Syrie : la guerre sans fin ni but ?

  • Par arsin
  • Le 28/08/2013
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Tribune de Pablito Waal

Note au 4 septembre : cet article a été écrit avant le vote du parlement britannique en défaveur d'une intervention en Syrie.

http://www.politique-actu.com/files/78469-syrie-sous-le-gaz-sarin,bWF4LTY1NXgw.jpg

Habituez-vous à ces images...

Il y a une semaine, une attaque chimique a frappé la Ghouta, une zone à l'Est de Damas, tenue par des factions rebelles (parler de "l'opposition" syrienne comme un tout n'a aucun sens, comme l'un de nos derniers articles relayés le soutenait). Plusieurs centaines de personnes, jusqu'à 1300 selon certaines estimations. La thèse de la mise en scène, déjà avancée par les médias favorables au régime syrien au printemps dernier, n'a pas fait long feu. Aujourd'hui, la polémique porte sur les auteurs de cet assaut.

Le net francophone préoccupé par la guerre syrienne a repris en boucle les annonces russes de preuves, par images satellites, que les missiles à charge chimique auraient été tirés de zones "sous contrôle rebelle". Même si, à ce jour, je n'ai pas pu voir les prétendues photos, qui auraient été transmises par la diplomatie moscovite au Conseil de Sécurité des Nations-Unies, il n'en reste pas moins que l'histoire est tentante : alors que l'emploi d'armes chimiques a déjà été annoncé par le gouvernement américain comme une "ligne rouge" pouvant déclencher des représailles, et alors que le régime syrien ("syrien" au point d'être de plus en plus renforcé d'auxiliaires étrangers, libanais, irakiens, iraniens, sans compter les conseillers russes...) semblait reprendre la main (ayant reconquis Qousseir, mais pas Alep...), on se demanderait rapidement pourquoi le régime des Assad aurait fait exactement ce qu'il avait à ne pas faire? Qui mieux que "les rebelles" (lesquels?) aurait eu intérêt à concrétiser ce "franchissement" de la ligne écarlate ?

D'autres sources nous apportent une version toute différente. Alors que les médias français sont dans l'expectative, les services du renseignement israéliens sont persuadés de la responsabilité du régime dans les attaques, ayant capté des conversations de l'armée syrienne le jour de l'attaque. Et cette opération n'aurait pas été la première. Rappelons que les israéliens, auteurs de plusieurs frappes assumées sur Damas au printemps dernier pour intercepter des convois de ces équipements, suspectés par Tel-Aviv d'être destinés au Hezbollah libanais, ne comptent pas entrer en guerre contre la Syrie. La chute de Bashar Al Assad ne représenterait pas forcément un avantage pour l'Etat juif, et la conséquence immédiate d'une probable intervention atlanto-séoudo-qatarie est la ruée en masse des israéliens sur les masques à gaz. Le chercheur français Jean-Pierre Filiu va dans le même sens, affirmant que l'emploi des armes chimiques par Damas daterait en fait de Décembre dernier. Ce qui relativise la domination militaire du régime. Les rebelles ne manquent pas tellement d'armes (les saoudiens venant d'acheminer plus de 300 tonnes de matériel via la Turquie) ni d'hommes, malgré des défections récentes, en partie remplacées par des jihadistes arrivés d'Irak. Ils manquent surtout de coordination. Et le mot est faible, quand on sait que les autonomistes kurdes du PYD sont en guerre avec l'Emirat Islamique d'Irak et du Sham et Al-Nusra !

Venons-en à l'action probable des pays de l'OTAN, dont la France, le Royaume-Uni et les USA. Le gouvernement britannique a précisé qu'il n'y aurait pas d'intervention avant les conclusions des inspecteurs onusiens, qui, à l'heure où j'écris, ont encore besoin de plusieurs jours de travail. Aujourd'hui, les deux camps ont permis les travaux, alors que des tirs avaient visé la mission hier. Tirs que les partisans du régime se sont empressés d'attribuer à une action des "rebelles" (lesquels?) pour empêcher la vérité d'éclater, alors qu'il peut tout aussi bien être question de bloquer les troupes du régime accompagnant lesdits inspecteurs de profiter de l'occasion pour enfoncer la ligne de front. En attendant, au Conseil de Sécurité, l'impasse diplomatique est totale, russes et chinois ayant quitté les discussions sur une résolution britannique suggérant des frappes (selon C.Labrousse, l'attitude de passivité russe pourrait signifier un accord de facto pour des frappes limitées, en vue de pousser son allié damascène à des négociations).

Le fait est que la presse française, l'officielle s'entend, est presque entièrement hostile au régime, et pourrait bien passer sous silence des conclusions onusiennes qui n'iraient pas dans le sens de l'interventionnisme fabiusien.

Et qu'aurait à gagner notre pays en participant à une campagne de frappes, contre des sites militaires syriens (dont la liste serait déjà définie - C.Labrousse, dans la Chronique du monde Arabe, a déjà publié une carte de Damas à ce sujet) ? Probablement une guerre longue, contre un adversaire qui, en dépit de l'officielle neutralité russe et iranienne, continuera à recevoir encore plus de matériel et d'hommes de ces deux puissances, soutien qu'aucune action militaire ne pourra empêcher. Et surtout, une guerre pour quoi? Espérer la chute de la famille Assad est difficilement crédible, à moins de surarmer telles ou telles factions rebelles (et pour espérer quels successeurs à l'actuel pouvoir?). Forcer le régime à la négociation sur une transition politique serait le seul objectif raisonnable, mais pourrait prendre un temps énorme, et donc un coût humain qui le serait autant. Ajoutons à cela que l'intervention occidentale démultipliera la propagande baasiste faisant du régime le défenseur de la nation face à l'assaut étranger, et fera basculer des syriens qui doutent dans le camp du soutien à l'actuel dictateur. N'oublions pas non plus que, pour une fois, nous pourrions tomber sur un ennemi capable de riposter et de nous infliger des pertes en avions et en combattant, à un niveau plus spectaculaire que ce que l'Afghanistan avait déjà pu occasionner contre l'armée française.

Une opération plus juste politiquement (je ne me prononcerai pas sur sa faisabilité militaire) aurait été l'envoi de troupes au sol pour imposer une ligne de démarcation entre les principales factions (au moins le régime et ses adversaires), et des négociations pour une solution électorale. En clair, cela reviendrait un peu au scénario ivoirien de 2002, qui avait permis de relancer un long et chaotique cycle de tractations avant la présidentielle de 2010...qui s'est prolongée par la crise ivoirienne du printemps 2011. Mais au moins négociations et élections il y avait eu.

Toujours selon l'auteur de la Chronique du Printemps Arabe, les frappes pourraient commencer dans les jours qui suivent, bien avant que les conclusions des inspecteurs de l'ONU à Damas ne soient établies. Ce pourrait être le début d'un long calvaire, non pour les syriens qui y sont déjà depuis deux ans, mais un calvaire politique, financier et militaire pour nous-mêmes.

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