Université d'été du MRC : débats sur l'industrie et l'Europe - par Yohann Duval

  • Par arsin
  • Le 09/10/2012
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Par Yohann Duval, sur son blog

http://duvalyohann.over-blog.fr

Nous rattrapons un important retard sur la diffusion des articles de plusieurs blogs partenaires, dont celui de Yohann Duval. Ce retard est dû à notre participation à une émission de débat sur un sujet d'actualité brûlante. Concernant l'article de Yohann, vous pouvez également consulter cet autre article sur l'Université du MRC, par le même auteur. Il y a aussi cet article sur l'austérité inscrite dans le budget 2013, un peu plus redondant par rapport à d'autres écrits déjà publiés sur ce site dans son propos, mais utiles par ses détails sur ledit budget.

Après une présidentielle où le Mouvement Républicain et Citoyen a officiellement soutenu François Hollande puis des législatives qui lui ont permis d'augmenter son nombre de députés en se plaçant au sein de la majorité, ses universités d'été étaient l'occasion de faire le bilan de l'année écoulée et de s'interroger sur l'avenir. De quelles marges de manœuvre dispose le parti, face aux socialistes et leurs "bébés Europe" ? Comment faire vivre les idées républicaines dans un contexte de crise économique qui risque de tout bouleverser ? Pour répondre à ces questions, quatre tables rondes étaient organisées.

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Quelle politique industrielle et fiscale pour renouer avec la croissance ?

 

Face à la véritable hémorragie industrielle à laquelle la France se trouve confrontée, quelles solutions peuvent-être envisagées ? Pour lancer le débat, Christian Proust, ancien président du conseil général du territoire de Belfort, a tenu à mettre en avant le fait que le contexte local pouvait avoir un impact très important et servir de levier pour lutter contre la désindustrialisation. Selon lui, la réorientation des activités, la gestion de l'immobilier et les crises locales sont des défis que les élus locaux peuvent relever en coopération avec les entreprises privées.

 

Jean-Pierre Cossin a ensuite tenu à élargir le débat. Selon lui, "l'État est totalement dépourvu de politique économique". La raison ? L'autocensure des gouvernements, c'est à dire la "crainte de la Commission de Bruxelles", qui empêche toute mesure ciblée. Il ne reste dès lors comme arme que des mesures très générales et surtout très peu efficaces. Prenant l'exemple du crédit impôt recherche, qui bénéficie actuellement aussi bien aux entreprises industrielles qu'aux banques, il a déploré le fait que la suppression de cet avantage pour les seules banques serait perçu comme une mesure dérogeant aux disposition des traités européens. Constatant enfin que l'imposition de la consommation est plutôt faible et que l'imposition du travail est plutôt élevée, il a conclu son intervention en indiquant que la question de la TVA sociale méritait d'être posée.

 

Bruno Moschetto, professeur d'économie à HEC, a poursuivi le débat en critiquant le prétendu "modèle Allemand". Présentée comme un pays "vertueux", l'Allemagne serait en fait, au moins partiellement, responsable de la crise de la monnaie unique : "pour l’OIT les bas salaires outre-Rhin sont une raison majeure de la crise en zone euro". De cette erreur d'interprétation découlent des solutions erronées : la cure de 30 milliards d'euros annoncée par François Hollande "se traduira immanquablement par une contraction mécanique de l’activité". C'est la raison pour laquelle Josesph Stiglitz estime que "l’Europe court à sa perte en persistant à mener des politiques d’austérité".

 

Selon lui, différentes solutions sont possibles : l'inflation, mais "l'Allemagne n'en voudrait pas". La monétisation des dettes, mais il faudrait "que cet accroissement du volume de la monnaie mise en circulation par les banques centrales soit utilisé par la clientèle des banques commerciales" : "si les agents économiques ne veulent pas consommer ou investir , la demande globale ne sera pas relancée". Reste une troisième solution : la dévaluation. Mais cela ne serait possible qu'en "sortant des contraintes" imposées par l'appartenance à la zone euro...


"Comment faire durablement coexister dans le même ensemble économique et monétaire qu’est la zone euro des États-nation dont les performances économiques divergent à la limite de la rupture ?"


Aux États-Unis, la coexistence se fait par des mouvements de population importants, mais "à la différence des États-Unis d’Amérique qui sont des États-région, ceux de l’Europe sont des États-nation".

 

"Pour que les États-nation deviennent des États-région il faudrait que l’homogénéisation des populations soit quasi-parfaite et leur fluidité impliquerait l’adoption d’une langue commune pour l’ensemble de la pyramide de la population et pas seulement de son élite. Cette langue commune ne pourrait d’ailleurs être que «l’European English» avec tous les renoncements et les efforts que cela impliquerait, particulièrement pour le peuple Français."

 

Pour répondre à ce problème, Bruno Moschetto propose dont de "sortir de l'euro dans l'euro". Les émissions de billets étant déjà segmentées (les sous-ensembles correspondant aux différents États-membre : les pièces ont toujours une face nationale et les billets ont un code national qui précède leur numéro), rien n'empêcherait notre pays de débaptiser l'euro en "euro-franc". Cette monnaie cohabiterait avec les autres euros nationaux et permettrait une dévaluation ou une appréciation. Il n'y aurait pas de bouleversements majeurs et les seuls perdants potentiels seraient les non-résidents détenteurs de créances...


"Dans ce nouvel univers monétaire chacun retrouverait sa compétitivité globale sur les marchés des biens et services, sans avoir à rendre compte à une quelconque Troïka en cas de difficultés, qui auraient été par avance résolues et éliminées par l’adoption de changes multiples en lieu et place d’une monnaie unique. La France retrouverait ainsi sa souveraineté monétaire en conservant l’euro."

 

À la suite de ce long et complexe exposé, Jean-Pierre Cossin a répondu qu'il s'agissait d'une solution bien plus difficile à mettre en place que l'option fiscale, qui a le mérite d'être directement opérationnelle. Selon lui, "mettre le paquet" sur les entreprises de taille intermédiaire et faire en sorte de garantir une certaine stabilité fiscale devraient être des priorités. Il a enfin proposé que le crédit impôt recherche (CIR) vienne en remplacement des charges sur tout emploi d'ingénieur. Christian Proust a finalement conclu en se prononçant contre un changement concernant le CIR, en se demandant ce qu'il allait advenir de la banque de l'industrie (créée pour financer les PME industrielles) et en s'interrogeant sur l'efficacité d'une mesure qui permettrait aux sous-traitants d'amortir leurs investissements sur une plus longue période. Il s'est également plaint d'un "abus de protection" des salariés... une réflexion pour le moins surprenante de la part d'un ancien syndicaliste.

 

 

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Barbara Romagnan, lors des législatives de Juin

 

 

Quelles réponses économiques et politiques pour sortir l'Europe de l'impasse ?

 

La deuxième table ronde portait sur l'Europe. Après une brève introduction de Julien Landfried, qui soulignait "l'incapacité idéologique à penser la fin de l'euro", Christophe Ramaux, professeur d’économie à Paris et membre des économistes atterrés, a rappelé quelques faits. Il a d'abord expliqué que le modèle néolibéral adopté depuis les années 80 n'était pas viable : les États-Unis ont sauvé la croissance avec l'endettement des ménages, mais 2007 a marqué le début de la fin pour le néolibéralisme.

 

Pour contourner ce qu'il appelle "l'État social", les néolibéraux ont infligé aux peuples européens une "double peine" : la mondialisation et la construction européenne. Selon lui, la dette est une conséquence de la crise qu'ils ont provoqué, et c'est le prétexte qu'ils utilisent pour aller plus loin dans l'application de ce modèle qui ne fonctionne pas. Il n'y a donc aucune perspective de sortie de crise si l'on continue dans cette direction. La "cure d'austérité folle" annoncée par le gouvernement nous conduit à l'impasse.

 

"La solution libérale, au cœur du TSCG, nous mène à la catastrophe."

 

La solution du fédéralisme européen ne lui semble pas non plus viable, car "il n'y a pas de peuple européen" et que "les relations entre le Limousin et Paris n'existent pas à l'échelon européen". Pour sortir par le haut du marasme, il conviendrait de "cesser d'avoir des excédents" entre États européens (et donc de relancer la demande interne aux pays excédentaires) et de lancer un "programme massif d'investissements publics à portée écologique". Et sa solution pour sauver l'euro ? Il faudrait faire en sorte qu'il fonctionne "de façon exactement inverse à la raison pour laquelle il a été conçu". Sans cela, la zone euro n'a aucune chance de survie.

 

Une monnaie commune (et non unique) avec un retour à des monnaies nationales serait toutefois une solution à ne pas négliger. Il ne faut en effet pas oublier que l'État social existe toujours au niveau national, et qu'il ne s'agit pas d'un simple vestige du passé...

 

Yves Le Hénaff a ensuite pris la parole pour rappeler que la crise actuelle n'était nullement une crise de la dette, mais une crise de la zone euro, de sa cohérence et de sa construction. D'après lui, sans mécanismes de solidarité financière et sans implication illimitée de la Banque Centrale Européenne (BCE), l'euro est condamné. Cependant, personne ne veut "prendre la responsabilité de débrancher un euro malade".

 

Avoir voulu faire émerger "une politique unique" était une "erreur fondamentale". Elle a conduit à une "divergence explosive des économies elles-mêmes". On a mis les peuples en concurrence et créé les conditions d'une guerre économique au sein de l'Union Européenne. Pour répondre à la crise, il faut réintroduire des éléments de différenciation politiques et économiques et utiliser certains outils tombés en désuétude comme les "réserves obligatoires" et les "montants compensatoires monétaires". Des réponses techniques existent, mais ce qui fait défaut, c'est la volonté politique. Cela découle d'une "peur de la nation".

 

La quatrième intervenante était Barbara Romagnan, députée PS du Doubs opposée au TSCG. "L'Europe reste notre horizon" déclarait-elle d'emblée, car il s'agit du "cadre pertinent pour lutter contre le libéralisme" et car elle refuse le "nationalisme". Sans chercher à développer ses arguments pour le moins légers, elle a ensuite salué "ce que François Hollande a obtenu", notamment le fait que la Constitution n'a pas à être modifiée pour adopter le nouveau traité européen. Nous qui pensions qu'il s'agissait là d'une décision du Conseil Constitutionnel...

 

"Ce n'est pas parce que c'est une petite victoire qu'on doit faire comme si c'était une défaite !"

 

Reconnaissant ensuite que pour 2013, "à part David Assouline, personne ne croit que la croissance sera supérieure à 1%", elle a tenu à expliquer les raisons de son opposition au traité.

 

"Ca ne me pose aucun problème de voir un dessaisissement du pouvoir national au profit du pouvoir européen."

 

Voilà qui a le mérite d'être clair. Alors pourquoi s'opposer ? Tout simplement car le T.S.C.G. soulève d'importants "problèmes démocratiques". Soit.

 

Jean-Pierre Chevènement a alors tenu à intervenir.

 

"Une mise en garde : la nation n'est pas le nationalisme. C'est le cadre de la démocratie."

 

Avec sa clarté habituelle, le sénateur de Belfort a remis les choses en perspective. Le saut fédéral, tant vanté par nos élites ? Ce serait "un saut dans le vide", qui risquerait de mettre en péril "les systèmes de protection sociale décidés depuis toujours à l'échelon national". Les mécanismes décidés en vitesse pour maintenir l'euro en vie ? Un "pare-feu très insuffisant". Le pacte de croissance ? "C'est pas grand chose, mais c'est toujours ça".

 

Constatant que le plan A (intervention massive de la BCE sur le marché de la dette et modification de ses missions) qu'il vantait autrefois "a du plomb dans l'aile", il préconise désormais la mise en œuvre du plan B, à savoir le passage d'une monnaie unique à une monnaie commune. Un plan qui serait "raisonnable" mais qui demeure "indicible pour un membre du gouvernement". Cependant, "pour un parlementaire, c'est dicible !".

 

Après quelques questions de la salle, Christophe Ramaux a répondu de manière très directe aux différents intervenants : "le budget 2013, quand on est économiste hétérodoxe, ça fait mal". Qualifiant de "folie" les décisions du gouvernement, il a tenu à lancer un avertissement aux parlementaires présents :

 

"Le TSCG, c'est très grave, mais le budget c'est au moins aussi grave."

 

Ce à quoi Barbara Romagnan a tenu à répondre :

 

"Si on ne vote pas le budget, ça veut dire qu'on sort de la majorité."

 

Mais sortir d'une majorité qui va droit dans le mur, est-ce vraiment si dramatique ? Ne faut-il pas tout faire pour tenter d'obtenir des concessions ? Jean-Pierre Chevènement l'avait dit en Mai dernier : "l'avenir du gouvernement de la gauche se jouera sur la renégociation du traité aujourd'hui purement disciplinaire et purement punitif". Or, rien n'a été renégocié depuis...

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