Tour de vue de l'ARSIN

  • Par arsin
  • Le 21/04/2012
  • Commentaires (9)

Par Pablito Waal, pour l'ARSIN

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Alors que nous voterons (ou pas) demain, et alors que la campagne présidentielle est interrompue (mais seulement pour les candidats), faisons un petit point sur l’ARSIN.

Le site s’est constitué avec les objectifs que vous pouvez lire dans notre présentation. Plus rapidement, notre ambition est de réunir les idées des souverainistes, de gauche, ou même ceux qui ne se réclament pas ainsi, de faire émerger ce qu’ils ont de plus intéressant à dire, et de les faire débattre si besoin est.


Et Dieu (s’il existe) sait qu’il y a quelques clivages. Aucune situation de crise, rassurez-vous, mais les lecteurs peuvent avoir l’impression de discordances dans la « ligne » éditoriale de l’ARSIN.

On peut distinguer, parmi nos actuels seize partenaires, trois « familles » idéologiques globalement cohérentes entre elles. Notre site ayant pour but de donner un aperçu global de la famille souverainiste sur le web, faisons-en la liste.

 

Il y a d’abord les républicains jacobins, qu’ils se considèrent comme de gauche (comme Darthe-Payan, dont le blog est, comme le nôtre, collectif) ou pas (comme Nationaliste Jacobin), ou même plutôt à droite, mais avec un attachement à l’interventionnisme étatique (comme Tomgu). Voltaire République ou Yohann Duval en sont proches également. Ces blogueurs ont en commun une critique de l’Union Européenne qui n’est pas absolue, mais plus semblable à celle de Chevènement et Dupont-Aignan qui veulent une Europe des Nations, un euro monnaie commune, etc…. Economiquement, ils sont partisans d’une économie de marché régulée, pas forcément socialiste (Darthe-Payan se distingue par son insistance sur le socialisme et les grands travaux industriels, la mobilisation de l’économie, etc…). Leurs positions vis-à-vis de l’immigration sont le refus du laissez-faire, et plus encore des communautarismes religieux, tant chrétiens que musulmans. La promotion d’un protectionnisme, français plutôt qu’européen, est également au programme. Descartes, ancien membre du PCF, qui veut situer son blog en dehors de la droite et de la gauche, se consacrant principalement à la réfutation des idées reçues à gauche, recoupe souvent ces idées. L’Association pour une Constituante, même si elle se focalise principalement sur son projet institutionnel, est clairement dans la critique républicaine et de gauche de l’Union Européenne, comme on peut le voir par leur soutien aux services publics d’Etat.

 

Une autre famille est celle des sympathisants de l’UPR. Comme certains des membres de l’ARSIN, plusieurs de nos partenaires adhèrent à la formation créée par François Asselineau en 2007. Parmi eux, Joe Liqueur, Raphaël B., ou Edgar. Pas moins républicains que les précédents, mais, à l’instar de l’UPR, la critique du couple UE-OTAN est prioritaire et absolue chez eux, même si Joe Liqueur met aussi en avant ses exigences industrielles (la privation des capacités de mobilisation de l’économie par l’Etat étant pour lui intrinsèquement liée à l’UE et l’euro). Les sympathisants UPR ont d’autres différences avec les républicains jacobins précédemment cités, notamment par un positionnement plus pro-immigrationniste, rejetant le « conflit des civilisations » dans lequel François Asselineau voit l’un des piliers de la stratégie de domination américaine.

 

Valeurs et Actions Républicaines, dont les sujets de prédilections sont plutôt internationaux, notamment sur le Moyen-Orient et les guerres de l’OTAN, pourrait être rattaché aux républicains jacobins comme aux critiques radicaux de l’UE-OTAN.

 

Troisième famille, celle des révolutionnaires européens, comme l’OSRE et Boreas, même si celui-ci se désigne comme populiste et non socialiste comme l’OSRE. Chez eux, la critique de l’UE et de l’OTAN est plus une conséquence de leur contestation du système capitaliste et financier mondialisé. Et, à la différence des deux premières familles, ils voient l’Europe comme la dimension future de l’action politique, mais pas dans l’Union Européenne actuelle. Plutôt dans le cadre d’une solidarité des nations européennes, retrouvant tout ou partie de leurs souverainetés dans le cadre d’une confédération selon Boreas, en conservant l’euro.

 

D’autres partenaires sont inclassables, comme le royaliste socialiste Michel Baran, République Sociale qui a publié peu d’articles sur son actuel blog, et Contre la Cour, où Magali Pernin fait une analyse juridique objective des programmes politiques, des projets et traités européens, même si ses critiques rejoignent en partie celle de l’UPR.

 

Cette diversité d’opinions n’en recouvre pas moins des points communs : le rejet des traités européens actuels ou en cours, notamment la ratification du Traité de Lisbonne. Les principaux candidats à la présidentielle suscitent peu d’enthousiasme : aucun pour Sarkozy et Bayrou, pas d’illusion sur Le Pen, au mieux un vote de sortie du sortant pour Hollande. Mélenchon peut susciter un intérêt, sur certains points, chez quelques-uns de nos partenaires (dans chacune des trois catégories). L’austérité budgétaire est très généralement mal vue. Avec une seule exception : moi-même, puisque je suis assez peu croyant dans le discours keynésien, je considère que l’essentiel, pour un état, est de recouvrer sa souveraineté, plutôt que de la céder à un gouvernement supranational, seul capable d’organiser une relance coordonnée en Europe.

 

Ce classement que je viens d’opérer n’a pas pour but de figer la pensée de nos contributeurs, et il sera peut-être à revoir par la suite (au fur et à mesure qu’ils deviendront nombreux…ou par les débats entre eux).

Commentaires (9)

1. Boreas (site web) 22/04/2012

Avant tout, le clivage droite-gauche me paraît obsolète, sauf dans le cadre imposé de la comédie électorale.

S'il faut absolument se situer dans une telle distinction, revenons à une classification historique et non propagandique.

A nouveau, comme avant l'affaire Dreyfus, ceux qui se veulent "de gauche" aujourd'hui, du PS jusqu'au NPA et à LO, n'ont en réalité rien à voir avec les Rouges, avec le mouvement ouvrier historique, auquel pourtant ils ne cessent de se référer mensongèrement en parlant à tort et à travers de "travailleurs", sans jamais distinguer, notamment, travail productif et rente sociale.

Jean-Claude Michéa, en plus de décrypter cette évolution, a plus ou moins fait justice de la classification trop conformiste des droites par René Rémond.

A partir de, disons, 1791, sont schématiquement en présence les Blancs, les Bleus et les Rouges (rien à voir avec les couleurs de notre drapeau national : http://fr.wikipedia.org/wiki/Drapeau_de_la_France ).

Contrairement à un réflexe mental courant, dûment conditionné, les ancêtres de la droite et de la gauche actuelles et, avec elles, de l' "extrême droite" et de l' "extrême gauche" se trouvent essentiellement parmi les Bleus (petit rappel, l'Assemblée législative de 1791 et les Conventions postérieures ont été élues avec une très faible participation populaire, d'abord au suffrage censitaire puis au suffrage universel masculin, et les Blancs et les Rouges n'ont pas été représentés en leur sein, dans la mesure où la Révolution française a été d'essence bourgeoise et libérale : http://www.contrepoints.org/2011/03/29/19182-la-logique-liberale-de-la-revolution-francaise ).

La pseudo-droite des Blancs et la pseudo-gauche des Rouges, avec lesquelles on nous bassine pour effrayer les foules avec des épouvantails "fascistes" et "soviétiques" (alors que non seulement elles ne sont pas à l'origine des dictatures du XXe siècle, mais qu'elles ont par ailleurs quasiment disparu du champ politique, voire idéologique), n'ont en fait rien à voir avec la droite et la gauche, ni avec l'extrême droite et l'extrême gauche des Bleus.

Comme l'explique Michéa, aujourd'hui, la gauche

"est redevenue ce qu'elle était avant l'affaire Dreyfus. Jusqu'à cette époque, la gauche - nom sous lequel on regroupait alors les différents courants libéraux et républicains - avait toujours combattu sur deux fronts. D'un côté, contre le «péril clérical et monarchiste» - incarné par les «blancs» de la droite conservatrice et réactionnaire - de l'autre, contre le «danger collectiviste» - symbolisé par les «rouges» du camp socialiste fermement attachés, quant à eux, à l'indépendance politique du prolétariat (c'est pourquoi on ne trouvera jamais un seul texte de Marx où il se réclamerait de la gauche ou, a fortiori, de son union).

Ce n'est qu'en 1899 - face à l'imminence d'un coup d'Etat de la droite d'Ancien Régime et de ses nouveaux alliés «nationalistes» - que la gauche moderne va véritablement prendre naissance, sur la base d'un compromis - au départ purement défensif - entre les «bleus» de la gauche originelle et les «rouges» du mouvement ouvrier (et cela malgré l'opposition farouche des anarcho-syndicalistes).

C'est donc ce compromis historique ambigu entre libéraux, républicains et socialistes - compromis scellé contre la seule «réaction» et qui allait donner à la gauche du XXe siècle sa mystique particulière - qui s'est trouvé progressivement remis en cause, au début des années 1980, à mesure que s'imposait partout l'idée que toute tentative de rompre avec le capitalisme (c'est-à-dire avec un système qui soumet la vie des gens ordinaires au bon vouloir des minorités privilégiées qui contrôlent le capital et l'information) ne pouvait conduire qu'au totalitarisme et au goulag.

C'est avant tout dans ce nouveau contexte que la gauche officielle en est venue à renouer - sous un habillage antiraciste et citoyen - avec ses vieux démons modernistes du XIXe siècle, lorsque sous le nom de «parti du mouvement» elle avait déjà pour mot d'ordre «ni réaction ni révolution».

Et comme la droite d'Ancien Régime a elle-même cédé la place à celle des adeptes du libéralisme économique de Tocqueville et de Bastiat (qui, on l'oublie trop souvent, siégeaient tous les deux à gauche), on peut donc dire que l'opposition de la droite et de la gauche, telle qu'elle fonctionne aujourd'hui, ne constitue plus, pour l'essentiel, qu'une réactualisation de certains clivages qui, à la fin du XIXe siècle, divisaient déjà le vieux «parti du mouvement» (on dirait maintenant le parti de la croissance et de la mondialisation). Cette disparition progressive des anciens partis blanc et rouge au profit d'un antagonisme électoral intérieur au seul parti bleu explique bien des choses."

http://bibliobs.nouvelobs.com/essais/20110922.OBS0908/pour-un-anarchisme-conservateur.html

Concernant les Blancs, j'ai ressuscité il y a peu un ancien article du défunt magazine Le Choc du mois, pas apprécié voire détesté de "l'extrême droite" de type FN-libéral et "droitards libéraux", car anticapitaliste et organiciste, pour rappeler à quel point un certain "socialisme" issu de l'Ancien Régime pouvait être proche du mouvement ouvrier :

http://verslarevolution.hautetfort.com/archive/2012/04/05/la-vraie-droite-francaise-contre-le-capitalisme.html

Mais aujourd'hui, où voit-on encore des Blancs, ou plutôt leurs produits d'évolution ?

A supposer qu'on veuille bien s'interroger sur la question sans lui appliquer les filtres désinformants de la doxa politiquement correcte, ni circonscrire l'étude aux actuels groupuscules royalistes "de droite", nostalgiques esthétisants d'un Ancien Régime idéalisé, en général cathos-tradi et formolisés dans l'étude de Maurras et autres grands anciens de leur chapelle, je pense qu'on les trouve, pour l'essentiel, dans une nébuleuse de type "révolution conservatrice" qui va, en gros, d'Alain de Benoist au Bloc Identitaire, en passant par Michel Drac (Scriptoblog) et les lecteurs intelligents (c'est-à-dire pas la majorité des commentateurs) du blog Fdesouche et de son antenne économique Fortune, notamment. C'est "de là" que je viens, pour l'anecdote.

Cette nébuleuse, politiquement, numériquement, ne représente rien ou presque, mais elle existe et alimente, au plan des idées, depuis des décennies, la survivance de valeurs et de tendances qui, contrairement à ce que l'on peut croire si on se fie à la doxa, ne sont ni "de droite", ni "de gauche".

Ces valeurs et tendances ne sont plus, depuis belle lurette, monarchistes, et n'ont jamais été particulièrement favorables à un système politique dictatorial, ni moins encore à un inégalitarisme fondé sur une lutte de classes. Elles sont fondamentalement antibourgeoises, anticapitalistes, aristocratiques au sens grec ancien, organicistes comme je l'ai dit, ethnodifférencialistes et "populistes" au sens où une grande importance est accordée à l'âme et à la volonté des peuples et donc, à leur souveraineté. Personne de sensé au sein de cette mouvance ne rejette, bien au contraire, le concept de République (à condition qu'il ne soit pas dévoyé par des oligarchies) et de Bien Commun.

Passons aux Bleus, maintenant.

C'est à leur sujet que l'analyse de Michéa prend toute sa valeur, quant au totalitarisme idéologique et politique de notre époque.

Car tout le champ politique actuel, quasiment, est couvert par les Bleus, du FN (avec quelques nuances, compte tenu de la récente réorientation plus ou moins souverainiste, plus ou moins socialiste, du programme de ce parti qui est, de par ses adhérents et ses sympathisants, une véritable auberge espagnole) à LO, en passant par l'UMP, le MODEM, le PS, le Front de Gauche, le PC, le NPA et LO.

Aucun des nombreux partis de cet éventail, des libertariens aux trotskistes, n'est réellement socialiste (ou solidariste, je préfère ce terme moins ambigu), n'est véritablement révolutionnaire, n'est authentiquement "populiste", c'est-à-dire favorable à l'autodétermination des peuples.

Ils ont, en revanche, en commun d'être progressistes, modernistes, internationalistes et, en un mot, même si cela peut surprendre, libéraux.

Eh oui, libéraux. Car le libéralisme n'est pas qu'économique et "de droite", comme l'a bien vu le marxiste Michel Clouscard, auteur de l'expression "libéraux libertaires" pour désigner ceux chez qui, finalement, l'adhésion aux valeurs matérialistes et consuméristes s'accompagne d'une promotion permanente de tous les laxismes sociétaux :

http://verslarevolution.hautetfort.com/archive/2011/11/09/michel-clouscard-le-capitalisme-de-la-seduction.html

Restent les Rouges.

Comme les Blancs, ils ne sont plus très nombreux. Nous avons parfois, eux et moi, des divergences fortes, notamment en ce qui concerne le matérialisme et le collectivisme (marxiste ou pas - je rappelle que le mouvement ouvrier est antérieur aux thèses de Marx), mais je me trouve, à vrai dire, bien plus d'affinités avec eux qu'avec les libéraux de tout poil, "de droite" comme "de gauche".

Et il ne me paraît pas étonnant de finir par voisiner ici avec certains d'entre eux (j'en profite pour remercier Pablito Waal d'être venu me chercher pour contribuer à la louable tentative de l'ARSIN), car je partage sincèrement avec ce qu'il reste aujourd'hui des héritiers du mouvement ouvrier, quelque chose de bien plus important, dans le cadre du totalitarisme marchand qui nous écrase, que toutes les théories et propositions de systèmes alternatifs : le souci de la justice sociale et de la révolution indispensable à sa restauration.

Souci qu'avait au plus haut point l'un de mes auteurs préférés, Jack London :

http://verslarevolution.hautetfort.com/archive/2011/11/01/rien-n-a-change-jack.html

A mon sens, si on veut être pragmatique, il faut néanmoins réaliser que dans la situation actuelle, aucune force politique potentielle, fondée sur la convergence de tous les partisans de la "common decency" préconisée par Michéa après George Orwell comme socle de dissidence, n'est susceptible de contrebalancer le pouvoir systémique, et surtout pas dans le cadre électoral truqué où les médias aux mains du capital fabriquent le consentement :

http://verslarevolution.hautetfort.com/archive/2011/01/09/l-homme-qui-trouvait-tout-le-monde-stupide.html

C'est pourquoi mon blog est axé tant sur la notion de révolution, qui a plusieurs significations (révolution en cours du fait de la crise du capitalisme et du basculement de l'économie-monde vers l'Asie, de la crise du sens théorisée par Michel Drac : http://verslarevolution.hautetfort.com/archive/2011/09/20/michel-drac-crise-le-moment-decisif-approche.html ; révolution des mentalités vers l'anti-matérialisme et donc l'anti-occidentalisme ; révolution politique et économique), que sur le suivi de la crise économique qui, seule, peut causer l'effondrement du "Système" et nous donner l'opportunité de nous libérer pour restaurer une république souveraine et juste, au service du peuple français, dans le cadre d'une Europe géopolitiquement nécessaire mais qui ne soit pas un carcan technocratique supranational.

Merci à l'ARSIN de favoriser l'expression de convergences qui, pour être partielles sur certains points, n'en sont pas moins essentielles sur d'autres, sans doute les plus importants.

Comme l'écrivait Jack London, "Yours for the Revolution" (A vous pour la Révolution) !

2. arsin (site web) 22/04/2012

Bonsoir Boreas, et merci de ces rappels historiques. Les positionnements gauche/droite des différents partenaires relèvent des clivages partisans actuels. A titre personnel, sur le plan idéologique (mais pas en me fondant sur des critères historiques), je considère qu'il y a une différence entre une attitude de droite et une de gauche. Etre de droite, c'est considèrer que l'on doit laisser la société aux mains du libre jeu des initiatives individuelles, mais en posant un certain nombre d'interdits. L'interdit commun à toutes les droites, c'est la remise en cause de la propriété privée (pour la majorité des biens) et des contrats privés. Après, si l'on se limite à ces interdits, on est dans une droite libertarienne ou libérale, et si on rajoute une série d'interdits tels que le protectionnisme, des interdits moraux et sociétaux, on va vers une droite conservatrice. L'attitude de gauche, c'est au contraire de dire que la société ne peut se résumer à l'action non-concertée des actions individuelles, et qu'il faut organiser ces actions : on définit en positif des actions, et non par des interdits. On peut avoir une planification complète de l'action humaine (marxisme-léninisme), ou un soutien, un favoritisme pour les associations, coopératives, mutuelles, etc... Voilà les idées. De ce point de vue, le PS est une forme de droite réglementariste. Après, dans tout gouvernement, il y a au moins un peu de gauche et de droite : aucune droite ne supprime complètement le secteur public, aucune gauche ne tolère la suppression de tout interdit sociétal et économique.

Pablito Waal

3. Boreas (site web) 23/04/2012

C'est drôle, je ne me retrouve pas du tout dans ces distinctions "idéologiques" modernes.

De même que les libéraux s'imaginent qu'avant leurs théories utopiques, il n'existait pas d'entreprises privées, de contrats, de liberté (relative) d'entreprendre, il me semble que les collectivistes se figurent que tout ce qui n'est pas furieusement pro-collectiviste est nécessairement opposé à toute mise en commun de tout travail et de tout profit ; alors que les exemples contraires abondent dans l'Histoire qui est, en fait, non l'antithèse hégélienne d'une thèse particulière, mais une suite de complexités, de compromis entre intérêts privés et intérêts collectifs.

La propriété privée, personnellement je n'y tiens pas plus que ça (je doute juste qu'il soit possible de tout collectiviser sans démotiver le travail et déprimer la vie privée) mais, de toute façon, qu'elle soit privée ou collective, c'est en définitive une illusion. Nous ne sommes que de passage, nous n'emportons rien à notre mort et si nous transmettons, la continuité n'est que relative ; les Amérindiens le savaient bien, eux qui disaient qu'on ne peut posséder la terre (ce qui ne les empêchait pas, ces affreux libéraux, de posséder individuellement quelques biens mobiliers ).

Quoi qu'il en soit, même dans le relatif de cette illusion, il faudrait conclure d'une telle distinction (droite = propriété privée ; gauche = propriété collective) que les Romains, qui par ailleurs n'étaient pourtant pas partisans de "laisser la société aux mains du libre jeu des initiatives individuelles", étaient des droitards de première, eux dont nous tenons notre droit de la propriété, qui a repris leurs notions d'usus, d'abusus et de fructus :

http://www.cerpeg.ac-versailles.fr/ressdiscipl/droit/propriete.htm

Quant aux Spartiates, a contrario, leur propriété collective des esclaves en ferait de parfaits gauchistes.

Plus près de nous, vous chercheriez vainement à trouver des points communs entre les libéraux économiques avec prétention à des règles morales strictes (calvinistes surtout, mais également luthériens, voire catholiques) et les antilibéraux de la Révolution Conservatrice allemande, par exemple, partisans d'une forte intervention de l'Etat et en outre, guère suspects d'un zèle religieux excessif (Ernst Jünger, notamment, se disait ouvertement "païen") : ranger les deux ensemble parmi la "droite", c'est confortable parce que ça correspond aux vieilles lunes à la René Rémond, mais c'est totalement artificiel.

A mon avis, ces distinctions et classifications ne tiennent pas ; elles sont manichéennes, binaires, purement intellectuelles et forcées ; elles ne collent pas à la complexité du réel.

De même, en ce qui concerne les interdits : vous suivre reviendrait à dire que Jean-Claude Michéa, qui se définit comme conservateur et critique les libertaires, serait "de droite"... Il en rirait bien, à mon avis.

Non, vraiment, pour savoir de quoi on parle quant à l'évolution des idéologies, je pense qu'il faut faire la démarche de Michéa, revenir à l'Histoire et, par exemple, constater avec surprise que, comme il le dit, Tocqueville et Frédéric Bastiat, deux papes du libéralisme français, siégeaient à gauche.

Autrement, on ne s'y retrouve plus, tellement tout a été travesti au fur et à mesure de l'évolution des choses et surtout, des intérêts politiques des uns et des autres.

Cordialement.

4. arsin (site web) 23/04/2012

Bonsoir. Il me semble que vous n’avez pas tout à fait saisi ce que je disais. Je n’ai pas fixé le clivage droite-gauche en termes « propriété individuelle/propriété collective » mais comme « action par interdits / action par coordination des actions individuelles ». J’ai aussi défini la droite et la gauche comme des attitudes. Il n’y a pas de société ou de personne intrinsèquement de droite ou de gauche. Une société qui interdit la propriété individuelle, tout en laissant aux individus le soin de se débrouiller dans un monde où on ne sait pas ce qui est à qui n’a pas une politique « de gauche » au sens où je l’ai définie. Inversement, une société qui reconnait le droit de la propriété individuelle tout en poussant les individus à agir de façon coordonnée a une politique de gauche.
Ensuite, vous utilisez des expressions comme « intervention de l’Etat » qui veulent tout et rien dire. Cette expression n’a de sens que pour les libéraux / libertariens, qui condamnent quasiment toutes les actions de l’Etat. Pour les autres, il y a intervention et intervention. Nationaliser des entreprises ? Faire de grands travaux ? Réserver des secteurs entiers de l’économie aux coopératives ? Plutôt de gauche. Se contenter de taxer ou d’interdire des importations, raidir le droit du travail et la fiscalité ? Plutôt de droite.
Je ne pense pas que mes positions soient manichéennes : je ne porte pas de jugement moral sur la gauche et la droite. Par exemple, ça ne me dérange pas que l’on dise qu’en tant que régime planificateur, le IIIème Reich était plutôt à gauche selon ma définition. Mais il n’était pas socialiste, car non démocratique, et n’a pas aboli la grande propriété privée et ses revenus du capital. Le socialisme est à gauche, mais la gauche n’est pas forcément socialiste (puisque j’ai dit plus haut que la gauche ne se définit pas forcément par la propriété collective).
Je sais qu’on peut très bien trouver mon clivage gauche/droite circonstanciel. Et personne ne le retiendra peut-être d’ici quelques décennies. Peu importe. L’important est qu’il soit l’un des axes (mais bien insuffisant à lui seul) de ma représentation de la sphère politique. A l’inverse, même si l’histoire des idées politiques est importante à connaître, je ne vois pas en quoi préciser que Bastiat et Tocqueville étaient de leur temps vus « à gauche » changerait ma vision des choses en 2012.
Cordialement, Pablito Waal

5. Boreas (site web) 13/05/2012

Coïncidence, je découvre (très tardivement) votre réponse alors que je viens d'installer sur mon blog une conférence de Michéa qui dissipe, comme ses bouquins, toutes ces classifications modernes et surtout, leur sens étriqué :

http://verslarevolution.hautetfort.com/archive/2012/05/13/jean-claude-michea-l-illusion-du-clivage-droite-gauche.html

Je pense sincèrement qu'on ne peut rien tirer de ces classifications et surtout, qu'elles font un tort considérable à la conscience politique en évacuant du débat les éléments qui font qu'aujourd'hui, le président de la République n'est élu que par 30 % des citoyens.

Tout ce qui reste du champ politique aujourd'hui, comme le dit Michéa, ce sont les libéraux (les Bleus de l'époque révolutionnaire et du XIXe siècle), de droite ou de gauche mais fondamentalement semblables. Les Blancs et les Rouges ont été évacués et/ou identifiés à l'un ou l'autre pseudo-"camp" libéral.

C'est donc parce que ce système artificiellement réduit à une fausse alternative, restreint à un clivage illusoire, exclut de son jeu en circuit fermé les deux tiers de la société (en gros, tout ce qui se sent hors bourgeoisie et petite-bourgeoisie, en termes de mentalité avant tout et secondairement en termes d'intérêts de classes - je ne crois pas au matérialisme de l'analyse marxiste, dans ce domaine), qu'en définitive les deux tiers des citoyens ne votent plus, ou que de manière protestataire.

Ça vous paraîtra peut-être abrupt de prime abord, mais écoutez et lisez Michéa et vous verrez qu'il a mis le doigt sur une clé de compréhension de la dictature oligarchique où nous vivons et où les seuls qui estiment encore avoir un choix ne sont plus, tous, que des libéraux (économiques et/ou libertaires : la gauche et la droite).

Les alternatives sont donc, à mon avis, à aller chercher hors-champ, dans une complémentarité Blancs-Rouges, entre conservatisme et révolution, entre élitisme qualitatif et justice sociale, entre valorisation de l'identité et valorisation de la production, entre devoirs et libertés, dans la reconstruction d'une société organique fondée sur ce qu'Orwell appelait la Common Decency, cette valeur d'humanité tant vantée par Michéa et qui n'est certes pas libérale.

6. arsin (site web) 13/05/2012

Je vais publier cette conférence, a priori intéressante (je suis en train de l'écouter) de Michéa. Mais si je suis d'accord sur le fait que le champ politique est largement dominé par ceux que vous appelez les "bleus", en revanche, je suis sceptique sur l'alliance "Blancs-Rouges". Je me situerais plutôt du côté des "Rouges", et je viens, récemment, de mettre fin à une coopération avec quelqu'un dont je pense qu'il se classerait comme "Bleu", mais sur un point qui m'aurait valu tout autant de heurts avec un "Blanc". Les clivages idéologiques qui opposent les "Rouges" aux autres ont et auront la vie dure...

7. Boreas (site web) 13/05/2012

Je suis curieux de savoir quel est ce point...

Les Blancs et les Rouges n'ont existé que du fait de la Révolution.

Auparavant, qu'on le veuille ou non et sans la moindre nostalgie de ma part quand je dis ça, ils s'entendaient plutôt bien, dans une société qui avait ses défauts mais était plus organique que la nôtre :

http://fr.wikipedia.org/wiki/Corporation_%28Ancien_R%C3%A9gime%29

Et je pense qu'il faudrait s'en inspirer pour rebâtir une République plus juste.

8. arsin (site web) 13/05/2012

Bonsoir;

ce point est très simple : c'est l'anticommunisme, aussi bien parmi les bleus les plus libéraux, que parmi de nombreux blancs. Ils ont l'excuse cependant de ce que les "rouges", ou du moins les partis qui ont hérité de leur histoire (en France, le PCF principalement), n'ont jamais su faire le point et donner une explication convaincante de celle-ci.

9. Boreas (site web) 14/05/2012

En même temps, le communisme ne date pas du début du mouvement ouvrier, donc on peut dire que celui-ci ne peut être circonscrit à l'analyse marxiste (souvent très juste ; ce sont généralement les solutions proposées qui me paraissent contestables...) et à ses suites politiques.

Pour ma part, comme pragmatique je pense, je ne suis ni contre l'entreprise privée (dans des limites raisonnables pouvant aisément être débattues), ni contre la solidarité sociale (idem), sans pour autant être favorable au libéralisme ni au collectivisme marxiste.

En fait, je pense que ces derniers sont tous deux porteurs des tares idéologiques fondatrices de la modernité (matérialisme, approche mécaniste de la nature humaine et des rapports sociaux, mythes du progrès et de la croissance infinie, etc.) et, par conséquent, je suis partisan de leur privilégier une troisième voie, que j'ai tenté de décrire ici :

http://verslarevolution.hautetfort.com/archive/2010/10/18/que-creve-le-systeme.html

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