2015, l'année de sang (1)

              Video attentat charlie hebdo

                2012, 2013 et 2014 avaient été des années de stagnation. Des pays s’enfonçaient dans la guerre civile (Syrie, Libye). Les Etats d’Europe s’acharnaient à courir pour ne pas régresser (ce qui se produit quand même, de la Grèce au Portugal). La Chine ralentit, les Etats-Unis ne créent plus la dynamique que l’on attend d’eux.

                2015 fut une autre affaire. Les deux séries d’attentats commis en France signent un air du temps plus qu’ils n’ouvrent une guerre qui existait déjà, entre la France, engagée aux côtés des Etats-Unis en Iraq contre l’Etat Islamique, depuis 2014.

                2015 fut une année de sangs. Une année de tensions, qui ont toutes les raisons d’aller croissantes.

                Ici, une petite revue en deux courts articles, dont voici le premier.

Janvier

Mahomet prélève l’impôt du sang

D’abord ce fut le sang des journalistes d’un hebdomadaire satirique parisien voué à une disparition quasi-certaine par usure de son esprit subversif (en réalité mort depuis longtemps). Sang qui fut accompagné de celui de policiers, et d’autres citoyens, présents au mauvais endroit ce 7 janvier, ou d’autres entrés dans un magasin casher en un autre moment inopportun. On vit là l’illustration de la conjonction dramatique de l’importation en France du conflit irako-syrien, de la radicalisation de l’Islam (ou de l’islamisation de la radicalité, selon l'angle choisi), et de la disponibilité pour ces basses oeuvres de quelques rebuts désœuvrés de l’immigration africaine en France. Et l’on revit l’injonction du « pas d’amalgame », bien entendu.

On visait par là implicitement à interdire de prononcer une thèse qu’on n’a en réalité jamais entendue chez aucune voix ou média officiel, celle selon laquelle tous les musulmans seraient des terroristes. Combien de Français, même parmi les électeurs de Marine Le Pen, pensent réellement une telle chose ?

Le « pas d’amalgame » sert bien entendu de cloche pour étouffer d’autres thèses qui seraient autrement plus plausibles : l’Islam a un rapport avec la violence, l’interprétation qu’en fait Daesh peut être convaincante pour certains convertis, et, thèse plus incorrecte encore : la présence en France d’une forte communauté musulmane a un rapport avec cette violence.

On entendit pourtant quelques réflexions sur l’indécence qu’il y aurait à caricaturer le prophète d’une autre religion. Arguties qui ne vinrent pas que des musulmans, mais souvent d’islamophiles de gauche, ou même de catholiques qui pensaient là trouver un moyen de s’en prendre à l’anticléricalisme de Charlie Hebdo – pratiqué, il est vrai, depuis des années dans la plus grande facilité et sans une once de subversion réelle. Il n’empêche : quelque fut leur religion, les marmonneurs du « je condamne les attentats MAIS on ne moque pas la religion comme ça, surtout celle des pauvres et des opprimés » ont surtout rappelé, consciemment ou non, qu’il y avait un malaise en France.

En fait, de nombreux malaises.

Malaise entre un anticléricalisme devenu usuel, reprenant ses poncifs du XIXème siècle, lorsqu’il y avait un enjeu à combattre le pouvoir de l’Eglise catholique, et une religion d’origine étrangère, pratiquée ou revendiquée surtout par des allogènes.

Malaise dans un pays où l’on prétend à la fois défendre la liberté d’expression, clairement visée par l’assaut du 7 janvier, et proclamer le « pas d’amalgame » ou le « tous ensemble ». Alors que la base du libre débat, c’est aussi le droit de se diviser sur certaines idées. Polémique vient du mot grec désignant la guerre, rappelons-le. Condamner d’emblée les amalgames, avant même de savoir desquels on parle ni en quoi il s’agit vraiment d’amalgames, ce n’est pas non plus être à la pointe de la liberté d’expression.

On aura beau vouloir le chasser, le réel reviendra au galop : la France est divisée. La présence grandissante de l’Islam pose problème. Cet Islam peut avoir une interprétation violente. Certains « amalgames » sont peut-être de légitimes doutes.

 

La génération 68 a vu la mort en face

Ces questions-là étaient posées depuis longtemps sur le Net, sur lequel apologètes de l’Islam, identitaires anti-immigrationnistes, antifas et promoteurs du « vivre-ensemble » s’écharpent dans la joie et la bonne humeur sans compter leur temps.

La nouveauté du 7 janvier est que, cette fois-ci, des journalistes ont été pris pour cibles. Et pas n’importe lesquels. Des professionnels de la subversion molle, des rebelles honoris causa. Des vestiges de la révolution sans révolution de 1968. Les dessinateurs de Charlie Hebdo étaient des représentants de cette jeunesse des années 60 et 70 qui finit par porter Mitterrand au pouvoir, et après eux Delors, l’euro, pour finir aujourd’hui avec Macron. Du changement de société, il ne reste rien, à part l’éternelle dérision, tournant à vide depuis des années.

Et alors que les clowns étaient tombés et que leur sang était encore chaud, la classe au pouvoir, venant de perdre ce qui lui restait de sa jeunesse, se prit d’apprendre la solennité dans l’instant. Netanyahu, Merkel, Obama et tant d’autres vinrent défiler pour 17 morts, quand des milliers d’autres de par le monde n’occasionnent que des brèves de l’AFP.

En France, la génération qui occupe les ministères n’a pas seulement perdu quelques-uns de ses amuseurs officiels le 7 janvier. Elle a vu sa vieillesse et sa mort en face. Peut-être le 11 janvier n’était-il que la répétition de son cortège funéraire.

(Seconde partie)

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