Vichy, ce n'était pas la France - par Yohann Duval

  • Par arsin
  • Le 24/07/2012
  • Commentaires (0)

Par Yohann Duval, sur son blog

http://duvalyohann.over-blog.fr/

Commentaire de Pablito Waal : Yohann, et bien d'autres commentateurs, m'ont précédé dans la réaction aux propos de François Hollande sur la refle du Vel d'Hiv. Mais je ne suis pas exactement sur le même argumentaire, du type "la France était à Londres", position que je trouve idéaliste. D'où un autre article à venir de ma part.

La "rafle du Vel d'Hiv", au cours de laquelle plus de 13.000 juifs de Paris et sa banlieue ont été arrêtés par la police française puis parqués dans le Vélodrome d'Hiver avant d'être déportés vers les camps de la mort nazis, est un crime épouvantable que personne ne conteste. La responsabilité du régime de Vichy dans l'accomplissement de crimes contre l'humanité, de concert avec l'occupant Allemand, est évidente. Pour autant, en affirmant que "ce crime a été commis en France par la France", François Hollande a commis lors de son discours du 22 Juillet 2012 une erreur d'appréciation considérable.

degaulle.jpg

Charles de Gaulle et François Mitterrand n'avaient jamais transigé sur ce point : Vichy, ce n'était pas la France. Bien sûr, des crimes ont été commis sur le territoire national par des policiers et des gendarmes Français, sur ordre du régime collaborationniste. Mais la République et la France, elles, ne pouvaient pas être tenues pour responsables de cette barbarie. La réalité historique est complexe et il est tentant de la simplifier, quitte à réarranger les faits. Assimiler Vichy à la France serait une déformation majeure, un contresens complet. Malheureusement, comme le note Jean-Philippe Tanguy, de Debout La République :

 

"Voila maintenant le temps présent où le passé est tout ce qu’il reste du projet politique. Faire des excuses aux morts aux noms des assassins depuis longtemps disparus, c’est toute l’aventure moderne selon François Hollande. L’histoire nationale est devenu un banquet où n’importe quel homme politique en mal de hauts faits peut se vautrer. Non content d’inaugurer les chrysanthèmes, le Président de la République les distribue, et se permet d’associer la France et son histoire dans le don intéressé de son honneur."

 

L'ordonnance du 9 Août 1944, promulguée par le gouvernement provisoire de la République Française, ôtait toute légalité au régime de Vichy. Il ne s'agissait pas là que d'un symbole ou d'une bataille de mots sans conséquence : ce texte établissait que la France libre du Général de Gaulle se plaçait dans la continuité de la République. Philippe Séguin avait su, en son temps, nous expliquer pourquoi il était nécessaire de ne pas oublier cela :

 

"Regardons vers l'avenir. Assumons totalement notre passé. Soyons fiers d'être Français, parce que nous avons toute raison d'être fiers d'être Français. La République, elle n'a jamais cessé. Et la France n'a pas à rougir de ce qui s'est passé de 1940 à 1945. Évidemment qu'elle était à Londres, la République, et c'est bien la raison pour laquelle ce soir d'Août 1944, à Georges Bidault qui lui demandait de rétablir la République, le Général de Gaulle a répondu qu'il n'avait pas à la rétablir puisqu'elle n'avait jamais cessé et que Vichy était nul et non avenu."

 

Si nous devions faire l'amalgame entre Vichy et "la France", quelles seraient les implications d'une telle conception ? En 1992, Jean-Pierre Chevènement les décrivait dans Le Monde :

 

"Charles de Gaulle ne serait qu'un général dégradé, déserteur et condamné à mort par contumace. Léon Blum ne serait qu'un homme politique flétri, responsable de la défaite. Les résistants ne seraient que des terroristes. Les Juifs qui ont échappé aux rafles seraient des délinquants, s'étant soustraits à la loi. Les hommes de la Milice et de la LVF seraient des anciens combattants, et ceux des maquis ou de la France libre des rebelles [...] Si la France s'est confondue pendant quatre ans avec Vichy, alors elle se trouve rangée, avec l'Allemagne, l'Italie ou le Japon, parmi les pays fascistes ou fascisants qui furent vaincus dans la Deuxième Guerre mondiale. Sur elle pèserait alors un sentiment de flétrissure. Plus concrètement, son siège de membre permanent du Conseil de sécurité, avec droit de véto, n'aurait plus de justification."

 

Quelques années plus tard, le 7 Août 1995, il réaffirmait l'impérieuse nécessité de faire la distinction entre un régime criminel, arrivé au pouvoir de manière illégitime, et la France :

 

"Vichy n'est pas venu comme un gouvernement ordinaire. Ses hommes ne seraient jamais arrivés au pouvoir par la voie du suffrage universel. Ils n'y sont parvenus qu'à la faveur d'une défaite anticipée, voire souhaitée. Vichy n'était pas la République. C'était sa négation. Le régime a été fondé d'emblée sur la démission de la souveraineté populaire."

 

Et de conclure, de manière prémonitoire...

 

"On voit en quoi le passé rejoint l'avenir: pour les tenants de l'idéologie «postnationale», la nation est devenue une forme obsolète, «trop petite pour les grandes choses et trop grande pour les petites». A leurs yeux, la souveraineté nationale n'est plus qu'une «coquille vide». Pour eux, en particulier, l'amalgame entre Vichy, la France et la République est pain béni."

 

Notre Histoire n'a pas à être instrumentalisée pour servir de petits intérêts politiciens. Nous devons assumer le passé, sans complexe, mais sans verser dans la démagogie et l'auto-flagellation clientéliste, qui trahit la mémoire de nos aînés. Le 18 Juin 1940, le Général de Gaulle a rendu un grand service à la France. Il lui a permis de conserver son honneur. Il ne faudrait pas l'oublier.

France De Gaulle Vichy rafle Vel d'Hiv responsabilité contresens 1940 1942 honneur Pétain collaboration

Ajouter un commentaire

Vous utilisez un logiciel de type AdBlock, qui bloque le service de captchas publicitaires utilisé sur ce site. Pour pouvoir envoyer votre message, désactivez Adblock.

RETOUR A L'ACCUEIL

Créer un site gratuit avec e-monsite - Signaler un contenu illicite sur ce site

×