En fait, ce territoire se définit plutôt par défaut : il y a l’Aquitaine, la Bourgogne, l’Italie, la Bavière, l’Alémanie, la Saxe. Ce qui reste, eh bien, constitue la Francia, que les historiens, avec raison, traduisent par « Francie » et non par « France » afin d’éviter les confusions. Le roi est généralement rex Francorum, « roi des Francs », et parfois roi tout court. Il semble que « Francie » ait désigné en particulier l’ancienne Austrasie, d’où sont originaires les Carolingiens et où se trouve le cœur de leur puissance, avec notamment de vastes domaines et palais, dont celui d’Aix-la-Chapelle édifié par Charlemagne lui-même. Le terme de Neustrie est utilisé jusqu’au milieu du X° siècle avant de tomber en désuétude. Le mot d’Austrasie est lui abandonné bien avant puisque le royaume des Francs de l’Est se disloque en une Franconie rattachée à la Germanie, une Lotharingie objet de toutes les convoitises et le royaume des Francs de l’Ouest, la Francia occidentalis qui deviendra progressivement la France. Dans ce dernier, l’Aquitaine, la Bourgogne, la Neustrie forment encore des regna (« royaumes ») distincts qui, s’ils partagent désormais et le plus souvent le même roi, conservent une identité culturelle et peut-être un sentiment ethnique particulier. Ce doit être particulièrement vrai de l’Aquitaine, où l’on ne s’est jamais vraiment senti « franc », et où l’on n’a jamais tellement aimé les Francs, depuis l’époque mérovingienne jusqu’au temps de Charlemagne qui, après des révoltes, décida de créer un royaume d’Aquitaine confié à l’un de ses fils, le prince Louis, futur empereur Louis 1er le Pieux (814-840).

 

Par conséquent, la Francia au sens strict ne désigne en fait qu’une petite partie du royaume occidental. On parle même de « Francie mineure ». Il ne s’agit pas vraiment de l’Île-de-France, comme on le lit souvent. Paris et sa région relèvent plutôt de la Neustrie. Non, cette Francie correspond plutôt aux régions situées au nord de la Seine, l’actuelle Picardie et le Nord de la Champagne. Il s’agit en fait de la partie occidentale de l’ancienne Austrasie, avec Reims. C’est là que les derniers Carolingiens, qui peuvent être considérés comme les premiers véritables « rois de France », résident, entre Laon, Reims, Compiègne. Au nord s’étend la Flandre, dotée d’une identité distincte dès la fin du IX° siècle sous la dynastie des Baudouin. Au sud de la Seine, c’est à l’ouest la Neustrie des Robertiens, descendants de Robert le Fort et ancêtres des Capétiens, et à l’est la Bourgogne aux mains des descendants de Richard le Justicier. De l’autre côté de ce qui est en train de devenir une frontière, c’est la Lotharingie, bientôt la Lorraine, où l’on cesse progressivement de se désigner comme « Francs ».

 

Les Serments de Strasbourg (842) et le Traité de Verdun (843)

Le fameux Traité de Verdun de 843 est parfois considéré comme l’acte de naissance de la France. D’autant qu’on lui associe en général les non moins fameux Serments de Strasbourg prononcés l’année précédente. En fait, le Traité de Verdun est une étape, importante, mais pas décisive. La suite montrera que, jusqu’à la fin du IX° siècle, le royaume de l’Ouest se conçoit comme une partie de l’empire carolingien, et à ce titre, il peut se diviser (comme en 879) ou se réunir à d’autres parties de l’ancien empire (comme en 869 ou en 884). Mais d’abord, rappelons de quoi il s’agit.

 

En 840, Louis 1er le Pieux, fils de Charlemagne et empereur d’Occident, meurt. Avec lui disparaît l’unité de l’empire carolingien. En effet, Louis laisse trois fils en âge de régner (Pépin, un autre fils, étant mort en 838, on y reviendra) : Lothaire, l’aîné, roi d’Italie et héritier du titre impérial ; Louis, dit le Germanique, roi de Bavière ; Charles, dit le Chauve, demi-frère des précédents, doté de l’Alémanie puis de l’Aquitaine, après la mort de Pépin. Pour simplifier les choses, disons que Lothaire veut être pleinement empereur et, sans aller jusqu’à déposséder ses frères, il souhaite les maintenir dans une stricte dépendance, à la tête de royaumes réduits. Louis et Charles veulent leur part de l’empire, c’est-à-dire un royaume comparable à celui de leur aîné, afin d’être pleinement rois. Voilà la faille du système de Charlemagne et Louis le Pieux : l’idée des royaumes vassaux au sein de l’empire (Aquitaine, Italie, Bavière) laissait espérer une intégration progressive, en douceur, de régions périphériques, mais à l’usage les ambitions des rois périphériques l’ont emporté. Ces apanages avant l’heure ont entraîné la disparition de l’empire. Louis et Charles s’allient contre leur aîné. A Strasbourg, en 842, où ils se rencontrent, ils prêtent le serment de se battre ensemble contre Lothaire, sans chercher à se trahir (car la confiance ne règne guère depuis les révoltes de Lothaire et de ses frères sous Louis le Pieux). Louis jure en roman, la langue parlée par les soldats de Charles, surtout originaires de l’Ouest, Neustrie et Aquitaine. Charles jure en vieil allemand (une forme de francique apparemment), la langue des soldats de Louis, Francs de l’est, Saxons et Bavarois pour l’essentiel. Il serait abusif de considérer les Serments de Strasbourg comme la naissance de deux cultures nationales. Néanmoins, ils montrent bien que l’empire se divise en deux pôles : un pôle plus latin à l’ouest et un pôle germanique à l’est. De plus, il s’agit de la plus ancienne attestation du roman, qui va évoluer ensuite en langue d’oïl avant de donner naissance à la langue française telle que nous la connaissons.

 

Les Serments permettent à Charles le Chauve et Louis le Germanique d’exploiter leur victoire de l’année précédente, remportée à Fontenoy-en-Puisaye (dans l’Yonne) contre Lothaire et Pépin II, fils et héritier du Pépin mort en 838, et qui revendique le royaume paternel, à savoir l’Aquitaine. Lothaire est contraint à la négociation. L’empire est partagé, mais il n’est pas sûr qu’à ce moment les contemporains aient pensé que ce partage était définitif. La diversité des populations, pendant longtemps, ne fut pas un obstacle à la construction de vastes ensembles politiques. Les empereurs germaniques à la fin du X° siècle, les ducs de Bourgogne au XV° ou les rois d’Espagne au XVI° siècle gouvernaient des territoires aux populations hétéroclites. Même Louis XIV ne régnait pas sur un royaume homogène. Non, l’idée qu’un état multiculturel ne peut que très difficilement survivre est moderne, et liée au succès du concept de nation qui repose, qu’on le veuille ou non, sur une relative unité culturelle et linguistique. Longtemps, les états d’Europe furent des Belgique ou des Yougoslavie. C’est bien l’ambition des princes carolingiens qui causa la rupture. On ne se risquera pas à faire de l’histoire-fiction, mais que serait-il advenu si Lothaire avait gagné en 841 à Fontenoy ? L’histoire aurait pu prendre une autre voie. Qui sait ? L’empire aurait peut-être survécu, quoique Lothaire ait eu lui-même trois fils qui se partagèrent son domaine à sa mort en 855. Toujours est-il que les négociations de 843 aboutissent à notre Traité de Verdun (disparu des programmes scolaires de collège, ce qu’à titre personnel je trouve regrettable, sachant que l’empire de Charlemagne est par ailleurs bâclé en fin de sixième quand il n’est pas purement et simplement laissé de côté faute de temps ; étonnant destin réservé au « père de l’Europe »…).

 

Source: Wikipédia

 

Les raisons qui ont conduit à ce partage font encore débat. Le plus probable est que Lothaire, outre le pouvoir impérial, a voulu conserver Aix-la-Chapelle, et comme il était maître de l’Italie (nord de la péninsule), il fallut « relier » la région d’Aix-la-Chapelle à la Lombardie. Du coup, l’Austrasie, contrairement à ce qu’indique la carte, est divisée entre les trois frères. Le Traité de Verdun devait être provisoire dans l’esprit des contemporains, d’ailleurs les cartes ne cessèrent d’être redistribuées dans la suite du IX° siècle. Le royaume de l’Ouest, la Francia Occidentalis échue à Charles le Chauve, est longtemps instable. Jusqu’au début des années 860, Pépin II se bat avec ténacité, sinon avec succès, pour conserver son trône d’Aquitaine, allant jusqu’à s’allier avec les Normands qui ravagent le monde carolingien à ce moment. Même lorsque Pépin est éliminé, et que Charles place son fils homonyme sur le trône d’Aquitaine, ce dernier est tenté de se révolter, soutenu par certains aristocrates aquitains. Le royaume de Charles est en fait un ensemble de regna qui n’ont le même souverain que de manière fortuite. En 869, Charles le Chauve se fait couronner roi de Lotharingie à Metz, en profitant de la mort de Lothaire II, fils cadet de son frère Lothaire. Il doit toutefois se contenter de la partie occidentale de la Lotharingie après l’intervention de Louis le Germanique qui s’adjuge la partie orientale au Traité de Meerssen de 870. Il n’a pas fallu trente ans pour que le royaume de l’Ouest change ses frontières. En 875, à la mort sans héritier mâle de l’empereur Louis II, fils aîné de Lothaire et maître de l’Italie, Charles franchit les Alpes et devient roi d’Italie puis empereur. Charles meurt deux ans plus tard, faisant ainsi avorter un empire « gallo-italien » qui eut été original, mais nul doute qu’il espérait reconstituer à son profit l’empire de son père et de son grand-père.

 

Source: Wikipédia; en pointillé: les frontières de 843 (sauf entre l'Italie et la Provence)

 

Le royaume de l’Ouest conserve les frontières du Traité de Meerssen jusqu’en 880. Mais à partir de 879, à la mort de Louis II le Bègue, fils et éphémère successeur de Charles le Chauve, la Francie occidentale est partagée. Louis II laissait deux fils : Louis III et Carloman. Louis, l’aîné, reçoit la Neustrie et la Francie (mineure) tandis que Carloman récupère l’Aquitaine et la Bourgogne. Au Traité de Ribemont de 880, Louis III cède à son cousin homonyme Louis III de Germanie, fils de Louis le Germanique, sa part de Lotharingie. La mort accidentelle et prématurée de Louis III en 882 permet à Carloman de reconstituer le royaume de 843 (auquel s’ajoute Lyon et sa région, reconquise sur l’usurpateur Boson). Là encore, le hasard a joué un rôle, il n’y avait pas de fatalité. Si Louis III et Carloman avaient vécu, et obtenu chacun une descendance, il est possible que deux royaumes se seraient constitués durablement. Carloman meurt à son tour, précocement (il a dix-huit ans) en 884. Charles le Gros, dernier fils de Louis le Germanique, met la main sur l’ensemble de l’empire carolingien. Son incapacité entraîne sa déposition, et il meurt en 888 sans héritier. Mais si Charles avait été compétent, ou s’il avait eu un successeur capable, l’histoire aurait aussi pris une autre voie. L’aristocratie du royaume occidental n’a pas eu, semble-t-il, le sentiment de faire appel à un roi étranger en la personne du fils de Louis le Germanique. Rien ne s’opposait a priori à ce que le royaume de l’Ouest réintègre un empire carolingien reconstitué.

 

Source: Wikipédia; Vienne ne prend pas de "s"; ajoutons, pour nos amis bretons, que la Bretagne, nominalement soumise par Charles le Chauve, n'obéit plus guère à ses successeurs.

 

La France apparaît au X° siècle

L’élection en 888 du Robertien Eudes, comte de Paris et fils de Robert le Fort, est un premier tournant. Le royaume de l’Ouest, qui se retrouve un peu par hasard dans les limites de 843, affirme son existence en se choisissant un roi en dehors de la famille royale et impériale des Carolingiens. C’est une étape importante. Dans l’immédiat, l’avènement d’Eudes affaiblit la monarchie : le nouveau roi est contesté au sud de la Loire, et doit faire face au nord aux prétentions de Charles, un Carolingien, fils posthume de Louis II le Bègue et demi-frère de Louis III et Carloman. Finalement, Eudes reconnaît Charles III le Simple comme successeur, et ce dernier demeure seul roi en 898, à la mort d’Eudes. A partir des règnes d’Eudes et de Charles III, le royaume de l’Ouest ne sera plus partagé. Et désormais il n’aura qu’un seul roi en titre, sauf usurpation ou association au trône de l’héritier.

 

Les événements de la fin du règne de Charles le Simple semblent montrer que le royaume de l’Ouest est en train de se forger une identité particulière. Charles a mis la main sur la Lotharingie, berceau des Carolingiens, à partir de 911, profitant de l’extinction des Carolingiens de l’Est. Non seulement il réside souvent en Lotharingie, mais il s’entoure de plus en plus de Lotharingiens, comme son favori Haganon. L’aristocratie de Neustrie et de Francie se détache de son roi qu’elle accuse de délaisser le royaume occidental, preuve que ce dernier commence à se concevoir comme une entité spécifique, distincte de la Lotharingie. Pourtant, les deux régions appartiennent au monde franc depuis plusieurs siècles. Il est possible que Charles n’ait pas saisi le changement : il s’est voulu un roi carolingien, régnant sur plusieurs royaumes, alors qu’à l’Ouest, on aspire à un roi proprement « occidental » si l’on peut dire. En 922, Robert, frère d’Eudes, prend la tête de la révolte, se fait couronner roi et attaque Charles près de Soissons. Robert est tué et Charles, vaincu, s’enfuit. Or Robert, comte de Paris et marquis de Neustrie comme son frère autrefois, est le chef de l’aristocratie entre Loire et Meuse, le chef d’une aristocratie que, pour la première fois peut-être, on peut qualifier de « française ». Et son élection ressemble furieusement au choix d’un roi « national » par opposition à un Carolingien dont l’horizon est, traditionnellement, impérial même si Charles ne paraît pas avoir revendiqué ce titre. 

 

Après Charles III le Simple qui meurt prisonnier d’Herbert de Vermandois en 929, on constate que les rois vont être de plus en plus « français », même quand ils seront carolingiens. Raoul, duc de Bourgogne, succède à son beau-frère Robert et règne de 923 à 936. Louis IV d’Outremer (936-954) et Lothaire (954-986), respectivement fils et petit-fils de Charles III, tentent bien épisodiquement de reprendre pied en Lotharingie, mais ils y sont désormais considérés comme des étrangers alors que la Lotharingie s’intègre de plus en plus au royaume ottonien. Louis IV y trouve encore quelques appuis, mais Lothaire doit combattre pour s’emparer de Verdun. Le Carolingien qui règne à Laon n’est plus le maître légitime de la Lotharingie. A l’Ouest, la monarchie a perdu de son autorité mais paradoxalement le royaume a gagné en unicité : aucun regnum de Neustrie, d’Aquitaine ou de Bourgogne ne réclame plus un roi particulier. Les Bourguignons et les Aquitains sont autonomes sous l’autorité d’un duc, mais ils dépendent nominalement du roi des Francs qui réside au nord. Lors de son long conflit avec Hugues le Grand, fils de Robert, Louis IV s’appuie sur les Bourguignons et reçoit l’hommage de l’aristocratie d’Aquitaine. Symboliquement, l’idée d’unité a progressé : il y a un seul roi pour toutes ces régions. Plus intéressante encore est la succession de Louis IV. Il laisse deux fils, Lothaire et Charles, mais seul l’aîné, Lothaire, hérite du trône. Charles ira s’établir à l’étranger, en Basse-Lotharingie. Le principe « un royaume, un roi » s’impose progressivement, comme en Germanie au même moment.

 

Dernière preuve qu’un royaume occidental spécifique s’est constitué, l’attitude d’Otton 1er. Le puissant roi de Germanie conquiert l’Italie et monte sur le trône impérial en 962. Mais il n’annexe pas le royaume de l’Ouest. Bien sûr, Lothaire est son neveu, fils de sa sœur Gerberge, et ce lien de parenté a joué. Il n’empêche qu’on peut tout de même y voir la preuve que, pour les Germains, le royaume de l’Ouest a désormais une identité particulière. Il est probable que cette identité se renforce en 978, lorsque Lothaire et Otton II s’affrontent. Un siècle auparavant, les Lotharingiens et les Saxons étaient quasiment des compatriotes pour les Neustriens et les Franciens. Ils servaient sans difficulté un même souverain, comme Charles le Gros. A la fin du X° siècle, clairement, ce n’est plus le cas. La frontière héritée de 843 s’est progressivement imposée dans les esprits. Il y a désormais un royaume occidental, que l’on peut, rétrospectivement, appeler « France ». Il ne porte pas encore ce nom-là, c’est vrai. Personne ne parle encore de « Français ». Mais le cadre est posé : une monarchie, relativement solide malgré sa faiblesse apparente, un territoire lié désormais de manière indissoluble à cette monarchie. La tradition fait que le titre de « roi des Francs » reste en usage jusqu’au XII° siècle. Mais l’historien, qui connaît la suite et peut donc fournir une lecture rétrospective des événements, peut se risquer à dire que les premiers véritables rois de France sont les souverains du X° siècle. Charles III le Simple (898-923) est encore un roi carolingien dans la lignée de son grand-père Charles II le Chauve : il est roi avant tout, parce qu’issu de la lignée royale. Son pouvoir s’exerce sur un, puis deux royaumes. Avec Robert et Raoul, l’élection par l’aristocratie « nationale », et non plus le sang, fait le roi. Et les derniers Carolingiens, qui bénéficient tout de même de la légitimité dynastique (entretenue par l’Eglise surtout), doivent composer avec cette habitude.

 

Conclusion

L’Italie, du moins l’état moderne de ce nom, est née le 17 mars 1861. L’Allemagne est née le 18 janvier 1871, lorsque les princes réunis à Versailles acclament Guillaume de Prusse comme empereur. Mais la nation existait pour ainsi dire avant l’état. La Belgique est apparue en 1830. L’Espagne elle-même peut dater sa naissance de l’union des royaumes d’Aragon et de Castille sous les Rois catholiques. La France, au contraire, n’a aucune date de naissance précise. Même le Traité de Verdun n’est pas pertinent. Surtout, la France émerge comme état avant même de porter ce nom qui est le sien aujourd’hui. On peut cependant avancer que c’est au X° siècle qu’un royaume occidental, né du partage de l’empire carolingien, affirme son identité. Ses frontières sont désormais stables pour plusieurs siècles. Tout restait pourtant à faire. Les descendants d’Hugues Capet, fils d’Hugues le Grand, allaient s’atteler à la tâche de soumettre et d’unifier ce territoire hétérogène.

 

(1) http://blog-nationaliste.blog4ever.com/blog/lire-article-286920-1579722-clovis.html

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Commentaires (1)

1. Jean Garnier 10/11/2012

Oui, enfin je vous rappel quand même que la Bretagne était un état uni au Royaume de France de façon pas très Catholique par François 1er par le traité d'Union Perpétuelle de la Bretagne a la France, et aboli unilatéralement par le Nationalisme Néo-Gaulois (les fameuses frontières naturelles etc), divisant cet état en cinq départements, ce fut un bain de sang. Je ne suis pas surpris qu'un Chauvin dans son désir bien Latin de civiliser les Barbares qui ne parlent pas la langue de Robespierre (Bretons et Basques par exemples), trouve des justifications pour l'identité Ecossaise (les Roses-Beefs encore et toujours), cependant avant de dire que la Bretagne est une horrible ethnie, je ferais remarquer que sa langue officielle était le Français et non le Bas-Breton et bien avant que ce ne soit le cas en France. Je précise que je ne suis pas membre d'une des cultures inférieurs parce que minoritaires ou ethniques ( la France Latine n'est bien sûr pas ethnique, elle, elle est Universelle sur 550000 km2 un exploit qui défit toute logique) que vous dénoncez souvent (les Flamands ont eu chaud, merci a la Moscova), je porte un patronyme bien Francophone (et au vue des nombreux manquements de la France et la Francophonie au Droit International Public je n'en suis pas fier). Vous dites être Universaliste car contre les patois (une notion toute scientifique et bien sûr pas politique), cependant aux USA et au Canada, de même qu'au Royaume-Uni et dans d'autres pays les patois étaient aussi réprimés, ainsi que sous Franco et Mussolini, la République n'avait pas innovée là non plus. Personnellement et sur un plan rationnel je ne vois pas en quoi la langue Française a un intérêt au que local chez les Québécois, je suis plutôt d'accord avec la formule des Anglophones "une langue unie, deux langues divisent", vous seriez plus crédibles si vous condamniez aussi le séparatisme Québécois (le Québec lui n'a jamais été un état souverain). Précision quand même, le Basque existait en Europe avant les langues Indo-Européennes, et Dieu sait si je n'aime pas ETA et ceux qui tournent autour. Pour finir dans votre prétention a l'Universalisme vous seriez plus crédible si vous prôniez plutôt qu'un Hexagone dépassé l'idée d'un Empire Universel (Rome était plus crédible en ce domaine) mettant fin a toutes les frontières ethnico-linguistiques sur la planète avec une langue réellement Universelle. Le Jacobinisme, le Bonapartisme, le Bolchévisme, le Gaullisme, que des idéologies charmantes et Humaines.

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