Saint-Barthélemy - par Jacques Sapir

  • Par arsin
  • Le 26/08/2014
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Par Jacques Sapir, sur son blog

(Article publié le 24 août)

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Il y a 442 ans de cela, le 24 août 1572, commençait le massacre de la Saint-Barthélemy, point fort dans toute son horreur des guerres de religion qui ensanglantaient la France à l’époque. Ce qui aurait dû n’être que le massacre d’une élite tourna à la boucherie de milliers de Parisiens dont le seul tort était de professer la religion dite « protestante ». Ce massacre ne fut pas unique. Quelques années auparavant la « Michelade », à Nîmes avait vu les protestant massacrer les catholiques de cette ville[1]. Le massacre de la Saint-Barthélemy eut des échos en France. Des massacres similaires furent perpétrés dans d’autres villes. Mais, ce massacre fut aussi l’acte qui facilita l’union des protestants, réunis autour d’Henri de Navarre, le futur Henri IV après son évasion du Louvre et le parti des « politiques », ces catholiques  qui considéraient que l’on était d’abord français avant que de se définir par une allégeance religieuse. L’exécution par Henri III du Duc de Guise à Blois, son alliance avec Henri de Navarre, puis son assassinat par un moine fanatique, furent autant d’événements qui préparèrent l’accession au pouvoir d’Henri IV (reconnu par Henri III sur son lit de mort) et le triomphe de cette alliance nationale contre le fanatisme religieux.

Dans la vague des commémorations actuelles, il est significatif que cet anniversaire soit passé sous silence. Pourtant, la Saint-Barthélemy est d’une actualité brûlante aujourd’hui. Elle est emblématique du destin qui nous attend si nous laissons les allégeances religieuses dominer l’espace politique, et plus simplement l’espace publique. Les atrocités qui sont commises en Syrie et en Irak aujourd’hui par des fanatiques se réclamant de la religion musulmane furent légions en Europe occidentale à l’époque des guerres de religion. Les manipulations politiques sont les mêmes. Derrière le fanatisme des uns et des autres, c’est l’affrontement entre l’Espagne et les princes protestants qui se joue. Il est à cet égard significatif que la sortie de cet espace où le politique est dominé par le religieux ne fut possible qu’à travers le réaffirmation de la Nation, cadre qui unit quand les croyances divisent. Henri IV le comprit bien, qui se décida à transformer radicalement ce qui était une guerre civile inexpiable en une guerre contre l’impérialisme espagnol. En nommant l’ennemi, et dévoilant le projet politique qui avançait masqué sous les atours du religieux, il solidifia de manière décisive l’alliance, encore fragile entre Protestants et « Politiques ». La victoire de Fontaine-Française, un engagement militairement marginal, signifia le tournant décisif dans l’évolution de ce conflit[2]. C’est ce qui justifie ce message, devenu célèbre, qu’Henri IV envoya à l’un de ses généraux (catholique) : « Pends-toi, brave Crillon. Nous avons défait l’Espagnol à Fontaine-Française et tu n’y étais pas ».

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