Ukraine: la Russie ne peut pas tout avoir - par Nationaliste Jacobin

  • Par arsin
  • Le 29/08/2014
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Par Nationaliste Jacobin, sur son blog

Commentaire de Pablito Waal : mon avis est partagé sur cet article. Il est vrai que si j'étais ukrainien, ou que si la France avait à faire avec une rébellion séparatiste ayant profité d'une période d'instabilité politique nationale pour lancer une insurrection, je serais le premier à exiger que l'armée nationale écrase les rebelles. J'ai donc le plus grand mal à condamner l'attitude du gouvernement de Kiev. Cependant, même si la présence de l'armée russe en Ukraine était avérée, contrairement à Nationaliste Jacobin, je ne m'associerai jamais à l'idée d'une intervention française au côté de l'Ukraine. Au passage, cette présence militaire russe ne fait plus grand mystère, puisque même les séparatistes ont reconnu que des "volontaires" russes étaient à leurs côtés. Et Moscou a une responsabilité sur ce fait, au même titre qu'il est de la responsabilité de la France d'empêcher des candidats au Jihad de quitter son sol pour la Syrie ou l'Iraq. Mais il n'en reste pas moins que l'Ukraine n'est pas notre alliée, et si elle entrait dans l'OTAN, il ne deviendrait que plus urgent que la France sorte de cette alliance. Et la Russie reste, elle, une alliée "naturelle" pour notre pays. Il est de surcroît peu probable que "l'impérialisme russe" s'étende au-delà du Donbass, la question du séparatisme pro-russe à Kharkov ou Odessa étant réglée, dans les flammes et le sang, depuis le printemps dernier.

Voilà quelques temps que je n'ai plus abordé la crise ukrainienne. Il faut dire que l'affaire est devenue très complexe : le rôle de Moscou est opaque, bien qu'apparemment il commence à s'éclaircir, et pas dans un sens rassurant ; la propagande et les manipulations émanent de tout côté, entre l'obsession russophobe de certains défenseurs de l'unité ukrainienne et la compassion douteuse des Russes pour les « pauvres civils » victimes du gouvernement « fasciste » de Kiev. Je rappelle aux dirigeants russes que, lorsque Bachar El-Assad a commencé à mitrailler ses opposants en Syrie, ils ne se sont guère émus. Quand Vladimir Poutine aujourd'hui déplore la « brutalité » des troupes loyalistes ukrainiennes, il se moque de nous. De manière générale, M. Poutine a semble-t-il décidé de nous prendre pour des imbéciles. Venir nous dire que des soldats russes, des parachutistes qui plus est (et non de simples gardes-frontière), se sont « égarés » par inadvertance en territoire ukrainien, c'est se payer notre tête. De la même façon, je ne sais pas ce qu'il y avait dans cet étrange convoi humanitaire, mais je note que les Russes ont refusé toute inspection fouillée des cargaisons et que la Croix-Rouge, qui devait initialement participer à l'opération, s'est trouvée étrangement écartée au moment crucial, pour « raisons de sécurité » susurre-t-on, alors que l'Ukraine s'est bien gardée de mitrailler le convoi, ce qui aurait procuré, tout le monde le sait, un casus belli idéal au Kremlin. Dieu sait que je ne suis pas foncièrement hostile à la Russie, une grande puissance avec laquelle je persiste à croire que nous pouvons avoir des intérêts convergents. Je me suis réjoui du redressement russe opéré par Poutine dans les années 2000, après le désastre des années Elstine. Je pense que la Russie a un rôle important à jouer dans l'équilibre des forces à l'échelle mondiale, notamment comme contrepoids à l'hégémonisme écrasant des États-Unis d'Amérique. Je conçois tout à fait que la Fédération de Russie défende ses intérêts vitaux, et cherche à maintenir ou renforcer son influence dans les pays voisins, dont beaucoup hébergent d'importantes populations russophones. De même, je comprends les inquiétudes de Moscou devant les progrès de l'OTAN en Europe centrale et orientale.

Mais, malgré ma relative bienveillance à l'égard de Vladimir Poutine et des intérêts russes en général, je pense que nous ne pouvons pas laisser la Russie faire n'importe quoi. J'ai approuvé la position russe sur le Kosovo, les Russes ayant fait valoir à l'époque qu'on ouvrait une dangereuse boîte de Pandore. Et ils avaient raison... puisque la Russie, ces dernières années, a encouragé la création de beaucoup de « Kosovo », davantage même que les Occidentaux. Sur le pourtour de ses frontières, la Russie a en effet multiplié les états fantoches qui sont autant de protectorats déguisés : Abkhazie et Ossétie du Sud en Géorgie, Transnistrie en Moldavie, Crimée (annexée depuis) et aujourd'hui Donbass en Ukraine. Je veux dire ici aux pro-russes et aux pro-Poutine français que l'aveuglement n'est plus de mise : en agissant comme elle le fait, la Russie ne se pose plus seulement en obstacle à l'impérialisme « occidental » (surtout américain et germanique d'ailleurs), mais elle promeut son propre impérialisme qui ne vaut pas davantage que celui de l'Oncle Sam. La haine délirante des États-Unis (un pays pour lequel je n'ai guère d'affection) ne doit pas nous faire croire que les ennemis des Américains sont nécessairement des pays sympathiques, désintéressés, anti-impérialistes, et a fortiori nos amis. Ce que l'Iran, la Russie ou la Chine reprochent aux États-Unis, c'est exactement ce qu'eux-mêmes feraient s'ils détenaient le leadership mondial. Et, pour être tout à fait juste, notre pays, la France, faisait de même jadis, comme le Royaume-Uni, lorsque tous deux étaient encore de grandes puissances coloniales : en Chine, en Amérique latine, Français et Anglais ne se privaient pas d'exercer un droit d'ingérence parfois appelé « politique de la canonnière », puisque l'envoi de navires de guerre servait couramment à appuyer les exigences des grandes puissances. Toute puissance impériale adopte peu ou prou la même attitude. Par conséquent, il ne faut pas attendre de moi que je condamne la politique russe pour des raisons morales. Non seulement ce que fait la Russie est d'une certaine manière normal, mais j'ajoute que c'est probablement souhaitable du point de vue russe. Seulement voilà, je ne suis pas Russe.

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